En octobre 2025, Netflix a dévoilé le troisième volet de son anthologie sur les tueurs en série. Après Jeffrey Dahmer et les frères Menéndez, Ryan Murphy s’attaque à l’histoire d’Ed Gein, célèbre tueur en série américain. Cet individu, qui a terrorisé les États-Unis autant qu’il a fasciné le cinéma hollywoodien, incarne à travers cette série un monstre moderne ayant inspiré une multitude de personnages cultes du cinéma d’horreur. Mais, si le succès des précédents volets a prouvé l’appétit du public pour ces récits criminels, la controverse sur l’approche de Ryan Murphy demeure. En effet, quelle est la limite éthique à ne pas franchir lorsque l’on transforme en divertissement les crimes réels d’un homme dont les victimes et leurs familles portent encore la douleur ?
Une série qui retrace l’histoire d’Ed Gein
Histoire du criminel qui a inspiré la série Netflix
Si les noms de Jeffrey Dahmer et des frères Menéndez résonnent fortement, tu noteras que l’histoire d’Ed Gein est encore plus fondamentale dans la généalogie de l’horreur américaine.
Ce célèbre tueur en série opère dans les années 1950. Surnommé le « Boucher de Plainfield », il est connu pour ses pratiques gores et ses nombreuses victimes. Cependant, il a fallu attendre 1957 pour que ses crimes soient mis au jour. Comme ses actions n’étaient pas seulement celles d’un meurtrier mais d’un criminel fétichiste et nécrophile, Ed Gein a durablement marqué l’imaginaire collectif par l’horreur de ses pratiques. Il a même fait de la petite communauté de Plainfield, dans le Wisconsin, un hameau touristique pour l’imaginaire de l’horreur qui l’entoure.
Cependant, l’horreur pure de la série réside dans les détails de la découverte de ses actions. La disparition de la commerçante locale en 1957, Bernice Worden, est ce qui a alerté la police et l’a finalement conduite à la ferme isolée d’Ed Gein. C’est là que tout bascule : les enquêteurs y découvrent l’ampleur de l’horreur perpétrée par Gein. Sa maison est d’ailleurs surnommée « la maison des horreurs ».
Gein, obnubilé par un fétichisme de la peau, utilisait des restes humains exhumés pour transformer les corps en objets de décoration, allant jusqu’à fabriquer des bols, des abat-jour et même des costumes de femme à partir de peau humaine. Son obsession malsaine pour les femmes est expliquée dans la série par son enfance difficile.
Une enfance difficile
Pour comprendre l’horreur des actes d’Ed Gein, il faut remonter à son enfance difficile. Encore une fois, Ryan Murphy décide de s’attarder sur l’histoire du meurtrier pour mettre en exergue le fait qu’il a été transformé en monstre à cause de son passé. Cela rejoint le mécanisme narratif utilisé dans la série des frères Menéndez, qui montre les abus sexuels comme une cause du meurtre de leurs parents.
Il faut savoir que Gein entretient une relation toxique avec sa mère, Augusta. Né en 1906, il grandit dans une ferme isolée, loin de toute influence extérieure. Ainsi, son seul monde est celui régi par ses parents : un père alcoolique, au chômage, et surtout, une mère, Augusta, extrêmement stricte et fanatique.
Par conséquent, son éducation est une véritable torture psychologique. Augusta soumet ses enfants à des lectures religieuses obsessionnelles sur le châtiment divin et leur enseigne que toutes les femmes, hormis elle, sont l’incarnation du Diable et de la perversion. De plus, afin d’isoler Ed et son frère, elle les retire de l’école dès l’âge de 13 ans. Cette emprise a engendré chez Gein une adoration pathologique pour sa mère, qui est largement mise en scène dans la série.
Ce syndrome est appelé par les experts le « complexe d’Œdipe ». En effet, après la mort de sa mère, Ed est incapable de se détacher d’elle. Il conserve son corps et tente, à travers ses crimes, de « reconstituer » sa présence. Cette fixation morbide sur la mère illustre parfaitement ce complexe d’Œdipe poussé à son paroxysme.
La mort d’Henry, frère d’Ed Gein
Cependant, un premier drame survient. En 1944, le frère d’Ed, Henry, meurt dans des circonstances suspectes : alors que les deux hommes brûlaient des végétaux sur la propriété, un incendie est devenu incontrôlable. Henry meurt alors asphyxié par la fumée, et les autorités ne mettent pas la mort du frère sous la responsabilité d’Ed Gein.
Pourtant, la série offre une tout autre vision de cet événement dès le premier épisode. Comme les médecins légistes ont découvert ultérieurement un coup sur la tête du frère, la série s’attarde sur ce détail. L’épisode met en scène Gein qui frappe son frère à la tête, questionnant les décisions de justice ultérieures.
Ainsi, dans la série, une dimension fictionnelle brouille la réalité. Le meurtre de son frère aurait pu être une circonstance aggravante dans sa peine. Changer la narration des faits conduit à remettre en question les décisions de justice, ce qui est préoccupant pour une série de divertissement.
Le début de la folie : la mort d’Augusta
C’est finalement en 1945, avec la mort de sa mère, que tout bascule définitivement. Privé de sa seule figure d’autorité et d’objet d’adoration, Ed Gein bascule totalement dans la folie. Par conséquent, son obsession et sa fascination refoulée pour l’interdit féminin vont s’exprimer par les actes atroces que l’on connaît, transformant la ferme en une véritable « maison de l’horreur ».
En effet, tu noteras que la descente aux enfers d’Ed Gein a commencé par la profanation. Après la mort de sa mère, il est pris d’une obsession pour l’anatomie féminine qu’elle lui avait interdite. Gein commence alors à déterrer des corps de femmes dans les cimetières locaux pour les ramener à la ferme. Ainsi, il a pu prélever la peau et certains organes pour fabriquer sa macabre collection d’objets, comme des masques, des vêtements et du mobilier.
Bien que Gein n’ait officiellement été condamné que pour deux meurtres, il est soupçonné d’être lié à la disparition de plusieurs jeunes femmes dans la région. Par exemple, les gens associent souvent Georgia Weckler, 8 ans, et Evelyn Grace Hartley, 14 ans, à ses activités, alimentant la terreur dans le Wisconsin.
Arrestation et jugement
C’est en novembre 1957 qu’Ed Gein est finalement arrêté, suite à la découverte du corps de Bernice Worden. Dès lors, son cas est devenu une affaire nationale, non seulement pour l’horreur des faits, mais aussi pour les questions de santé mentale qu’il soulevait.
En effet, l’évaluation psychiatrique qui a suivi a permis de diagnostiquer chez lui une schizophrénie sévère. Par conséquent, lorsque son procès a eu lieu en 1958, la peine est clémente : il est déclaré « non coupable pour cause de folie » et interné à l’hôpital psychiatrique de Waupun. Il décède en 1984 sans jamais retrouver la liberté.
Influence d’Ed Gein sur l’industrie du divertissement
Des inventions narratives mêlées au réalisme
Comme nous l’avons déjà mentionné, Ed Gein n’a pas officiellement tué son frère aîné. La série prend donc certaines libertés narratives quant aux décisions de justice officielles prises ultérieurement.
En outre, dans la série, Ryan Murphy fait le choix de mettre en scène une relation amoureuse et sexuelle entre Gein et Bernice Worden, sa deuxième victime. Pourtant, dans les faits, aucune preuve ne montre que cette relation ait bien eu lieu. À cela s’ajoute aussi le fait que Gein n’a pas tué les deux chasseurs d’ours perdus dans la neige ni Evelyn Hartney, la babysitter. Ces scènes sont purement des inventions de l’industrie Netflix pour sensationnaliser les faits. Par exemple, les meurtres de ces personnes sont effectués à la tronçonneuse, alors même qu’Ed Gein n’a jamais utilisé une telle arme pour ses crimes, préférant des armes blanches plus classiques.
Cela montre clairement le danger qu’il peut y avoir dans l’existence de telles séries, qui se veulent d’un côté réalistes en retraçant l’histoire réelle d’un tueur, alors même qu’elles prennent des libertés narratives qui peuvent altérer la réalité des faits.
Une source d’inspiration pour le cinéma d’horreur
Il faut noter qu’Ed Gein a eu un impact colossal sur l’industrie du cinéma. Et c’est précisément ce que la nouvelle saison de Ryan Murphy cherche à explorer. C’est pourquoi la série n’est pas qu’une biographie classique. Elle multiplie les allers-retours entre les plateaux de cinéma où sont filmées des œuvres inspirées par le « Boucher de Plainfield » (comme Psychose) et la vie historique d’Ed Gein. Ceci permet ainsi de questionner comment un fait divers atroce devient un mythe culturel et une source de divertissement populaire.
Ainsi, c’est bien l’histoire terrifiante d’Ed Gein qui a inspiré certains des personnages de psychopathes les plus emblématiques du cinéma. Tu le sais peut-être, mais c’est lui qui est à l’origine de Norman Bates dans le film culte Psychose (1960), ou encore de Leatherface dans Massacre à la tronçonneuse. Il est, en quelque sorte, le prototype du monstre de fiction.
La fascination malsaine du true crime
L’intérêt massif pour des figures comme Ed Gein et les séries de type true crime soulève d’importantes questions éthiques et psychologiques. Tu noteras que cette fascination s’est intensifiée par le format télévisuel. Celui-ci génère une zone grise entre la compréhension du mal et son exploitation commerciale. On parle ainsi « d’effet Netflix » tant l’importance de l’industrie du divertissement prend de l’ampleur sur la perception de la réalité.
L’attrait pour les tueurs en série comme Ed Gein n’est pas récent, il s’inscrit dans une longue tradition narrative du récit criminel qui existe depuis des siècles. Plusieurs facteurs psychologiques expliquent cet engouement général pour les histoires de meurtre et de tragédie. D’abord, ce genre de série permet de se confronter au mal dans un cadre sécurisé. En effet, en apprenant comment les tueurs agissent, certains spectateurs, notamment les femmes, cherchent à reconnaître les individus dangereux et à élaborer des tactiques d’évasion en cas d’agression. Cela leur confère un sentiment de contrôle et de sécurité.
Ensuite, le cerveau se dote d’un mécanisme appelé la curiosité morbide. C’est un processus naturel et inconscient qui consiste à se rassurer par la visualisation du malheur des autres. Par exemple, c’est cette curiosité morbide qui nous pousse à ralentir lors des accidents de la route. Le cerveau, en voyant des scènes d’horreur, éprouve un certain réjouissement à avoir une situation normale et sans souffrances.
Ainsi, comme l’analyse le psychologue et psychanalyste Saverio Tomasella, dans un monde médiatisé par les mauvaises nouvelles, certains ont besoin de se plonger dans des fictions encore plus noires pour se rassurer sur le fait qu’il y a pire qu’eux.
Le concept de trauma porn
Le problème d’utiliser le mécanisme naturel de curiosité morbide dans l’industrie du divertissement est qu’il crée une addiction malsaine : le trauma porn. En effet, ces séries peuvent tomber dans celui-ci, exploitant le drame et les détails gores pour le profit médiatique. Ce concept désigne les séries qui ont tendance à se complaire dans une surreprésentation de la violence.
Par exemple, la série Eux a fait l’objet d’une analyse de Nora Bouazzouni en 2021 pour les scènes insoutenables de violence racistes représentées à l’écran. Le réalisateur se défend en assurant « l’authenticité et l’intégrité de sa démarche », puisque le but de sa série est l’éducation antiraciste.
Cependant, Bouazzouni montre comment le trauma porn plonge l’audience dans une attitude qui a l’effet inverse d’une éducation saine. Par exemple, la mise en scène d’un viol suivi d’un infanticide d’une violence insoutenable interroge sur l’efficacité éducative d’une telle série. S’il est nécessaire d’explorer la souffrance des populations noires face aux discriminations et actes racistes, cela ne doit pas se faire au détriment de l’humanité des personnages. En effet, l’atroce violence explicitement représentée à l’écran contribue à cette déshumanisation malsaine.
Ainsi, l’autrice Chanté Griffin critique violemment ces obsessions hollywoodiennes qui cherchent le sensationnalisme à tout prix. Elle écrit ainsi : « Pourquoi est-ce que je voudrais payer pour voir quelqu’un battre et violer mes ancêtres ? Ce n’est pas du divertissement, c’est de la violence. »
Un fort impact sur la santé mentale
L’aspect malsain des séries comme celles sur Ed Gein réside souvent dans la manière dont elles humanisent les criminels. Comme nous l’avions déjà mentionné dans l’article sur l’effet Netflix, ces séries conduisent souvent à une idéalisation du tueur.
Les séries ajoutent en effet une dimension fictionnelle qui peut amplifier la fascination de l’audience pour le tueur. Elles lui confèrent souvent une aura sympathique ou charismatique. Cela s’appelle le phénomène d’hybristophilie. Par exemple, dans sa série sur Ed Gein, le fait que Ryan Murphy insiste sur son enfance difficile amplifie le sentiment d’empathie de l’audience pour le tueur.
Finalement, la surmédiatisation de ces tueurs les hisse au rang de stars de la pop culture. Cela entraîne une perte de gravité de leurs actions. Par exemple, si Ryan Murphy met en scène majoritairement des tueurs en série aux crimes horribles, cela entraîne chez l’audience un biais, puisqu’elle normalise l’horreur des crimes. Pourtant, un tueur en série reste extrêmement rare et ses crimes extrêmement graves.
Conclusion
Ainsi, l’obsession pour le true crime n’est pas sans conséquences psychologiques et peut nuire à la santé mentale. Une consommation excessive de récits sordides peut augmenter l’anxiété et générer un état d’hypervigilance.
Par exemple, la psychologue Chivonna Childs, PhD de la Cleveland Clinic, explique que nous commençons à chercher la mauvaise personne partout et que notre vision du monde peut changer, conduisant à la peur de quitter la maison. Il est donc crucial d’aborder ces séries avec modération et une conscience critique pour ne pas basculer dans une simple curiosité morbide.
Pour finir et pour t’entraîner, nous te proposons un quiz de connaissance en anglais sur l’article :
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Tu peux également retrouver toutes nos ressources d’anglais ici ! Et si tu veux réviser en regardant des séries, Major Prépa t’a répertorié celles que tu peux visionner pour les citer en colle.



