L’isolationnisme et l’interventionnisme américain sont deux notions essentielles pour comprendre la politique étrangère des États-Unis depuis leur fondation. Ces deux orientations s’opposent radicalement : l’isolationnisme consiste à se concentrer sur ses affaires intérieures et à respecter la souveraineté des autres nations, tandis que l’interventionnisme consiste à s’impliquer activement, parfois unilatéralement, dans les affaires d’autres pays.
Depuis plus de deux siècles, les États-Unis oscillent entre ces deux pôles selon les présidents, les contextes internationaux et les crises qu’ils traversent. De la doctrine Monroe au “Big Stick” de Theodore Roosevelt, des 14 points de Wilson au retrait d’Afghanistan, l’isolationnisme et l’interventionnisme américain dessinent un fil rouge qui permet de relire l’ensemble de l’histoire diplomatique des États-Unis.
Cet article retrace ce va-et-vient historique entre isolationnisme et interventionnisme américain, jusqu’à la politique étrangère menée par Donald Trump depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025.
Isolationnisme et interventionnisme américain : quoi, qui, quand ?
L’isolationnisme est une politique étrangère qui consiste à respecter la souveraineté des pays dans le monde. À l’inverse, l’interventionnisme consiste à intervenir dans les affaires internes des autres pays, de manière unilatérale ou non.
Pour avoir la possibilité d’intervenir à l’étranger, il faut une forte influence et un fort pouvoir militaire : c’est ce qu’on appelle le soft power (ou l’influence culturelle) et le hard power (ou la puissance militaire). Les États-Unis possèdent les deux : il n’est donc pas étonnant que ce soit un des seuls pays au monde qui ait pu intervenir dans différents pays au cours de l’histoire.
On constate un certain va-et-vient entre l’isolationnisme et l’interventionnisme selon les Présidents en exercice.
Historiquement, les États-Unis sont isolationnistes
Les États-Unis sont nés de l’immigration. En 1620, les Pères pèlerins parvinrent en Amérique à bord du Mayflower et fondèrent la première colonie du « Nouveau Monde », à Plymouth. Tu en apprendras plus sur ce sujet en lisant cet article. Les Pères pèlerins étaient des puritains chassés hors d’Angleterre pour leur religion. Ils sont arrivés dans une terre inhospitalière, mortelle et prompte aux dissensions internes. Il est donc logique qu’ils se soient concentrés sur leur propre territoire plutôt que sur les territoires étrangers. À cette époque, les Américains n’ont ni l’envie ni la volonté d’être interventionnistes.
Cet état d’esprit va perdurer plusieurs siècles. On l’appelle la doctrine Monroe, du nom du cinquième Président américain, James Monroe, qui exprima son désaccord par rapport aux tentatives européennes de récupérer le contrôle des colonies espagnoles nouvellement indépendantes en Amérique.
Comme le dit John Quincy Adams – le sixième président des États-Unis – en 1821, les États-Unis ne souhaitent pas s’immiscer dans les affaires des autres, car cela signifierait participer à un grand nombre de guerres dans le monde – des guerres qui ne les concernent pas directement. Par ailleurs, ils ne souhaitent pas d’interventions impromptues et unilatérales sur leur territoire.
John Quincy Adams’s Warning Against the Search for “Monsters to Destroy”, 1821 : “But she [America] goes not abroad, in search of monsters to destroy”.
The Big Stick Ideology : un choix drastique entre interventionnisme et isolationnisme américain
Il est à noter que l’isolationnisme nécessite des États-Unis une grande puissance pour rester indépendants. La doctrine du « Big Stick » (Big Stick ideology, Big Stick policy ou Big Stick diplomacy) du 25ᵉ président des États-Unis Theodore Roosevelt est l’application américaine du dicton : « Qui veut la paix prépare la guerre. »
Selon cette doctrine, un pays ne peut négocier la paix que s’il a les moyens de rentrer en guerre en cas de conflit. C’est pour cela que le président Roosevelt, malgré sa position isolationniste, a continué à développer la puissance maritime américaine pendant ses deux mandats entre 1901 et 1909. En vérité, malgré de nombreux discours prônant la neutralité des États-Unis, Theodore Roosevelt lança plusieurs opérations militaires extérieures.
1901, Theodore Roosevelt: “A good many of you are probably acquainted with the old proverb: Speak softly and carry a big stick – you will go far”.

Woodrow Wilson : un des interventionnistes les plus célèbres
Woodrow Wilson est le 28ᵉ président des États-Unis. Il est en activité de 1913 à 1921… pendant la Première Guerre mondiale, ce qui change la donne. En effet, les différentes attaques de sous-marins allemands envers des paquebots civils américains, comme celle qui a coulé le Lusitania en 1915, le convainquent de rentrer en guerre malgré sa position précédemment isolationniste.
En 1918, lors de son discours sur l’État de la Nation, Woodrow Wilson énonce ses célèbres « 14 points », un programme pour atteindre la paix dans le monde. C’est un clair revirement de situation : les États-Unis n’hésitent plus entre l’isolationnisme et l’interventionnisme, et énoncent leur position comme clairement interventionniste.
Pourquoi ce changement d’opinion ? Woodrow Wilson le justifie comme un moyen pour l’Amérique de se protéger. Il énonce « qu’à moins que justice ne soit rendue aux autres, elle ne nous sera pas rendue à nous-mêmes ». Le but de sa proposition, qui doit être réalisée par la création de la Société des Nations – une organisation internationale dotée de forts pouvoirs – est la paix dans le monde en favorisant le désarmement et l’indépendance des pays aux quatre coins du globe.

L’inefficacité de la Société des Nations mène les États-Unis à retomber dans l’isolationnisme… pour quelques années seulement
La Société des Nations fut un échec notoire. En dehors de l’impulsion première insufflée par Woodrow Wilson en 1918, le projet n’eut pas de grand défenseur et ralentit très rapidement, tant et si bien que les États-Unis redevinrent isolationnistes dès les années 20. Cette tendance fut accélérée dans les années 30 : après la crise de 1929, de nombreuses mesures commerciales protectionnistes furent mises en place dans le monde. Si le sujet t’intéresse, tu peux en apprendre plus ici.
Par ailleurs, cette organisation internationale n’empêcha pas l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale en 1939. Les États-Unis sont encore isolationnistes à cette époque. Mais, tout comme lors de la Première Guerre mondiale, les États-Unis sont la cible d’attaques militaires alors même qu’ils n’étaient pas en guerre, ce qui les motive à s’impliquer dans la guerre. En l’occurrence, l’attaque qui les fait déclarer la guerre à l’Allemagne et à ses alliés en 1941 est l’attaque japonaise sur la base navale de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, qui fit plus de 1 000 morts, dont 66 civils.
Dès lors, même l’opinion publique plébiscite l’interventionnisme. Les États-Unis aident à gagner la guerre et les soldats sont célébrés en héros pour avoir résolu un conflit sur un autre continent. En 1948, le Sénat américain adopte la résolution Vandenberg, qui permet à l’Amérique de faire des alliances militaires dans l’objectif de défendre la paix dans le monde.
Dans les années qui suivent, les soldats américains seront envoyés dans de nombreuses régions du monde pour combattre. On notera par exemple l’intervention au Viêt Nam entre 1955 et 1973, ou celle en Afghanistan entre 2001 et 2021. Cette dernière fait d’ailleurs l’objet d’un article détaillé accessible avec ce lien.
En savoir plus sur la United Fruit Company, symbole de l’interventionnisme américain
Et aujourd’hui : quel choix entre interventionnisme et isolationnisme américain ?
L’isolationnisme et l’interventionnisme américain connaissent un nouveau chapitre depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025. Lors de son discours d’investiture, Trump a promis une politique de “retenue”, affirmant que le succès se mesurerait aux “guerres dans lesquelles nous ne nous engageons jamais” – un discours typiquement isolationniste, dans la continuité du slogan America First.
Pourtant, dans les faits, sa politique étrangère s’est révélée tout sauf isolationniste. En 2025, l’administration Trump revendique avoir contribué à résoudre plusieurs conflits internationaux, dont un cessez-le-feu fragile à Gaza. Les États-Unis ont mené des frappes sur des sites nucléaires iraniens et sur des positions houthies au Yémen. Début janvier 2026, l’armée américaine a même mené une opération militaire pour capturer le président vénézuélien Nicolás Maduro et l’extrader vers New York pour y être jugé.
Surtout, l’administration Trump a multiplié les ambitions territoriales qui rappellent l’expansionnisme américain du XIXe siècle : pression sur le Danemark pour obtenir le contrôle du Groenland, volonté affichée de “reprendre” le canal de Panama, et évocations répétées d’un Canada qui pourrait devenir le “51e État” américain. Ces ambitions s’inscrivent dans une relecture de la doctrine Monroe, recentrée sur l’hémisphère américain, tout en désengageant les États-Unis de certaines responsabilités mondiales plus lointaines : le pays s’est ainsi retiré de plusieurs dizaines d’organisations internationales au cours de cette même période.
Cette politique brouille donc la frontière traditionnelle entre isolationnisme et interventionnisme américain. Plutôt qu’un retrait du monde, certains analystes y voient un nouvel “internationalisme à la Trump”, fondé sur l’usage de la force et de la pression économique pour défendre des intérêts américains définis de façon très large, plutôt que sur la promotion de la démocratie ou des droits humains qui caractérisait la politique étrangère américaine depuis 1945.
À retenir pour tes essais : quelques slogans et du vocabulaire utile
| “Speak softly and carry a big stick – you will go far” – Theodore Roosevelt, 1901 | « Parle bas et porte un gros bâton » |
| “He has kept us out of war” – Slogan utilisé pour la réélection de Woodrow Wilson en 1916 | « Il nous a évité de rentrer en guerre » |
| “America first” et “Make America Great Again”, deux slogans utilisés par Donald Trump lors de la campagne de 2016 | « L’Amérique d’abord », « Rendez sa splendeur à l’Amérique » |
| “America is back”, pour qualifier la présidence de Joe Biden | « L’Amérique est de retour » |
| Isolationism | Isolationnisme |
| Interventionism | Interventionnisme |
| NATO | OTAN |
| The Department of State | Ministère des Affaires étrangères (en Amérique) |
| The U.S. presidency | La présidence américaine |
| A presidential mandate | Un mandat présidentiel (qui ne dure que quatre ans aux États-Unis) |
| A cartoon | Une caricature |



