L’obésité aux États-Unis reste l’un des problèmes de santé publique les plus préoccupants du pays. Entre août 2021 et août 2023, la prévalence de l’obésité chez les adultes atteignait 40,3 %, sans différence significative entre hommes et femmes. Ce chiffre inclut 9,7 % d’obésité sévère, et 31,7 % supplémentaires de personnes en surpoids. En clair, plus des deux tiers des adultes américains présentent un excès de poids.
Si la tendance générale semble se stabiliser, le nombre d’États affichant un taux d’obésité de 35 % ou plus a diminué pour la première fois depuis plus d’une décennie, passant de 23 à 19 entre 2023 et 2024. Mais l’obésité aux États-Unis reste extrêmement inégalitaire : en 2024, deux États, le Mississippi et la Virginie-Occidentale, ainsi que Guam, affichaient un taux d’obésité de 40 % ou plus, contre un minimum de 25 % au Colorado.
Cet article explore les chiffres de l’obésité aux États-Unis, les populations les plus touchées, et les politiques publiques mises en place pour lutter contre ce fléau qui touche aujourd’hui la grande majorité de la population adulte.
Quelques statistiques sur l’obésité aux États-Unis
Les chiffres sont effrayants : entre août 2021 et août 2023, l’obésité touchait 40,3 % des adultes américains, soit environ 135 millions de personnes. En comparaison, le taux d’obésité en France atteignait 17 % en 2020, soit environ deux fois moins.
Cette épidémie a un coût humain considérable : en 2023, l’obésité était associée à environ 56 décès pour 100 000 habitants aux États-Unis, soit environ 188 000 morts par an, augmentant significativement les risques de maladies cardiovasculaires, de diabète et de certains cancers. En 2024, le Mississippi et la Virginie-Occidentale restaient les États les plus touchés, avec un taux d’obésité dépassant les 40 %.

Qui l’obésité aux États-Unis touche-t-elle ?
L’écart entre hommes et femmes s’est resserré depuis les années 2010 : entre 2021 et 2023, l’obésité touchait 41,3 % des femmes contre 39,2 % des hommes, une différence devenue statistiquement non significative. En revanche, l’écart reste net pour l’obésité sévère, qui touche 12,1 % des femmes contre seulement 6,7 % des hommes.
Les inégalités raciales restent profondes. Les Noirs-Américains affichent aujourd’hui le taux d’obésité le plus élevé de toutes les origines ethniques, avec plus de 40 % de cette population concernée. Dans 38 États sur 46, le taux d’obésité chez les adultes noirs dépasse 35 %, contre seulement 16 États pour les adultes blancs et aucun État pour les adultes asiatiques.
Le niveau d’éducation joue également un rôle déterminant. Les adultes titulaires d’un diplôme universitaire affichent un taux d’obésité de 31,6 %, contre des taux nettement plus élevés chez les adultes moins diplômés. La géographie compte aussi : l’obésité atteint 35,9 % dans le Midwest et 34,5 % dans le Sud, contre 30,3 % dans le Nord-Est et 30,2 % dans l’Ouest en 2024.
Chez les plus jeunes, la situation reste préoccupante mais avec d’importantes disparités raciales. Environ 16,1 % des enfants américains âgés de 6 à 17 ans souffrent d’obésité, avec des taux particulièrement élevés chez les jeunes noirs non hispaniques (23,5 %) et hispaniques (22,2 %), contre 13,2 % chez les jeunes blancs non hispaniques et seulement 10,6 % chez les jeunes asiatiques.
Enfin, le handicap constitue un facteur de risque souvent ignoré : les adultes en situation de handicap présentent un taux d’obésité de 40,5 %, contre 30,3 % pour les personnes sans handicap, avec des taux de maladies cardiaques et de diabète proportionnellement plus élevés.
Quelles initiatives ?
Selon le JAMA (Journal of the American Medical Association), il a été démontré que la guérison de l’obésité demande un suivi poussé, notamment à un niveau psychologique. L’objectif d’un traitement in fine n’est pas uniquement la perte de poids et la réduction de l’IMC (indice de masse corporelle/BMI [Body Mass Index]), mais bien le changement des comportements de consommation et des conditions de vie.
Une mesure phare de réduction de l’obésité fut mise en place par Michelle Obama, ayant fait de cette lutte son cheval de bataille. En 2010, elle avait lancé une initiative nationale visant à améliorer les standards nutritionnels des aliments servis dans les cantines. Une décennie de combat suivit entre le gouvernement américain et l’industrie agroalimentaire, qui, soutenue par le Congrès, tentait d’assouplir les règles de Michelle Obama, voire de les reporter.
Un accord obtenu en 2016 avec le Sénat avait permis le maintien de ces règles, mais c’est finalement l’administration Trump qui en viendra à bout, économisant plus de 1,2 milliard de dollars à l’année.
Cependant le pays se doit d’être optimiste, car les taux d’obésité ont de plus en plus tendance à stagner face aux mesures fermes mises en place. La raison principale de cette progressive stagnation est la démocratisation effective des méthodes de lutte contre l’obésité, qui met la maladie sous les projecteurs et ne laisse plus les Américains reclus. L’urbanisme aurait également un rôle à jouer : en développant les espaces verts et les voies piétonnes, certaines villes parviennent à augmenter l’activité physique de leurs citadins. Les entreprises proposent également de plus en plus de programmes de bien-être physique, encourageant les actions pour la santé.
La révolution des médicaments anti-obésité
Depuis le début des années 2020, le paysage de la lutte contre l’obésité a été bouleversé par l’arrivée des médicaments GLP-1 comme l’Ozempic, le Wegovy et le Zepbound. Initialement développés pour traiter le diabète de type 2, ces traitements permettent une perte de poids de 15 à 25 % du poids corporel tout en améliorant la glycémie et la pression artérielle.
En 2025, sous l’administration Trump et son secrétaire à la Santé Robert F. Kennedy Jr., le gouvernement a négocié avec les laboratoires Novo Nordisk et Eli Lilly une baisse spectaculaire des prix : le Wegovy passe de 1 350 à 350 dollars par mois via une nouvelle plateforme appelée TrumpRx, et Medicare commence à couvrir ces traitements pour les patients présentant un IMC supérieur à 27 avec des comorbidités comme une maladie cardiaque ou un prédiabète.
Ce virage est paradoxal : Robert F. Kennedy Jr., porte-voix du mouvement Make America Healthy Again (MAHA) qui prône avant tout une réforme de l’alimentation et critiquait initialement ces médicaments, a fini par soutenir cet accord. Pour certains observateurs, ces traitements pourraient avoir l’impact le plus significatif sur la santé publique américaine de toutes les mesures portées par l’administration. Premiers signes encourageants : en 2024, le taux combiné de surpoids et d’obésité a légèrement reculé, passant de 46,0 % à 45,6 %, une baisse en partie attribuée à l’essor de ces traitements.
Reste un problème d’accès : même à prix réduit, ces médicaments demeurent coûteux pour de nombreux foyers, et beaucoup de patients reprennent le poids perdu à l’arrêt du traitement.
Conclusion
L’obésité aux États-Unis reste l’un des défis de santé publique les plus considérables du pays. Avec 40,3 % des adultes concernés entre 2021 et 2023, et des inégalités marquées selon le sexe, l’origine ethnique, le niveau d’éducation, la géographie et le handicap, ce phénomène dépasse largement la sphère médicale pour devenir un véritable miroir des fractures sociales américaines. Les communautés les plus pauvres et les moins diplômées restent systématiquement les plus touchées, tout comme les populations noires et amérindiennes, dans des proportions qui n’ont cessé de croître depuis les années 1990.
Sur le plan politique, la lutte contre l’obésité a longtemps été marquée par des tensions entre santé publique et intérêts économiques. L’initiative de Michelle Obama dans les années 2010 illustrait cette ambition de transformer l’alimentation dès l’enfance, avant d’être progressivement démantelée sous la pression de l’industrie agroalimentaire et de l’administration Trump.
Un nouveau paradigme pour l’obésité aux États-Unis
Depuis 2024 et 2025, le paysage évolue cependant de manière inédite avec l’essor des médicaments GLP-1 comme l’Ozempic et le Wegovy. Pour la première fois depuis des décennies, les taux combinés de surpoids et d’obésité montrent un léger recul, en partie attribué à ces traitements. L’accord obtenu en 2025 entre l’administration Trump et les grands laboratoires pharmaceutiques pour réduire drastiquement leur prix marque potentiellement un tournant, même si l’accès reste inégal et le maintien des résultats dans le temps incertain.
L’obésité aux États-Unis se trouve donc à un carrefour. D’un côté, des décennies de politiques alimentaires inefficaces face à un système agroalimentaire puissant. De l’autre, une révolution médicamenteuse qui pourrait transformer la donne, mais qui soulève aussi des questions sur le coût, l’accès et la dépendance à long terme à ces traitements. Reste à savoir si cette avancée pharmaceutique suffira à elle seule, ou si elle devra s’accompagner d’une transformation plus profonde des modes de vie et de l’environnement alimentaire américain pour inverser durablement la tendance.
Vocabulaire
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