Ethel et Julius Rosenberg escortés après leur condamnation pendant la chasse aux sorcières

La chasse aux sorcières est l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire américaine du XXe siècle. Lancée en 1950 par le sénateur Joseph McCarthy, elle vise à débusquer les espions communistes infiltrés dans l’administration américaine. En quelques années, la chasse aux sorcières plonge le pays dans un climat de peur et de suspicion généralisée.

Le terme n’est pas choisi au hasard. Il renvoie directement aux procès des sorcières de Salem, à la fin du XVIIe siècle, où plus de 200 personnes avaient été accusées de sorcellerie. Cette référence historique permet de mieux comprendre comment la chasse aux sorcières des années 1950 a pu mener à des dérives aussi graves, jusqu’au procès et à l’exécution des époux Rosenberg.

Cet article retrace les origines de la chasse aux sorcières, son apogée sous McCarthy, puis sa chute. De quoi mieux comprendre cette période clé de la guerre froide, encore présente dans l’imaginaire et le vocabulaire politique américains aujourd’hui.

Les origines de la chasse aux sorcières

Un contexte politique sous tensions

Dès 1945, il apparaît clairement que l’équilibre précaire trouvé par les accords de paix après le second conflit mondial ne suffira pas à calmer la rivalité entre Soviétiques et Américains, galvanisés par leur victoire. En 1947, le président Truman prend ainsi l’initiative de la lutte contre l’expansion du communisme et adopte la politique du containment. La même année, il ordonne une enquête sur la loyauté des fonctionnaires américains. Celle-ci mènera à la révocation de 200 d’entre eux, ainsi qu’à 2 000 démissions. Pourtant, Truman se trouve lui-même accusé par les anticommunistes les plus farouches en raison de sa politique sociale jugée proche du socialisme.

La poussée du maccarthysme

La chasse aux sorcières démarre en 1950 sous l’impulsion d’un obscur sénateur du Wisconsin, Joseph McCarthy. Né en 1908, McCarthy avait d’abord rejoint le parti démocrate avant de rejoindre le Sénat en 1946 sous les couleurs du parti républicain. Avide de popularité, il se fait connaître en prenant la défense d’un groupe de soldats SS condamnés à mort pour leur rôle dans le massacre de prisonniers américains.

Joseph McCarthy
Joseph McCarthy, emblème du Mcarthyism

En 1950, McCarthy propose de lancer une nouvelle campagne anticommuniste destinée à dénoncer une conspiration au sein de l’administration américaine. Dans un célèbre discours au Sénat, le 9 février 1950, il affirme avec aplomb : « Je tiens là une liste de 205 personnes dont le secrétaire d’État sait qu’elles sont affiliées au parti communiste et qui sont néanmoins en poste et façonnent la politique du Département d’État. » Commence alors la traque des sorcières communistes, qui connaîtra dès les premiers mois un immense succès, faisant de McCarthy un véritable héros national. Pourtant, cette campagne nourrit également un climat de peur et de psychose qui nourrira pendant de longues années l’imaginaire américain dans un pays marqué par la Red Scare (Peur rouge).

La chasse aux sorcières dans la culture américaine

L’expression choisie pour désigner la traque des communistes n’a bien évidemment rien de neutre. Celle-ci renvoie à un épisode de l’histoire américaine, le procès des sorcières de Salem. Il s’agit d’une série de procès situés entre 1692 et 1693 dans plusieurs villages du Massachusetts près de la ville de Salem, ayant entraîné l’arrestation d’une centaine de personnes accusées de sorcellerie et l’exécution de vingt d’entre elles.

Cet épisode, très largement utilisé dans la rhétorique politique américaine pour mettre en garde contre les dangers de l’extrémisme et des dérives de la justice, a durablement marqué le pays. Or, le maccarthysme, justement, qui cherchait à employer le vocabulaire de la peur en évoquant la présence de nouvelles sorcières au sein de la société américaine, ne manquera pas de connaître lui aussi des dérives dangereuses.

Apogée et chute du maccarthysme

Le procès des époux Rosenberg

De 1951 à 1954, toute une partie de l’Amérique s’engage donc dans la lutte anticommuniste : ouvriers catholiques, fermiers du Middle West, magnats du pétrole… Les ennemis communs de ces groupes pourtant hétérogènes, ce sont les libéraux, accusés de complaisance à l’égard de l’URSS. C’est dans ce contexte que s’ouvre le procès des époux Rosenberg. Ethel et Julius Rosenberg sont deux New-Yorkais accusés d’espionnage. Bien qu’ayant clamé haut et fort leur innocence et ayant bénéficié d’une campagne mondiale en leur faveur, ils sont exécutés sur la chaise électrique en 1953.

Si différentes sources postérieures au jugement confirment l’espionnage de Julius, les derniers partisans des Rosenberg soulèvent toujours le caractère injuste d’un jugement avant tout politique. Les époux Rosenberg restent d’ailleurs les seules personnes exécutées pour espionnage dans le monde occidental dans le cadre de la guerre froide. L’affaire est encore aujourd’hui associée à l’idée d’une justice partiale, qu’Arthur Miller dénonçait en 1953 dans sa pièce The Crucible.

McCarthy au sommet : 1952-1954

Avec ce procès, les États-Unis rentrent dans une véritable ère d’inquisition. Tous les employés fédéraux doivent ainsi se soumettre à un contrôle de loyauté. La traque s’étend partout, jusqu’à Hollywood, inquiétant même Charlie Chaplin, qui se réfugie alors en Suisse. Il réalisera d’ailleurs un film pour dénoncer les excès de cette campagne, Un roi à New York.

Le succès de McCarthy est tel qu’il se permet de provoquer le président Truman en personne. Celui-ci cherche à garder son sang-froid pour réfréner les excès d’une campagne souvent violente. Le président pose notamment son veto face aux lois MacCarran et MacCarran-Walker (1952). Ces deux lois proposaient de restreindre les libertés des personnes susceptibles d’avoir sympathisé avec les idées communistes. Truman affirme en effet que « dans un pays libre, on punit les gens pour leurs crimes, jamais pour leurs opinions ». À deux reprises, le veto du président est finalement écarté par une large majorité.

En cherchant ainsi à apaiser un mouvement qu’il a lui-même contribué à lancer, Truman apparaît paradoxalement complice de ses ennemis communistes. La destitution du général MacArthur pendant la guerre de Corée renforce à nouveau les partisans de McCarthy. Ceux-ci en profitent alors pour s’attaquer au parti démocrate. Ces attaques contribuent largement à la défaite de Truman face à Eisenhower en novembre 1952.

La chute de McCarthy

Avec le retour des républicains au pouvoir, l’état d’excitation permanent dans lequel se trouvait la population se calme progressivement. Ancien militaire, Eisenhower jouit d’une grande popularité et cherche à arbitrer en faveur d’une voie moyenne entre les différentes tendances de son parti. McCarthy de son côté, grisé par ses succès, commet l’erreur fatale de s’attaquer à l’armée. Le Pentagone et le Sénat demandent alors des explications à l’accusateur en chef, qui se voit alors discrédité devant l’opinion publique. Sombrant dans l’alcoolisme, McCarthy meurt en 1957, déjà oublié de tous.

Aujourd’hui encore, les États-Unis restent marqués par cette période de trouble et de méfiance, pendant laquelle la sécurité nationale aura un temps justifié certains excès dictatoriaux.

Conclusion : un héritage toujours présent

La chasse aux sorcières des années 1950 reste un épisode fondateur pour comprendre la société américaine contemporaine. En quelques années, la peur du communisme a suffi à briser des carrières, des réputations et parfois des vies, comme celles des époux Rosenberg. Cette période montre à quel point un climat de peur peut transformer un pays démocratique en terrain propice aux dérives autoritaires.

La chute de McCarthy en 1954 n’a pas effacé les mécanismes qu’il avait mis en place. Le vocabulaire de la chasse aux sorcières, les listes noires, les auditions publiques et la suspicion généralisée ont laissé une trace durable dans la culture politique américaine. Aujourd’hui encore, l’expression “witch hunt” est régulièrement utilisée par des personnalités politiques pour dénoncer ce qu’elles considèrent comme des poursuites injustes ou disproportionnées à leur égard.

Cette persistance du vocabulaire n’est pas anodine. Elle montre que la chasse aux sorcières des années 1950 continue de structurer la façon dont les Américains parlent de justice, de loyauté et de trahison. Le parallèle avec les procès de Salem, évoqué dès le début de cet article, garde donc toute sa pertinence. Les deux épisodes partagent la même logique : une accusation suffit parfois à détruire une réputation, sans qu’une preuve solide soit nécessaire.

Pour tes essais et tes oraux, la chasse aux sorcières offre un excellent exemple pour illustrer des notions comme la liberté d’expression, les dérives de la justice ou le rôle des médias dans la fabrication de la peur. C’est aussi un bon point de départ pour évoquer des débats plus récents sur la surveillance, la cancel culture ou la polarisation politique aux États-Unis.

En bref, comprendre la chasse aux sorcières, c’est aussi mieux comprendre certains réflexes encore présents dans la vie politique américaine d’aujourd’hui.

Vocabulaire utile sur le thème de la chasse aux sorcières et du McCarthyism

Anglais Français
Witch hunt Chasse aux sorcières
McCarthyism Maccarthysme
The Red Scare La Peur rouge
Containment policy Politique d’endiguement
Loyalty check / loyalty oath Contrôle de loyauté / serment de loyauté
Espionage Espionnage
To blacklist someone Mettre quelqu’un sur liste noire
To be subpoenaed Être convoqué (par une commission, un tribunal)
Hearings Auditions (devant une commission)
To plead the Fifth Invoquer le 5e amendement (droit de ne pas s’auto-incriminer)
Un-American activities Activités antiaméricaines
To smear someone’s reputation Salir la réputation de quelqu’un
A scapegoat Un bouc émissaire
Mass hysteria Hystérie collective
To be exonerated Être innocenté
A demagogue Un démagogue

 

 

Voilà, tu sais désormais tout ce qu’il y a à savoir sur la chasse aux sorcières !


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