Tu penses que le show de la mi-temps du Super Bowl n’est qu’un défilé de paillettes et de chorégraphies millimétrées ? Détrompe-toi. En 2026, la présence de Bad Bunny sur la scène de l’événement le plus regardé au monde est devenue une pomme de discorde qui montre à quel point la polarisation politique est forte aux Etats-Unis.
Le Super Bowl, quésaco ?
Si tu ne connais pas le Super Bowl, il faut savoir que c’est le jour le plus important du capitalisme et du patriotisme américains. Pour les États-Unis, les enjeux sont colossaux et se jouent sur trois tableaux. D’abord, un enjeu économique : avec des emplacements publicitaires se vendant à plus de 7 millions de dollars les 30 secondes, c’est le baromètre de la consommation mondiale. Ensuite, un enjeu de cohésion nationale : c’est l’un des rares moments où plus de 100 millions d’Américains regardent la même chose. Enfin, un enjeu politique : entre l’hymne national et le show de la mi-temps, le Super Bowl est le lieu où l’Amérique met en scène ses valeurs. En bref, celui qui est sur scène pour le Super Bowl est le micro de la nation.
Le problème cette année est que l’artiste ne fait pas l’unanimité. Il s’agit de Bad Bunny, un Portoricain qui est le premier artiste non-anglophone à être devenu le plus écouté au monde sur Spotify, brisant ainsi le plafond de verre de l’industrie musicale américaine sans jamais renier sa langue maternelle. Tu imagines bien que cela n’est pas en adéquation avec la politique de Donald Trump, alors ça fait des vagues.
Pourquoi Bad Bunny est-il controversé ?
Pour comprendre la controverse, il faut se rappeler que Porto Rico n’est ni un pays indépendant, ni un État américain de plein droit. C’est une sorte de Commonwealth. En effet, les Porto-Ricains sont citoyens américains mais ne votent pas à l’élection présidentielle et n’ont pas de représentants avec droit de vote au Congrès. Bad Bunny dénonce ouvertement ce néocolonialisme des États-Unis.
En outre, Bad Bunny refuse de chanter en anglais. C’est en rupture avec le modèle de la “Latin Explosion” des années 90 (Ricky Martin ou Shakira) qui devaient s’angliciser pour réussir. Tu peux citer cela comme la preuve d’un basculement démographique aux Etats-Unis. Le pays ne “s’intègre” plus seulement par l’anglais ; il devient une nation biculturelle. Le Super Bowl, temple du patriotisme US, est contraint de s’adapter à cette réalité pour survivre commercialement.
Du coup, on peut aussi se demander dans quelle mesure la NFL utilise les artistes latinos pour lisser son image (là tu peux parler de Latino-washing). Si Bad Bunny utilise la scène pour critiquer la gestion de l’île par Washington (crise énergétique, gentrification par les Américains), il transforme un divertissement de masse en plateforme de contestation transnationale. Mais le Président de la NFL a annoncé que Bad Bunny avait compris qu’il s’agissait d’un événement à visée unificatrice. On ne saura que ce dimanche si la NFL a bien voulu mettre en avant des convictions politiques ou s’il s’agit de Latino-washing. Enfin, on ne le saura que si on choisit de regarder le spectacle officiel.
Un spectacle « anti-woke »
Pour la première fois, une partie de l’Amérique a décidé de boycotter la mi-temps officielle car ils la jugent trop progressiste. Ils ont donc lancé leur propre spectacle alternatif avec des artistes comme Kid Rock qui, selon eux, représentent mieux l’identité américaine.
Pendant des décennies, le Super Bowl était une sorte de “grand-messe” que tout le monde regardait, peu importe son bord politique, mais la création de ce spectacle alternatif est un acte de sécession culturelle. En créant cette mi-temps le mouvement MAGA refuse de partager un imaginaire commun avec le reste du pays.
Kid Rock et ses pairs incarnent cette Amérique blanche, rurale et industrielle. Face au reggaeton mondialisé et militant de Bad Bunny, Kid Rock oppose un rock patriotique, viriliste et nostalgique.
Désormais, tout est une arme politique. Le sport, mais aussi la nourriture ou les boissons par exemple : si tu veux illustrer la violence de la fracture culturelle américaine, cite l’affaire Bud Light de 2023. Tout commence par un simple partenariat marketing sur Instagram avec Dylan Mulvaney, une influenceuse transgenre. Ce qui aurait dû être une campagne de niche a déclenché un séisme : un boycott massif mené par les milieux conservateurs (dont Kid Rock lui-même, qui s’est filmé en train de tirer au fusil d’assaut sur des packs de bière). Cela a fait chuter les ventes et le leader du marché a perdu sa place. La consommation tout comme le divertissement sont devenus des actes de guerre identitaire. Désormais, chaque marque, chaque artiste et chaque événement sportif doit choisir son camp, au risque de s’aliéner une moitié du pays.
Voilà, tu sais maintenant ce à quoi il faut faire attention ce dimanche lors du Super Bowl. Vas-tu te joindre aux millions d’Américains qui regarderont ?



