Le président des Etats-Unis a annoncé, le 7 août 2025, l’entrée en vigueur de droits de douane supplémentaires sur les importations de biens aux Etats-Unis. Cela marque la fin de décennies de libre-échange et de multilatéralisme, mais aussi la bascule vers un nouvel ordre commercial protectionniste. Si Trump affiche un grand optimisme « Tariffs are making the United States strong and rich », les économistes se montrent plus réservés. L’arsenalisation de la politique commerciale américaine a des effets contrastés sur les tensions commerciales, l’activité des entreprises américaines, l’emploi et le taux d’inflation américains. Seule une chose est certaine : les perspectives économiques demeurent toutes très incertaines, soumises aux sautes d’humeur de Donald Trump Jr.
Le protectionnisme punitif de Trump s’intensifie
Les dernières mesures en clair
Le 7 août 2025, les Etats-Unis ont officiellement rompu avec des décennies de libre-échange par l’entrée en vigueur de droits de douane supplémentaires sur les importations de biens. La taxe moyenne sur les importations de biens est passée de 2% à 17,3%, un taux record jamais atteint depuis 1930 synonyme du retour du protectionnisme aux Etats-Unis. Trump semble convaincu que le protectionnisme est la meilleure des manières pour redorer l’activité domestique et atteindre le plein emploi.
Les tensions commerciales mondiales
En plus des droits de douane, certains pays sont ciblés par des mesures de rétorsion, une pratique qui alimente les tensions commerciales. Alors que l’UE hérite d’une taxe de 15% sur leurs exportations, l’Inde et Brésil se voient imposés des droits de douanes de 50%. Le Canada hérite de taxes douanières de 35%. Quant à la Chine, conscient de la dépendance américaine à l’économie chinoise, Trump a renouvelé la trêve de 90 jours le 11 août 2025 qui maintient les droits de douane contre le pays à 10%. Ces mesures de rétorsion illustrent parfaitement la stratégie d’arsenalisation de la politique commerciale menée par Trump : elle sert un intérêt extra-économique pour le Président américain qui l’utilise de manière punitive afin de sanctionner ses adversaires et diriger les négociations internationales. C’est pourquoi nous pouvons parler d’une réelle guerre commerciale.
Les relations commerciales entre les Etats-Unis et l’UE
Cette position de force se retranscrit dans les relations commerciales entre les Etats-Unis et l’UE. Pour éviter une sanction plus dure que la moyenne, l’UE n’a pas riposté aux dernières mesures du 7 août 2025, et a promis 600 milliards de dollars d’investissements sur le territoire américain ainsi que 750 milliards d’achats énergétiques sur les trois prochaines années. Trump sort clairement vainqueur de cette guerre commerciale : il impose ses sanctions tout en évitant une riposte européenne.
L’activité domestique américaine souffre des conséquences des droits de douane
Le pouvoir d’achat américain baisse
L’entrée en vigueur des droits de douane sur les importations a signifié pour les américains qu’acheter des produits étrangers est devenu plus coûteux. La consommation externe américaine a donc baissé, et devrait continuer sur cette lancée tant que les taxes ne retrouvent pas leur niveau initial. De plus, le climat économique incertain entraîne une stagnation de la consommation de produits nationaux, ce qui provoque à son tour la stagnation de la consommation totale aux Etats-Unis. Depuis la décision du 7 août 2025, les économistes craignent également une inflation par les coûts, et par extension une perte de pouvoir d’achat pour les consommateurs américains.
Les mesures de rétorsion pénalisent les entreprises américaines
Les entreprises américaines souffrent des ripostes internationales en termes de droits de douane. Or, face à une consommation nationale en demi-teinte, leur activité ralentit, entrainant une perte de profits. D’après Goldman Sachs, les entreprises américaines comme General Motors ou Nike sont les plus affectées par le protectionnisme offensif de leur président. Ceci s’explique par la hausse du prix des produits semi-finis utilisés dans leur processus de production. Face à cette perte, l’investissement privé a baissé de 15,6% au deuxième trimestre de 2025 (sauf dans le secteur de l’IA).
Le niveau de l’emploi inquiète
Le dernier effet rebond se ressent au niveau de l’emploi. Selon le Bureau of Labor Statistics, la création d’emploi en juillet 2025 aux Etats-Unis est 27 % en deçà des prévisions (73 000 emplois créés contre 100 000 attendus). En cause : le ralentissement de l’activité privée domestique. Irrité par ces chiffres inquiétants, le Président Trump a ordonné le 1er août 2025 le licenciement de Doctor Erika McEntarfer, responsable du Bureau of Labor Statistics précédemment nommée par Biden, l’accusant d’avoir publié des chiffres fallacieux. Par ailleurs, l’emploi de la fonction publique continue de baisser face aux coupes budgétaires du Président américain.
Quelle réaction de la part de la Réserve Fédérale ?
L’inflation grimpe aux Etats-Unis
Les effets inflationnistes du protectionnisme américain sont clairs, mais modérés. L’inflation importée est en hausse, portant l’inflation structurelle à 3,1%. Pourtant, entre juin 2024 et juin 2025, le taux d’inflation est de 2,7%, ce qui reste raisonnable.
Powell versus Trump
Face à cette inflation modérée, Trump martèle la supposée nécessité de baisser les taux directeurs auprès de Jerome Powell, Président de la Réserve Fédérale. Ce dernier continue pourtant de refuser, et a même décidé le 1er août 2025 de maintenir les taux directeurs à 4,5%. Le conflit entre les deux n’a cessé de s’intensifier. Trump multiplie les insultes : « Powell, un idiot obstiné, doit abaisser considérablement les taux d’intérêt, maintenant ». Powell estime quant à lui que l’incertitude du nouvel ordre commercial rend dangereuse la baisse des taux directeurs. Seule une baisse conséquente de niveau de l’emploi pourrait le faire changer d’avis.
Le déficit public américain s’aggrave
La Fed s’inquiète de la montée du déficit public américain, déjà de l’ordre de 7,4% du PIB. Si Trump affirme que les recettes douanières combleront la disparition des recettes liées à l’impôt sur le revenu (qu’il a déjà abaissé auparavant), ceci ne semble pas crédible. D’un côté, les recettes liées à l’impôt sur le revenu représentent 40% des recettes fiscales nationales, alors que de l’autre, les recettes douanières n’en représentent que 5%. Ainsi, la montée du déficit public empêche la Fed de baisser ses taux directeurs.
Conclusion
L’entrée en vigueur des droits de douane supplémentaires marque un point de bascule vers un nouvel ordre commercial protectionniste, dont la principale caractéristique est l’incertitude. Si Trump semble avoir réussi à tourner cette guerre commerciale à son avantage à l’international, les effets rebonds sur l’activité domestique sont inquiétants. Les consommateurs américains sont les premières victimes de cette guerre commerciale, preuve que Trump ne réussira probablement pas à concilier son ambition de préservation du pouvoir d’achat américain avec celle du protectionnisme punitif. L’incertitude est grande, et les décisions de la Réserve Fédérale se montreront décisives dès la rentrée 2025.
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