Le Royaume-Uni a rejoint la CEE en 1973 mais n’a jamais été au coeur du projet européen, si bien que depuis 2016, le mécontentement britannique à propos de leur appartenance à l’UE s’est fait entendre. Ce nouveau sentiment anti-UE a marqué le début du Brexit, qui a été impulsé par Farage dès la victoire du camp “Leave” lors du référendum en 2016, et mené à terme par plusieurs Premiers ministres conservateurs. Le Brexit a marqué une première recomposition des relations entre le Royaume-Uni et l’UE, avec l’émergence d’une défiance et d’une rigidité dans les relations commerciales, politiques et géopolitiques. Aujourd’hui, le contexte pousse à une nouvelle recomposition : le retour au pouvoir du parti travailliste, la vague antidémocratique américaine et la guerre en Ukraine ont rapproché l’UE et le Royaume-Uni, unis par la volonté de créer un front démocratique. Ainsi, comment évolueront les relations entre le Royaume-Uni et l’UE ?

Le Brexit : un divorce aux séquelles durables 

Les causes du Brexit

Le Brexit est d’abord né d’un argument économique. Le Royaume-Uni, contributeur au budget européen, se voyait financer des projets agricoles et régionaux à l’Est de l’Europe sans retour équivalent. L’idée d’une « mutualisation des dépenses et privatisation des gains » s’est imposée. À cela s’ajoutait un constat commercial : les liens avec les États-Unis et le Commonwealth paraissaient plus stratégiques que l’intégration au marché unique. Le marché unique était jugé trop contraignant pour l’économie de services britannique. Ce socle rationnel a été récupéré par une vague populiste initiée par Nigel Farage, puis instrumentalisée par Boris Johnson, Theresa May et Rishi Sunak, qui ont porté le projet du Brexit.

L’absence couteuse d’un plan gouvernemental post-Brexit

Les Premiers Ministres britanniques successifs ont multiplié les promesses, sans jamais disposer d’un plan concret pour l’après-Brexit : aucun projet gouvernemental n’avait été élaboré, et la sortie a reposé sur un commerce de revendications intenables, comme l’illustre la campagne des bus promettant 350 millions de livres hebdomadaires pour le NHS, une affirmation rapidement démentie. Ce vide a directement nourri la défiance avec Bruxelles : Johnson a continué d’affirmer des positions irréalistes, tandis que les commissaires européens, Michel Barnier en tête, exigeaient des garanties précises sur la frontière irlandaise et l’accord commercial. Cette asymétrie entre discours politique et réalité technique a dégradé d’emblée les relations entre le Royaume-Uni et l’UE.

Le bilan : un pays affaibli et une relation distendue avec l’UE

Les difficultés rencontrées par le Royaume-Uni suite au Brexit ont pesé sur la qualité de leur relation avec l’UE. Par exemple, l’immigration, promesse centrale du “Leave”, a explosé, atteignant un solde migratoire record en 2022 de 735 000 personnes, soit une augmentation de 124% par rapport à 2016. Ces chiffres témoignent d’une mauvaise gestion de l’immigration par le gouvernement Sunak, et ceci a avivé les tensions avec l’UE : au lieu de coopérer pour parvenir à une gestion humaine de l’immigration, Sunak a opté pour le plan d’expulsion des demandeurs d’asile au Rwanda, synonyme d’une violation de la Convention européenne des droits de l’homme de 1950. Cette stratégie symbolise le choix des Premiers Ministres britanniques à refuser toute coopération avec l’UE pour défendre des promesses irréalistes en termes d’indépendance stratégique. Ceci a instauré une tension permanente et un sentiment de défiance mutuelle avec l’UE.

Vers une recomposition pragmatique des relations

Le retour décisif du “Labour”

L’élection de Starmer comme nouveau Premier Ministre change la donne. Starmer cherche activement à stabiliser ses liens avec l’UE. Ce dernier a franchi un premier pas le 19 Mai 2025 par la signature de l’accord dit de « reset », qui officialise l’adoption par le Royaume-Uni des mêmes normes alimentaires que l’UE. Cet accord permet de réduire les contrôles des exportations aux frontières, favorisant l’intensification des relations commerciales entre l’UE et le Royaume-Uni. L’UE et le Royaume-Uni ont également conclu un accord réciproque sur les quotas de pêche le 20/06/2025, ce qui a amené une stabilité juridique et économique aux exportateurs et aux pêcheurs. Il est clair que Starmer veut poser les bases d’un nouveau dialogue pragmatique et structuré.

Les tensions géopolitiques sont propices au rapprochement

Le contexte géopolitique pousse particulièrement au rapprochement : face à la menace Russe, le Royaume-Uni et les pays européens se montrent très soudés pour démontrer la souveraineté militaire du continent et mettre fin à la guerre en Ukraine. De plus, avec le retour de la politique punitive incertaine de Trump aux Etats-Unis, le Royaume-Uni cherche à diminuer sa dépendance aux Etats-Unis, et se tourne ainsi vers l’UE. L’objectif est de créer un front démocratique uni avec l’UE pour se désolidariser des abus antidémocratiques de Trump, et résister à la dérive oligarchique américaine.

Les limites du rapprochement entre l’UE et le Royaume-Uni

Réintégrer l’UE n’est pas une option

Le renouveau des relations entre l’UE et le Royaume-Uni reste limité. Keir Starmer refuse de présenter ce rapprochement comme un projet “Rejoin”, conscient que ce mot diviserait profondément une opinion publique encore partagée. Sa stratégie est de maintenir une indépendance stratégique, notamment en matière de croissance et de commerce, tout en consolidant les liens pratiques avec Bruxelles. Cette ambiguïté lui permet d’éviter de braquer les électeurs conservateurs qui ont basculé vers son parti en 2024, ce qui est crucial au moment où le projet anti-européen de Farage regagne de l’élan. L’hypothèse d’un retour dans l’UE reste donc largement improbable.

Un partenariat renforcé, mais hors des institutions

Un partenariat renforcé s’annonce entre le Royaume-Uni et l’UE, mais hors institutions. Les formes de partenariat privilégiées semblent être celles des accords sectoriels et bilatéraux. L’exemple récent de la signature du Traité de Kensington avec l’Allemagne en juillet 2025 illustre cette trajectoire : ce traité marque l’approfondissement des relations bilatérales entre les deux pays (autour de la défense et de la sécurité, de la mobilité et des échanges culturels ainsi que de la coopération commerciale et technologique), mais n’a pas vocation à lier le Royaume-Uni à l’institution de l’UE.

Conclusion

Le Brexit a éloigné le Royaume-Uni de l’Union européenne et profondément affaibli la confiance mutuelle. Pourtant, les crises internationales, de la guerre en Ukraine à la menace antidémocratique américaine, rapprochent à nouveau Londres et Bruxelles. L’avenir de leur relation ne passera sans doute pas par une réintégration, mais par une coopération sélective, pragmatique et efficace. Commerce, normes, pêche, défense et sécurité deviendront les piliers d’un partenariat hybride, où le Royaume-Uni cherchera à rester indépendant tout en partageant les combats démocratiques européens.

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