En tant qu’enseignante et khôlleuse d’anglais, j’ai parfois affaire à de brillants candidats, mais, de temps en temps on passe un moment plus amusant qu’académique. Dans cet article je te raconte certains de mes meilleurs (et pires) souvenirs de khôlles.
L’intoxication alimentaire
S’il y a bien une leçon que j’ai apprise derrière mon bureau de khôlleuse, c’est que la réussite tient parfois à un détail aussi prosaïque qu’un sandwich mal digéré.
Dès les premières minutes d’une khôlle en ECT, je remarque sur le visage de mon étudiant que quelque chose ne va pas. Je mets cela sur le compte du stress. Soudain, en plein milieu d’une phrase, le candidat s’interrompt. Il ne cherche pas ses mots. Il se lève brusquement, lâche un « sorry » qui, je dois l’avouer, était un peu déchirant, et court vers la porte. Dix minutes plus tard, l’étudiant revient pour finir sa colle, et m’expliquer qu’il avait certainement eu une intoxication alimentaire à cause de son sandwich…
La leçon à retenir
Comme on dit : « un esprit sain dans un corps sain ». Le concours est un marathon. Une intoxication alimentaire le jour J, c’est l’élimination assurée. Évite les innovations culinaires ou les produits à risque (poisson cru, œufs, ou encore mayonnaise) la veille et le matin des épreuves !
Il y a opinion et opinion…
Voici sans doute l’un de mes souvenirs les plus désolants. Le sujet de la khôlle portait sur l’évolution du féminisme dans l’aire anglophone. Un sujet classique, qui tombe de plus en plus en khôlle.
Dès le début de son commentaire, le candidat adopte une posture radicale. Il critique l’article de manière virulente pour finir par une affirmation qui me laisse, un instant, sans voix : selon lui, « la place des femmes est à la cuisine ».
Passé l’effet de surprise (et une certaine tristesse de voir un jeune homme de 20 ans tenir de tels propos de nos jours), je passe à la phase des questions. C’est là que le bât blesse. Non seulement le candidat est incapable de sourcer son opinion ou d’apporter le moindre argument construit, mais il finit par s’enfermer dans un mutisme total. Il refuse de répondre à mes questions sous prétexte que je suis une femme. C’est dommage, car j’aurais aimé pouvoir débattre avec lui, et d’ailleurs, s’il avait su avancer des arguments, il aurait peut-être pu avoir une bonne note car, avec une telle opinion, il aurait été forcé de démontrer qu’il sait argumenter.
Petit conseil, si tu as peur de ne pas savoir quoi dire en khôlle, va voir nos structures de plan à réutiliser !
La leçon à retenir
Dans un concours, le jury est tenu à une neutralité absolue. On ne sanctionne pas une opinion, même si elle est provocatrice, impopulaire ou, comme ici, profondément sexiste. En revanche, on sanctionne sans pitié l’absence de compétences académiques. Si tu affirmes quelque chose, tu dois être capable d’utiliser des arguments et des connecteurs logiques (furthermore, conversely, insofar as) pour étayer ta thèse. Même si tu as des convictions personnelles fortes, le jour du concours, le but est de montrer que tu maîtrises les nuances de la langue et de la pensée critique. S’enfermer dans une posture méprisante, c’est se tirer une balle dans le pied.
Un choix surprenant
Je me souviens de ce jour où j’ai levé un sourcil en me demandant si mon étudiant allait vraiment oser. Je t’explique.
Le candidat tombe sur un article très classique sur l’addiction aux smartphones et l’impact des réseaux sociaux sur la santé mentale des jeunes. C’est un sujet bateau, dans le sens où la majorité des étudiants se contentent de réciter leur cours sur les réseaux sociaux sans vraiment analyser l’article. Mais ce jour-là, après une introduction solide, l’étudiant décide de restreindre son analyse à un angle très spécifique : l’addiction à la pornographie en ligne comme sous-produit de l’accès illimité aux smartphones. C’était risqué et pourtant le résultat a été brillant. L’étudiant maîtrisait très bien le sujet (il avait manifestement fait des recherches en amont ou, a minima, lu un article de presse très détaillé là-dessus) et a réussi à avancer tous ses arguments. Bien sûr, comme j’ai initialement eu un peu « peur » du sujet qu’il avait choisi, l’étudiant avait toute mon attention donc il a vraiment réussi à « accrocher » le jury.
La leçon à retenir
Cet étudiant a décroché une excellente note car il a respecté trois grandes règles de réussite :
La pertinence thématique : même si le sujet était osé, il restait dans le cadre de l’addiction au numérique. Il n’était pas hors-sujet, c’est même l’inverse : il était ultra-spécifique.
La solidité de l’argumentation : chaque affirmation était étayée par des connaissances sociologiques et/ou biologiques. Il ne donnait pas son avis, il analysait un phénomène, et c’est vraiment ça qui a fait toute la force de son développement.
La maîtrise lexicale et grammaticale : utiliser un vocabulaire technique et précis en anglais permet de traiter n’importe quel sujet, même le plus sensible, avec la distance académique nécessaire.
En somme, le jury préférera toujours un candidat qui l’intéresse avec un angle inédit qu’une énième répétition de lieux communs, pourvu que l’anglais soit irréprochable !
Le name-dropping
Cette anecdote va te montrer qu’il faut éviter l’étalage de culture « catalogue ».
Une étudiante, plutôt à l’aise, décide d’étayer ses réponses lors de la phase d’entretien en mobilisant une référence littéraire. Elle mentionne, avec une assurance certaine, le chef-d’œuvre de George Orwell : 1984. Sur le papier, c’est une excellente idée ; c’est un pilier de la culture anglo-saxonne, toujours pertinent pour parler de surveillance. Curieuse d’aller plus loin, je lui pose une question simple, ou plutôt, je lui tends une perche : « Could you summarize the novel ? ». Silence radio. L’étudiante bafouille, cherche ses mots, et finit par avouer qu’elle connaît le titre, l’idée générale de la « dictature », mais qu’elle n’a, en réalité, jamais ouvert le livre. Résultat : je finis avec une mauvaise impression, alors que sa khôlle était plutôt de bonne qualité.
La leçon à retenir
En khôlle comme à l’écrit, ta culture n’est pas une liste de courses. Citer un auteur connu sans connaître l’œuvre est un pari extrêmement dangereux. Le jury partira du principe que tu maîtrises ta référence, que tu as envie d’en parler, et on creusera le sujet. Donc, ne parle que de ce que tu connais vraiment, de ce que tu as digéré.
Quand le corps te trahit
On parle souvent de la gestion du stress psychologique : la respiration, la pensée positive etc. Mais on oublie trop souvent que le stress est aussi physique. Et si tu ne le domptes pas, c’est lui qui prend les commandes de tous tes membres… !
J’ai eu une étudiante qui, à chaque khôlle, commençait sa prestation les mains posées sur ses genoux. Jusque-là, aucun problème. Mais à mesure que la khôlle avançait et que les questions arrivaient, un phénomène étrange se produisait. Inconsciemment, elle faisait glisser ses mains le long de ses jambes. Centimètre par centimètre, son buste suivait le mouvement. À la moitié de l’entretien, elle était déjà pliée en deux. À la fin, elle se retrouvait presque littéralement sous la table, avec seule sa tête qui dépassait pour me répondre. C’était une réaction de fuite. Son corps cherchait physiquement à se cacher, à s’extraire au regard du jury. Du coup, j’avais une impression assez étrange de la situation, et cette position nuisait à nos échanges, car en plus d’être à moitié cachée sous la table, une sorte de « hiérarchie » se créait puisqu’elle n’était plus vraiment sur un pied d’égalité avec moi : elle était, physiquement, plus bas. Or, l’échange avec le jury, comme son nom l’indique, c’est une discussion d’égal à égal, et avec ce stress, c’était tout bonnement impossible.
La leçon à retenir
En khôlle, ta gestuelle est ton ancrage. Si ton corps s’effondre, ton argumentation suivra. Pose tes mains à plat sur la table pour te stabiliser, occupe l’espace, tiens-toi droit et apprends à repérer tes tics de stress à toi (tu te touches le visage, les cheveux, ou bien peut-être que tu lèves les yeux au ciel). Reprendre la bonne posture d’ouverture envoie un signal de confiance à ton cerveau (ainsi qu’à ton examinateur d’ailleurs), donc n’hésite pas à le faire si tu te rends compte que tu as trop bougé.
En somme, garde en tête que nous, khôlleurs, passons nos journées à écouter des dizaines de candidats. Ce qui nous réveille et nous donne envie de te mettre une excellente note, c’est quand tu parviens à instaurer un échange et à comprendre qu’au-delà d’être une épreuve ponctuelle, la khôlle révèle un peu de ta personnalité. Alors, au lieu d’essayer de la cacher (en t’écrasant sous la table ou en inventant des références que tu n’as pas lues comme 1984) montre-la fièrement ! Si tu veux voir des khôlles complètes, clique ici pour être redirigé vers notre vidéo Youtube !



