En 2025, j’étais admissible à HEC et je me retrouvais face à l’une des épreuves les plus redoutées du concours : l’oral d’anglais. Quelques semaines plus tard, en sortant de la salle, j’apprenais que j’avais obtenu 20 sur 20. Un an après, je vous livre ici non pas une recette miracle, mais le fruit d’une méthode construite, testée et validée. Cet article est destiné à tous ceux qui s’apprêtent à passer cet oral et qui cherchent à comprendre ce que les examinateurs attendent réellement.

Le sujet

Le jour de ma colle, le document qui m’a été soumis portait sur le déploiement controversé de troupes de la Garde nationale par le président Trump à Los Angeles, ainsi que sur les poursuites judiciaires qui en ont découlé. Voici le sujet tel qu’il m’a été présenté :

“California on Monday filed a lawsuit against the Trump administration, accusing the US president of “unlawfully” federalizing the state’s national guard to quell immigration protests in Los Angeles. Donald Trump’s extraordinary deployment of troops to Los Angeles exceeds federal authority and violates the 10th amendment in an “unprecedented usurpation” of state powers, according to the court filing. “The Governor of the State of California and the State of California bring this action to protect the State against the illegal actions of the President, Secretary of Defense, and Department of Defense to deploy members of the California National Guard, without lawful authority, and in violation of the Constitution,” the complaint states.

Previewing the suitearlier on Monday, the attorney general, Rob Bonta, said the move “trampled” the state’s sovereignty, overriding objections by the governor, Gavin Newsom, and going “against the wishes of law enforcement on the ground”. Bonta said the legal action will ask the court to declare Trump’s deployment of the guard unlawful and will seek a restraining order to halt the use of its troops to manage the protests. “We don’t take lightly to the president abusing his authority and unlawfully mobilizing California national guard troops,” the attorney general said during a virtual news conference on Monday.

The announcement came hours before the US military said it was activating a battalion of 700 marines to Los Angeles to protect federal property and personnel. On Monday evening, Newsom said he had been informed that Trump was deploying an additional 2,000 national guard troops to the city. White House spokesperson Anna Kelly did not address specifics of the lawsuit, saying in a statement that California should “prosecute the anti-Ice rioters” and accusing the governor of being “more focused on saving face than protecting law enforcement and holding criminals accountable”. “As the president said, Newsom should thank him for restoring law and order,” Kelly said. Democratic officials have argued that local law enforcement agencies had been adequately managing the protests, which began on Friday in response to a series of immigration enforcement operations across the LA area. “This was not inevitable,” Bonta said, arguing that the demonstrations had largely dissipated by the time Trump, on Saturday, announced his plans to assert federal control over at least 2,000 national guard troops for at least 60 days, which Bonta said inflamed the situation. On Sunday, roughly 300 California national guard troops arrived in Los Angeles, prompting an outpouring of anger and fear among residents.

Trump’s call-up order “skipped over multiple rational, common sense, strategic steps that should have been deployed to quell unrest and prevent escalation”, he said.

Newsom has accused Trump of intentionally sowing chaos, claiming Trump “wants a civil war on the streets” and appealing for protesters not to give the administration the spectacle of violence it is hoping to stoke. “This is a manufactured crisis to allow him to take over a state militia, damaging the very foundation of our republic,” Newsom said in a statement announcing the lawsuit. “Every governor, red or blue, should reject this outrageous overreach. This is beyond incompetence – this is him intentionally causing chaos, terrorizing communities, and endangering the principles of our great democracy.” On Sunday, Newsom formally requested that Trump rescind his order and return command of the guard to his office. In a letter to the defense secretary, Pete Hegseth, the governor’s legal affairs secretary, David Sapp, argued there was “currently no need” for such intervention by the federal government and that local law enforcement was capable of “safeguarding public safety”.

In the court filing, California alleges that Hegseth acted “unlawfully” by circumventing the governor when he ordered the national guard into federal service.”

Analyse du sujet : identifier les enjeux

Avant même de rédiger quoi que ce soit, j’ai pris le temps, environ cinq minutes, d’analyser le sujet en profondeur.

Ici, plusieurs enjeux se superposent :

  • Un enjeu constitutionnel: le déploiement de troupes fédérales sur le territoire d’un État souverain soulève des questions fondamentales sur l’équilibre des pouvoirs entre le gouvernement fédéral et les États, pierre angulaire de la démocratie américaine.
  • Un enjeu politique: la décision de Trump intervient dans un contexte de tensions exacerbées autour de la politique migratoire, et semble davantage motivée par une logique de démonstration de force que par un impératif sécuritaire objectif.
  • Un enjeu judiciaire: le recours à l’armée pour réprimer des manifestations civiles, combiné à la réaction du gouverneur Newsom, ouvre la voie à des contestations légales et illustre une instrumentalisation potentielle des institutions au service d’objectifs politiques.

Bien que les trois enjeux auraient pu faire l’objet d’une analyse approfondie, j’ai choisi le dernier: c’est ce troisième point qui m’a permis de dégager ma problématique. 

Le résumé

Le résumé doit être fidèle, concis et doit dégager l’enjeu principal. Il ne s’agit pas de paraphraser mot à mot, mais de restituer l’essentiel en démontrant votre maîtrise de la langue et votre capacité de synthèse. À titre d’exemple, voici une version très succincte et abrégée de ce à quoi un résumé peut ressembler :

“This document deals with the federal government’s controversial decision to deploy National Guard troops and Marines to Los Angeles in response to civil unrest triggered by ICE immigration raids. The protests, concentrated in the largely Latino district of Paramount, were met with tear gas and mass arrests. While the Trump administration framed the intervention as a necessary law enforcement measure, California’s Governor Gavin Newsom condemned it as a provocative overreach of federal authority. The episode reflects deepening tensions between Washington and state governments over immigration policy, and raises fundamental questions about the boundaries of executive power in a federal democracy.”

La problématique

Une fois le résumé posé, il convient de formuler une problématique qui élève le débat au-delà du fait divers. La problématique naturelle qui s’impose ici est la suivante :

“To what extent does the Trump administration’s use of federal power reveal a systemic pattern of institutional manipulation in American politics?”

Autrement dit : le déploiement de troupes à Los Angeles est-il un acte isolé dicté par des impératifs sécuritaires, ou s’inscrit-il dans une logique plus profonde d’instrumentalisation des institutions étatiques à des fins politiques personnelles ?

La méthode d’élaboration du plan

C’est ici que beaucoup de candidats perdent des points. Un bon plan ne se construit pas autour du texte, mais autour de la problématique. Il doit être progressif: chaque partie doit apporter une réponse partielle et nuancée à la question posée, et les deux parties doivent s’articuler logiquement.

Mon conseil : évitez à tout prix le plan descriptif (“d’abord les causes, ensuite les conséquences”). Optez pour un plan analytique et argumentatif, dans lequel chaque partie défend une thèse claire.

En l’occurrence, j’ai immédiatement identifié deux axes complémentaires :

  • Montrer que l’administration Trump a effectivement développé un rapport problématique aux institutions judiciaires et démocratiques.
  • Montrer que ce phénomène, pour alarmant qu’il soit, s’inscrit dans une tradition politique américaine bien plus ancienne, ce qui nuance l’idée d’une rupture absolue et enrichit l’analyse.

Le plan

Partie I — L’administration Trump, ou la justice mise au service du pouvoir

La première partie de mon analyse s’est attachée à démontrer que le déploiement de troupes à Los Angeles n’est pas un acte isolé, mais le prolongement d’une politique systématique d’instrumentalisation des institutions.

Une investigation de NPR publiée en mai 2025 révèle ainsi que l’administration Trump a mobilisé des agences fédérales pour cibler plus de cent adversaires perçus, figures politiques, institutions, cabinets d’avocats, via des arrestations par l’ICE, des enquêtes pénales et des décrets exécutifs. “These actions have sparked debates over the erosion of democratic norms and the politicization of federal agencies.”

Cette logique de répression touche également le système judiciaire dans son cœur. En février 2025, le DOJ a ordonné l’abandon des poursuites pour corruption visant le maire de New York Eric Adams, décision perçue comme une contrepartie politique, Adams s’étant aligné sur la politique migratoire de Trump. Le même mois, l’Attorney General par intérim licenciait plusieurs procureurs ayant travaillé sur des enquêtes visant Trump lui-même, dans ce que des experts juridiques ont qualifié d’acte “unprecedented” d’ingérence politique dans la justice.

L’intimidation s’étend jusqu’au monde académique et médiatique : Harvard s’est vu menacer de la révocation de son statut d’exonération fiscale et du gel de deux milliards de dollars de subventions fédérales après avoir refusé de se plier aux exigences de la Maison-Blanche. Des revues médicales ont reçu des lettres menaçantes du DOJ les enjoignant de ne pas publier d’articles contredisant les positions de l’administration.

Transition : Ces éléments convergent vers un constat troublant: sous Trump, le pouvoir exécutif semble avoir systématiquement cherché à plier les institutions à sa volonté. Mais serait-il juste de réduire ce phénomène à la seule personnalité de Donald Trump ? L’histoire américaine invite à une lecture plus nuancée.

Partie II — Un abus de pouvoir ancré dans une tradition politique américaine

La tentation est grande de traiter les excès de l’administration Trump comme une anomalie sans précédent. Or, un regard historique et contemporain plus large révèle que la manipulation des institutions à des fins personnelles ou politiques constitue un trait récurrent de la vie politique américaine.

Les scandales ne se limitent pas aux seuls partisans de Trump. En décembre 2024, le président Joe Biden a gracié son fils Hunter Biden, en contradiction avec ses engagements publics antérieurs et à quelques semaines seulement du retour de Trump à la Maison-Blanche. Trump lui-même a dénoncé cette décision comme “an abuse and miscarriage of justice”, soulignant, non sans ironie, comment le mécanisme présidentiel de grâce peut être détourné au profit d’intérêts familiaux et politiques.

Ce phénomène n’est pas nouveau. Le scandale du Watergate, au début des années 1970, avait déjà révélé comment le président Nixon et ses collaborateurs avaient manipulé les institutions fédérales pour protéger leur pouvoir et dissimuler leurs actes illégaux. L’effraction dans les locaux du Comité national démocrate et la tentative systématique d’obstruction à la justice ont démontré que les plus hautes sphères de l’exécutif n’étaient pas à l’abri de la tentation autoritaire.

À ces scandales s’ajoute la dimension structurelle: le gerrymandering, redécoupage des circonscriptions électorales à des fins partisanes, illustre comment la manipulation des institutions peut être banalisée et légalisée. En juin 2023, la Cour suprême a ainsi ordonné à l’Alabama de redessiner sa carte électorale, jugée inconstitutionnelle car conçue pour diluer le poids électoral des Afro-Américains. De même, les restrictions de vote adoptées dans plusieurs États républicains s’apparentent à une forme de répression électorale institutionnalisée, touchant prioritairement les minorités.

Enfin, l’affaire Epstein agit comme un révélateur : elle expose un système dans lequel l’argent, l’influence et les réseaux personnels permettent aux puissants, quelle que soit leur appartenance politique, de contourner les règles, illustrant la fragilité structurelle de la justice américaine face aux élites.

Conclusion

Ce qui m’a permis d’obtenir 20 sur 20, c’est avant tout d’avoir compris que l’oral d’anglais HEC n’est pas principalement un exercice de langue, mais un exercice de pensée exprimé en anglais. Les examinateurs cherchent un candidat capable de problématiser, de nuancer, de mobiliser une culture générale solide, et de le faire avec fluidité et précision dans une langue qu’il maîtrise réellement.

Mon conseil le plus important : ne récitez jamais. Construisez. Chaque argument doit découler logiquement du précédent, chaque exemple doit servir votre démonstration. Si vous y parvenez, le 20 n’est pas hors de portée.