Marre des cours barbants de civilisation du monde anglophone ? Envie de chiller le weekend devant un bon film, sans culpabiliser de ne pas travailler ? On a le film parfait pour toi : The Apprentice te permettra de te détendre tout en forgeant ta connaissance de la politique américaine ! Bon visionnage !
The Apprentice : quésaco?
En mai 2024, le Festival de Cannes a été secoué par la projection d’un film inattendu : The Apprentice, réalisé par le cinéaste irano-danois Ali Abbasi, connu pour son goût du trouble moral (il a notamment réalisé Les Nuits de Mashhad en 2022, film sur les féminicides qui ont lieu en Iran). The Apprentice retrace l’ascension de Donald Trump dans les années 1970-1980 : tout part de sa rencontre avec Roy Cohn, avocat sulfureux et surtout, figure tutélaire du maccarthysme. On suit l’ascension de Trump jusqu’à son positionnement comme figure médiatique et entrepreneur redouté. Mais il ne s’agit pas là d’un biopic lisse ou hagiographique puisque The Apprentice interroge la formation d’un pouvoir et la construction d’un imaginaire politique dans une Amérique hypercapitaliste.
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Un contexte brûlant
Sorti alors que Donald Trump fait campagne pour l’élection présidentielle de 2024, The Apprentice ne pouvait être plus d’actualité. Le film ne porte pourtant pas sur la présidence Trump elle-même, mais sur sa genèse. Ali Abbasi propose un retour aux sources, à la période où le jeune Trump, joué par Sebastian Stan, forge ses armes dans le New York des années 70, auprès de Roy Cohn, ancien conseiller de McCarthy, juriste manipulateur et mentor faustien.
Le choix de cette période est stratégique : il s’agit d’un moment où les États-Unis connaissent une recomposition économique majeure (crise du pétrole, dérégulation, montée en puissance de l’idéologie néolibérale) et une crise de confiance envers les institutions (post-Watergate). Le film montre comment ces conditions ont façonné non seulement un homme, mais aussi un style de pouvoir fondé sur l’image, la confrontation, et la négation des faits.
Un film politique, mais pas partisan
Abbasi refuse de diaboliser ou d’idéaliser son sujet : The Apprentice n’est pas un pamphlet, mais une tentative de dépeindre, et peut-être de comprendre, une trajectoire. Loin du sensationnalisme, le film adopte un ton clinique et tendu, mettant en scène un univers où la morale s’efface derrière l’efficacité, où la loyauté cède à l’opportunisme. C’est précisément cette ambiguïté qui confère toute sa force au film : on y voit naître un homme politique non pas comme incarnation d’une idéologie, mais comme produit d’un système.
Le film met également en lumière la figure de Roy Cohn, véritable démiurge dans l’ombre, qui apprend à Trump les mécanismes de la manipulation médiatique, de l’intimidation juridique et de la polarisation de l’opinion. Cohn incarne l’héritage d’un conservatisme dur, sans scrupules, qui trouve chez Trump un écho redoutablement efficace.
The Apprentice s’inscrit donc dans la tendance du cinéma politique à la fois documenté et fictionnalisé à l’image d’œuvres comme Vice (2018) d’Adam McKay. Il interroge la manière dont les figures publiques se construisent et s’imposent. À une époque où l’on débat de l’emprise des algorithmes, du pouvoir de l’image et de la crise de la vérité, ce film propose un cas d’école : il montre comment un individu devient un produit médiatique, et comment ce produit façonne en retour le monde réel.
Pourquoi regarder The Apprentice en prépa ?
Il y a des films qui divertissent, d’autres qui dérangent, et puis il y a ceux qui éclairent. En tant qu’enseignante en prépa, je vois dans The Apprentice un outil pédagogique précieux, et, surtout, une œuvre qui interpelle sur ce que signifie la célébrité dans notre monde contemporain.
Ce film permet non seulement de comprendre les logiques du pouvoir, mais également de les déconstruire. À travers le regard clinique d’Ali Abbasi, on observe comment Trump apprend à contrôler son image, à instrumentaliser les médias, à contourner les règles, bref, à jouer avec les codes du pouvoir. En prépa, tu étudies souvent les rouages de l’économie, de la communication ou de la diplomatie, mais ce film donne à voir la face moins théorique et plus viscérale du leadership : une performance permanente, souvent amorale, parfois brutale. Ce regard est fondamental en prépa. Il invite à penser les discours, les figures d’autorité et les récits dominants de façon critique.
Cette œuvre interroge aussi notre rapport à la réussite, question clé pour un étudiant ambitieux de prépa. Comment devient-on la personne qu’on veut être ? Quel compromis accepte-t-on ? Quelle image de soi veut-on donner ? Dans le film, on voit un jeune homme ambitieux apprendre à faire taire ses doutes au nom de la réussite. C’est une leçon inquiétante, mais utile. En classe prépa, on se construit. On absorbe des modèles, on apprend à performer, à convaincre, à faire « bonne figure ». The Apprentice rappelle que l’ascension peut coûter cher, et que toute trajectoire se fabrique aussi sur des choix éthiques.
Et pour les aficionados des films à l’esthétique léchée, on regarde ou on passe son chemin ?
The Apprentice se distingue par une mise en scène tendue et dépouillée qui refuse les effets spectaculaires pour mieux souligner la froideur calculée de son sujet. Ali Abbasi opte pour une palette visuelle sombre, dominée par des tons gris et sépia, qui ancrent le récit dans un New York rugueux, presque clinique, à mille lieues de l’imagerie clinquante habituellement associée à Trump.
Les points de vue, souvent fixes ou en plans rapprochés, accentuent l’enfermement progressif du personnage principal dans un univers de rapports de force, de manipulation et de dissimulation. La bande-son, minimaliste, laisse place aux silences lourds et aux dialogues percutants, renforçant l’impression de tension latente. En évitant la caricature, Abbasi propose une esthétique de l’ascèse, au service d’une réflexion sur la construction d’un mythe, celui d’un homme qui, pour briller, a d’abord appris à dissimuler.
Polémique et pressions juridiques
The Apprentice a suscité une vive réaction de l’équipe juridique de Donald Trump, qui a adressé une lettre de mise en demeure aux créateurs du film. Accusant le long-métrage de diffamation et d’atteinte à son image à l’approche de l’élection présidentielle américaine, l’ancien président a menacé d’intenter une action en justice, notamment en raison de certaines scènes controversées comme celle d’un viol conjugal.
Les producteurs ont défendu la légitimité de leur œuvre, affirmant proposer un portrait « juste et équilibré ». Malgré l’agitation médiatique, aucune plainte n’a finalement été déposée. Le film a pu sortir dans les salles américaines en octobre 2024, sans obstacle juridique, tandis que Donald Trump a préféré ne pas engager de poursuites formelles, sans doute pour éviter l’exposition publique qu’un procès aurait engendrée.
Pistes de réflexion
Si tu veux t’entraîner à la rédaction en anglais sur des sujets connexes au film sans trop te prendre la tête, voici quelques questions de réflexion personnelle qui te permettront de repenser les thèmes de l’œuvre par rapport à ton propre parcours :
- Do you think people are born leaders, or do they become leaders over time?
- What does it mean to you to “succeed”? Where does that definition come from — your family, school, society, yourself?
- Is there a time in your life when you made a choice that didn’t feel fully aligned with your values — but that you felt was necessary? How did you navigate that moment? Would you do it differently now?
- What kind of person do you want to become — not just professionally, but personally?
How do the small decisions you make every day shape that person?
Vocabulaire ressource
Politique et société américaine
un président : a president
une élection présidentielle : a presidential election
la politique américaine : American politics
un conservateur / conservatisme : a conservative / conservatism
un mentor politique : a political mentor
le maccarthysme : McCarthyism
les institutions : the institutions
une crise de confiance : a crisis of confidence
la dérégulation : deregulation
le néolibéralisme : neoliberalism
une figure publique : a public figure
la polarisation de l’opinion : opinion polarisation
Pouvoir, image, communication
le pouvoir : power
l’ascension sociale / politique : social / political ascent
une figure médiatique : a media figure
la manipulation médiatique : media manipulation
l’intimidation juridique : legal intimidation
une stratégie de communication : a communication strategy
contrôler son image : to control one’s image
instrumentaliser les médias : to exploit / instrumentalize the media
contourner les règles : to bypass / sidestep the rules
une posture politique : a political stance
faire bonne figure : to put on a good front
Esthétique et mise en scène
une mise en scène dépouillée : a stripped-down / minimalist direction
une palette visuelle sombre : a dark visual palette
des tons sépia / gris : sepia / grey tones
un univers clinique : a clinical atmosphere
une esthétique de l’ascèse : an ascetic aesthetic
un plan fixe : a static shot
un plan rapproché : a close-up shot
une tension latente : a latent tension
une bande-son minimaliste : a minimalist soundtrack
une imagerie clinquante : flashy imagery
Réflexion éthique, ambition et construction de soi
la réussite : success
une trajectoire personnelle : a personal trajectory
un compromis moral : a moral compromise
la construction de soi : self-construction / self-fashioning
l’ambition : ambition
apprendre à dissimuler : to learn to hide
un univers impitoyable : a ruthless world
absorber un modèle : to internalize / absorb a role model
une performance permanente : a constant performance
remettre les figures d’autorité en question : to question authority figures
Voilà, tu as maintenant de quoi occuper ton dimanche soir ! On espère que cet article t’aura plu, et n’hésite pas à aller lire nos autres articles sur Trump !



