Le 29 novembre 2024, le débat sur la « mort assistée » connaît un tournant majeur au Royaume-Uni. Le projet de loi a en effet obtenu une nette majorité, et bien que les députés ne l’ait pas encore adopté, il ouvre la voie à une possible législation dès 2025, qui sera difficile à bloquer. Aujourd’hui pourtant, la mort assistée est une pratique illégale passable de 14 ans de prison. Mais est-il vraiment éthique de légaliser l’aide à mourir alors même que le pays connaît un système de santé vacillant ? Plongée au cœur des dilemmes éthiques et politiques de la « mort assistée ».
Point sur les définitions
Tout d’abord, il faut noter que cet article peut aborder des sujets sensibles tel que la mort et le suicide. De plus, comme c’est aussi un sujet complexe avec une certaine lourdeur législative, il est important de s’attarder sur les différentes définitions. Tu noteras en effet que nous avons fait le choix de parler de « mort assistée » (« assisted dying » en anglais) plutôt que de « suicide assisté », car il existe des différences majeures entre ces termes. Il est aussi important de distinguer euthanasie de mort assistée.
En effet, l’euthanasie est définie en France par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) comme « un acte destiné à mettre délibérément fin à la vie d’une personne atteinte d’une maladie grave et incurable, à sa demande, afin de faire cesser une situation qu’elle juge insupportable ». C’est donc un médecin qui réalise l’euthanasie, et cette pratique peut ne pas avoir un consentement explicite du patient. Par exemple, dans le cas d’une décision de débranchement pendant un coma décidé par les proches, la mort du patient n’est pas consentie au préalable par celui-ci.
Au Royaume-Uni, la procédure du « assisted dying » peut se traduire de différentes manières. Cela désigne un patient qui est dans une situation de maladie incurable, souvent en phase terminale, et qui demande la prescription d’un médicament léthal qu’il s’administre lui-même. On parle donc de suicide assisté pour la formulation exacte, du fait que c’est le patient qui s’auto administre la dose. Pourtant, la majorité des médias et journaux font le choix de traduire « assisted dying » par mort assistée, car ils jugent souvent que le suicide assisté est chargé moralement. Tu noteras donc que dans cet article, les termes de suicide assisté et mort assisté font bien référence à la même chose.
Chronologie des avancées concernant la « mort assistée »
Le tournant de 2024 pour la mort assistée
Depuis le 29 novembre 2024, le Parlement britannique s’est lancé dans un débat historique sur la légalisation de la mort assistée. En effet, les députés ont voté ce jour-là en faveur de l’ouverture du processus législatif avec un score final de 330 voix contre 275. C’est cette majorité nette qui marque un tournant réel dans la réflexion politique. Jusqu’à présent, les autorités britanniques punissent toute forme d’aide à mourir d’une peine pouvant aller jusqu’à 14 ans de prison. Mais ce vote est loin de conclure le processus. Il reste en effet un long chemin parlementaire qui s’opère actuellement pour parvenir à la législation.
Ainsi, derrière ce mouvement se dessine un pays en pleine mutation éthique et sociale. Le gouvernement de Keir Starmer, arrivé au pouvoir en juillet 2024, semble donc afficher clairement une volonté de sortir de l’immobilisme des dernières années sur certaines questions morales. La voie vers une réforme, jusque-là impensable, devient alors aujourd’hui largement ouverte.
Le lien vers l’article du 29 novembre ici !
Juin 2025 : le retour de la mort assistée dans les débats
Depuis juin 2025, il faut savoir qu’un tournant s’opère. Le Royaume-Uni a adopté un projet de loi historique sur l’aide à mourir qui encadre le suicide assisté et le rend légal, intitulé « Terminally Ill Adults Bill ». Concrètement, elle permet d’aider à mourir les malades en phase terminale dont l’espérance de vie est inférieure à 6 mois.
Du point de vue judiciaire, tu dois noter que cela reste officiellement un projet de loi, c’est-à-dire qu’il n’est pas encore en vigueur. Elle est passée au vote de la chambre des députés avec un score final de 314 pour et 291 contre, un vote serré qui reflète la controverse de cette loi. Tu remarqueras donc que en comparaison avec novembre 2024, l’écart des votes s’est resserré, affichant la complexité du débat éthique.
Un chemin encore laborieux
Pour que cette loi soit vraiment en vigueur, il faut aussi qu’elle passe devant la chambre des Lords. Il faut noter cependant que comme ceux-ci ne sont pas élus, ils adhèrent souvent avec les décisions de la chambre des députés. Il y a donc peu de chance qu’ils bloquent la loi.
Pour que cette loi passe, le gouvernement a prévu un cadre législatif très strict. Tu peux retenir ces quelques règles. D’abord, le patient doit s’administrer lui-même la dose léthale, afin qu’il ne puisse pas avoir d’affaires engagées contre un médecin qui aurait administré la dose. Ensuite, il est interdit de faire de la publicité pour ce genre de service puisque ça touche à un problème éthique sensible. C’est aussi un service qui est proscrit pour les mineurs.
Finalement, si cette loi est adoptée par les deux chambres, elle ne sera pas mise en place avant quatre ans. Cela s’explique par le fait qu’une telle loi possède une lourdeur administrative non négligeable, notamment parce que les études montrent qu’elle pourrait concerner 4500 personnes par an, un chiffre important sachant que ce seront des personnes tuées légalement.
Le lien vers l’article des avancées de 2025 en anglais ici !
Un processus médicamenteux complexe
L’aide médicale à mourir passe par la prescription d’un médicament que le patient s’auto administre par voie orale, lui infligeant une mort à priori rapide et indolore. Cependant, tu te doutes bien que concevoir un médicament qui permet de tuer sans douleur reste très complexe. Par exemple, le protocole canadien d’AMM reconnaît les lacunes médicales quant à la connaissance des effets réels des médicaments proscrits. Des études montrent mêmes que les décès assistés peuvent être pénibles pour le patient.
Alors quels sont les médicaments utilisés ? En principe, ce sont des barbituriques à très fortes doses qui sont prescris. Cependant, leur disponibilité se raréfie et ils deviennent de plus en plus couteux, donc des combinaisons alternatives sont utilisées.
Pour l’euthanasie d’un patient, la pratique est différente. Les praticiens endorment d’abord le patient à l’aide d’une anesthésie générale. Ensuite, il est courant d’administrer un agent qui paralyse les muscles, empêchant alors tout mouvements, d’abord pour permettre une mort plus douce au patient et empêcher son organisme d’activer un processus de survie, mais aussi pour éviter les spasmes musculaires qui peuvent donner l’impression d’une mort pénible auprès des proches du patient.
Cela rappelle ainsi l’importance des distinctions sémantiques entre suicide assisté et euthanasie, puisque le processus médical d’administration de la dose léthale qui s’ensuit diffère selon les pratiques.
Mort assisté : de nombreux problèmes éthiques
Une mort assistée parfois douloureuse
Tout l’enjeux de ces médicaments réside en fait dans leur capacité à administrer une mort sûre et douce. Ce sont en effet des personnes qui sont malades, qui souffrent énormément, et qui souhaitent abréger leur souffrance. Ainsi, les médicaments utilisés doivent avoir une efficacité absolue sans effets indésirables.
Le premier problème, c’est que des médicaments aussi complexes requiert un coût non négligeable qui rend les procédures inaccessibles à tous. Le second problème, c’est qu’il est impossible pour les médecins de garantir que la mort sera douce. Par exemple, aux Etats-Unis, les données publiées par certains États américains où le suicide assisté est légal comme l’Oregon montrent que 15% des patients connaissent des complications parfois reprenant même conscience après avoir ingéré des médicaments létaux. Les chiffres montrent aussi que 33% des décès duraient plus d’une heure, et 7% plus de 6 heures. L’idée d’un suicide assisté comme solution miracle pour abréger les souffrances d’un patient reste malheureusement erronée.
Pour avoir un exemple précis, tu peux citer le cas de Kurt, un homme au Colorado qui a eu recours au suicide assisté après avoir reçu le diagnostic de son cancer en 2017. Cependant, après avoir ingéré ses médicaments, il a mis plus de neuf heures à mourir, illustrant donc la complexité scientifique d’avoir des médicaments assurant une mort douce. Cela soulève donc des problèmes éthiques, puisque légaliser l’aide à mourir, c’est aussi permettre à certains patients de partir dans d’atroces souffrances.
Pour accéder aux témoignages de personnes concernées par le suicide assisté
Pression des familles
Le premier enjeu éthique réside dans la pression implicite que peuvent ressentir les personnes concernées par le suicide assistée. En effet, la législation indique que c’est une procédure qui concerne uniquement les personnes en phase terminale, avec un état de santé critique. Ainsi, par peur de devenir un fardeau pour leur famille, ces personnes pourraient être amenées à choisir le suicide assisté.
Plusieurs sondages britanniques montrent que c’est une préoccupation majeure du public : dans un sondage de YouGov en avril 2025, 56 % des Britanniques craignent que des personnes vulnérables optent pour le suicide assisté, non pas à cause de la souffrance physique, mais parce qu’elles se sentent déjà un poids pour leur famille ou la NHS. De plus, 63 % des adultes interrogés estiment que la mort assistée ne devrait pas être autorisé pour ceux dont la raison principale est ce sentiment de fardeau familial ou social. Ces peurs témoignent d’une pression psychologique ou sociale qui pourrait biaiser le libre arbitre et l’autonomie du patient, qui choisirait la mort pour soulager les autres.
Surreprésentation des personnes âgées
Dans ce contexte, les données montrent une surreprésentation des personnes âgées parmi celles qui ont recours au suicide assisté dans les pays où la procédure est légale. Cela renforce ainsi l’argument selon lequel la vulnérabilité liée à l’âge peut accroître cette pression.
Par exemple, la British Geriatrics Society rappelle que dans les juridictions comme le Canada, 85 % des décès assistés concernent des personnes de plus de 65 ans, dans les Pays-Bas, 90 % sont âgées de plus de 60 ans, et dans des États américains comme l’Oregon, 82 % sont également âgées de plus de 65 ans.
Finalement, dans un article pour le HuffPost UK, Ilora Finlay, professeure en soin palliatif à l’université de Cardiff, alerte sur ce concept de fardeau. Elle assure déjà que les médecins accompagnent les patients en soins palliatifs jusqu’à leur fin, avec dignité et peu de souffrances. Prétendre alléger les souffrances du patient en l’aidant à mourir lui paraît donc contradictoire.
En outre, le suicide assisté deviendrait selon elle un moyen dangereux pour contraindre des personnes vulnérables à faire un choix qui arrange les autres. Elle alerte finalement sur la difficulté d’évaluer l’espérance de vie restante des patients. Comme la législation indique que l’aide à mourir s’applique uniquement pour les patients possédant moins de 6 mois à vivre, Ilora Finlay assure de la difficulté à estimer réellement cette durée, qui fait souvent objet d’erreurs.
Ainsi, éthique oblige, les législateurs doivent se pencher non seulement sur la possibilité de choix, mais aussi sur les conditions dans lesquelles ce choix est fait, et s’assurer que des mesures de protection existent pour que la décision soit vraiment libre.
À quel public faut-il adresser une telle loi ?
Le suicide assisté, tel qu’il est encadré dans de nombreux pays, reste réservé aux personnes atteintes de maladies graves en phase terminale, confrontées à des douleurs physiques ou psychiques jugées insupportables et irréversibles.
Pourtant, certaines personnes souffrant de troubles psychiatriques sévères vivent elles aussi une souffrance intense comparable, marquée par des idées suicidaires persistantes et parfois des tentatives répétées. Par exemple, aux Pays-Bas, des cas documentés montrent que l’euthanasie peut être accordée à des patients avec une souffrance psychique irréversible, illustrant un débat éthique complexe sur l’égalité de traitement entre souffrance physique et mentale.
En revanche, les critiques soulignent que la souffrance mentale présente une caractéristique distincte : elle peut évoluer, répondre tardivement à des traitements ou fluctuer selon l’environnement. Selon Jukka Varelius, la maladie peut altérer la capacité de décision, rendant la demande de suicide assisté moins fiable qu’une demande formulée par une personne physiquement malade et pleinement lucide. Offrir la mort comme échappatoire risque ainsi de contourner la véritable solution, qui réside dans un accompagnement thérapeutique visant à restaurer la qualité de vie plutôt qu’à supprimer la vie.
Point sur l’affaire Chabot
Tu peux utiliser l’affaire Chabot, survenue aux Pays-Bas en 1991, pour illustrer ce débat sur l’euthanasie pour souffrance psychique. Le docteur Boudewijn Chabot, psychiatre, a assisté une patiente, Hilly Bosscher, souffrant de dépression sévère et de deuil compliqué, en lui fournissant une substance létale. Bien que la patiente ne fût pas atteinte d’une maladie physique incurable, le docteur Chabot a estimé que sa souffrance était insupportable. Après une procédure judiciaire, la Cour suprême néerlandaise a reconnu le docteur Chabot coupable d’aide au suicide, mais sans prononcer de peine, soulignant la nécessité d’une évaluation rigoureuse dans de tels cas.
Cet événement a ouvert un précédent juridique, établissant que la souffrance psychique pouvait, dans des conditions strictes, justifier une aide à mourir.
Portrait d’un système de santé en crise
Un NHS au bord de la rupture
Derrière le débat éthique sur la mort assistée, se cache une réalité plus brutale : celle d’un système de santé britannique à bout de souffle. En 2025, 6,25 millions de patients attendent encore leur traitement au sein du NHS. Parmi eux, près de 3 millions attendent depuis plus de 18 semaines, loin de l’objectif fixé à 92 % de patients traités dans ce délai. Près de 200 000 personnes patientent même depuis plus d’un an.
En outre, les soins préventifs s’effondrent : les dépenses ont chuté de 37,6 % entre 2022 et 2023. Les services de diagnostic n’échappent pas à la crise : 365 000 patients attendent plus de six semaines pour un test, contre un objectif de 1 %. À cela s’ajoutent des hôpitaux saturés et un taux d’occupation des lits supérieur à 90 %.
Finalement, le NHS fait face à un déficit de 30 % de radiologues et 15 % d’oncologues. Quant au financement, il ne suit plus : malgré un budget public de 252 milliards de livres en 2023, la hausse des coûts et l’inflation rongent les marges.
Tu noteras donc la gravité de la situation de la santé au Royaume-Uni. Ainsi, est-il vraiment éthique de considérer une nouvelle mesure qui contourne le réel problème du pays, celui d’un système de santé en faillite qui a besoin de réformes pour mieux accompagner ses patients ?
Pour en savoir plus sur le système de santé britannique : le lien ici !
Mort assistée : un leurre coûteux dans un système exsangue
Dans un tel contexte, légaliser la mort assistée pourrait revenir à aggraver la situation d’un système déjà failli. En effet cette procédure est très coûteuse, tant du point de vue administratif (protocoles très lourds à cause du cadre législatif et moral) que médicamenteux (difficulté à se procurer les médicaments létaux).
Autrement dit, on mobiliserait du personnel et des fonds déjà insuffisants pour financer la mort plutôt que le soin. Introduire une telle loi sans réforme préalable reviendrait à détourner l’attention publique et politique : offrir la liberté de mourir dans un système où l’on n’a plus vraiment les moyens de guérir.
Comment utiliser le suicide assisté en concours ?
La santé est un sujet qui est tombé aux concours 2024 à la BCE, donc il y a peu de chances qu’il retombe en 2026. Cependant : il peut tout de même tomber à Ecricome. Au-delà des écrits, c’est un sujet à bien connaître qui peut tomber en texte de colle, surtout quand c’est un projet de loi en pleine discussion. Il faudra donc bien que tu suives l’évolution du projet de loi pour t’assurer qu’il soit bien passé et quand, puisque cela pourra te servir d’accroche.
Pour aborder une colle sur ce sujet, n’hésite pas à élever le débat avec les problèmes éthiques et moraux soulevés par un tel sujet. Aborder la crise du système de santé actuelle semble aussi pertinente pour une troisième partie, à condition que tu la relies bien au suicide assisté et au fait que ce n’est pas une priorité d’aider les patients à mourir dans un système où c’est déjà dur de les aider à guérir.
Finalement, voici le vocabulaire à connaître absolument :
-
- Assisted dying / Assisted suicide : Mort assistée / Suicide assisté
- Euthanasia : euthanasie
- Terminally ill : en phase terminale
- End-of-life care / palliative care : soins palliatifs
- Diagnostic : le diagnostique
- Prescription : une ordonnance
Pour conclure, le suicide assisté revient donc au coeur des débats au Royaume-Uni en 2025, et est bien parti pour une légalisation future.
Le lien ici pour t’entraîner sur le vocabulaire de la santé en anglais



