Prisonniers américains en uniforme orange debout dans la cour d’une prison

La peine de mort aux États-Unis est l’une des questions les plus clivantes de la société américaine. Alors que la quasi-totalité des démocraties occidentales l’ont abolie depuis des décennies, les États-Unis maintiennent cette pratique sur leur territoire, faisant figure d’exception dans le monde développé. Derrière ce constat se cache une réalité bien plus complexe : la peine de mort aux États-Unis n’est pas une politique nationale uniforme, mais un patchwork de législations d’État, de jurisprudences constitutionnelles et de convictions culturelles et religieuses profondément ancrées.

Comprendre la peine de mort aux États-Unis, c’est d’abord comprendre l’histoire d’un pays qui a toujours entretenu un rapport particulier à la justice, à la violence et à la souveraineté des États fédérés. De la première exécution en Virginie en 1608 aux débats contemporains autour de l’hypoxie à l’azote, en passant par les moratoires de la Cour Suprême et le retour en force de la peine capitale sous Donald Trump en 2025, cette question traverse toute l’histoire américaine sans jamais se résoudre vraiment.

Ce que cet article te propose, c’est de retracer cette histoire pas à pas, des origines coloniales aux controverses les plus récentes, pour saisir pourquoi la peine de mort aux États-Unis résiste encore à l’abolition, malgré un soutien populaire en recul constant depuis trente ans.

La peine de mort aux États-Unis : une pratique ancrée dans l’histoire

La peine de mort aux États-Unis apparaît pour la première fois en Virginie en 1608. En 1791, le Deuxième amendement de la Constitution protège le droit de porter une arme en disposant qu’une « milice bien régulée est nécessaire à la sécurité de l’État ».

C’est de cette conception expéditive de la justice que procède la peine de mort. À cette conception, on doit ajouter les convictions religieuses de certains protestants et la lecture littérale de la Bible avec le symbole de la loi du Talion. Cela peut expliquer pourquoi les Américains ont peu remis en cause la peine de mort à cette époque.

La Pennsylvanie est le premier État à restreindre la peine de mort aux meurtres. Le Michigan l’interdit dans les années 1840. La courbe des exécutions ne cesse de baisser de 1935 aux années 1960. En parallèle, la courbe des homicides baisse jusqu’en 1950 et remonte brutalement en 1960. Face à cette reprise de la criminalité grave, les juges autorisent la Géorgie, le Texas et la Floride à réintroduire la peine capitale pour certains crimes au terme d’un double procès sur la culpabilité et sur la peine.

En 1967, la Cour Suprême impose des moratoires sur l’application de la peine de mort dans tous les États, considérant qu’il s’agit d’un châtiment cruel et exceptionnel allant à l’encontre des VIIIe et XIVe amendements de la Constitution. Ainsi, de 1972 à 1976, aucune exécution n’a eu lieu aux États-Unis.

 

Qui applique la peine de mort aux États-Unis ?

  • Les États (la majorité des cas).
  • Le gouvernement fédéral peut demander l’exécution à mort, même dans des États abolitionnistes. Il ne demande la peine de mort que dans des cas exceptionnels, avec 16 personnes exécutées depuis 1988.

 

De nombreuses polémiques : erreurs judiciaires et acquittements posthumes

Comme argument lors de sa campagne pour l’abolition de la peine de mort en Virginie, le gouverneur démocrate Ralph Northam évoque régulièrement le cas d’Earl Washington. Cet homme en situation de handicap, condamné à mort en 1984, a échappé de justesse à l’exécution. La justice l’acquittera finalement en 2000.

Il a été condamné à la peine de mort en 1984 pour le viol et le meurtre de Rebecca Lynn Williams en 1982 à Culpeper, en Virginie. Washington a un QI estimé à 69, ce qui le classe comme handicapé intellectuel. Un an plus tard, la police l’a contraint à avouer le crime lorsqu’elle l’a arrêté pour d’autres raisons. Il a échappé de peu à l’exécution en 1985 et en 1994.

Les scandales liés à des exécutions ratées à répétition ont été nombreux en 2022. En effet, des prisonniers ont été mis à mort très lentement et dans une grande souffrance suite à des erreurs dans les méthodes d’exécution.

 

Un aspect souvent dénoncé par les défenseurs des droits de l’homme concerne les inégalités sociales et raciales face à l’exécution de la peine de mort. En effet, des études montrent que les personnes afro-américaines et hispaniques sont surreprésentées dans les couloirs de la mort, relativement à leur proportion dans la population Américaine. Les inégalités économiques jouent également un rôle clé : les accusés issus de milieux modestes ont souvent un accès limité à une défense juridique de qualité.

 

 

Des manifestants tiennent des pancartes contre la peine de mort lors d’un rassemblement, appelant à son abolition aux États-Unis.
Manifestation pour l’abolition de la peine de mort : des citoyens s’opposent aux exécutions capitales aux États-Unis.

Une pratique toujours d’actualité

Avec 18 exécutions en 2022 menées par quelques États conservateurs, le recul de la peine de mort continue aux États-Unis. Toutefois, deux ans après la promesse de campagne de Joe Biden de l’abolir au niveau fédéral, le dossier est bloqué par une opinion publique toujours partagée et de nombreux obstacles légaux.

L’année 2023 a à peine commencé que le sinistre compteur de la peine de mort s’est ouvert aux États-Unis.Les autorités du pénitencier de Bonne Terre, dans l’État du Missouri, ont exécuté mardi 3 janvier Amber McLaughlin, 49 ans, condamnée en 2006 pour le meurtre de son ex-compagne. Dès lors, elle devient la première personne transgenre que les États-Unis ont exécutée.

Les militants anti-peine de mort ont vécu la nouvelle comme un échec. Cette décision ternit le bilan de l’année précédente.

Le 12 janvier en Oklahoma, Scott Eizember a été exécuté par injection létale après avoir commis un double meurtre.

 

Aux États-Unis, l’injection létale est la méthode utilisée dans tous les États appliquant la peine de mort. Depuis 1976, 1 210 exécutions ont eu lieu sous forme d’injection létale. Suivent l’électrocution (158), la chambre à gaz (11), la pendaison (3) et le peloton d’exécution (3). Seuls les États de l’Alabama, l’Arkansas, la Floride, le Kentucky, l’Oklahoma, la Caroline du Sud et le Tennessee pratiquent l’électrocution. Quatre États utilisent la chambre à gaz : l’Arizona, la Californie, le Missouri et le Wyoming. Si le New Hampshire et Washington ont recours à la pendaison, l’Oklahoma et l’Utah utilisent le peloton d’exécution. L’Oklahoma est le seul État pouvant recourir à trois méthodes différentes d’exécution.

 

La mort par hypoxie à l’azote, un nouveau sujet de controverse.

En Janvier 2024, Kenneth Eugene Smith est devenu la première personne au monde à être exécutée par hypoxie à l’azote. Il avait été condamné en 1989 pour le meurtre d’Elizabeth Sennett, l’épouse d’un pasteur de l’Alabama, sur ordre de son mari. L’État avait d’abord tenté de l’exécuter par injection létale en novembre 2022, mais la procédure avait échoué. M. Smith a ensuite choisi que les autorités le mettent à mort par ce nouveau procédé.

Son exécution a suscité l’indignation et de nombreux recours juridiques : les tribunaux américains, à plusieurs niveaux de gouvernement, ont rejeté les demandes de sursis. La Cour suprême a jugé que l’Alabama agissait dans le cadre de ses droits constitutionnels et a autorisé l’exécution à se dérouler comme prévu, malgré l’opposition publique des trois juges libéraux de la cour. Des experts de l’ONU ont exprimé leur indignation quant à l’utilisation de cette méthode, affirmant qu’elle

Violerait probablement l’interdiction de la torture et autres peines cruelles, inhumaines ou dégradantes. 

Depuis, on compte 4 personnes exécutées par hypoxie à l’azote en 2025.

Chambre d’exécution illustrant la nouvelle méthode de peine de mort par hypoxie à l’azote utilisée aux États-Unis.
Illustration de la nouvelle pratique d’exécution par hypoxie à l’azote, récemment autorisée dans certains États américains comme alternative à l’injection létale.

Un lent recul de la peine de mort aux États-Unis

Selon le rapport annuel du Centre d’information sur la peine de mort (DPIC), l’organisme de référence sur la question, les autorités ont exécuté 18 personnes en 2022. C’est le nombre le plus bas depuis 1991 si on exclut les deux années de pandémie.

Ce lent recul s’explique aussi par les évolutions de l’opinion publique. Selon un sondage paru en octobre 2024, le soutien à la peine de mort est à son plus bas niveau depuis plus de 50 ans, avec 53% des citoyens favorables. Ce chiffre s’élevait à 60 % en 2016 et 80 % en 1994. On peut observer que les jeunes appartenant à la Gen Z sont à 58% défavorables, contre 38% dans la génération des baby-boomers. Ainsi, la question de la peine de mort constitue un facteur de fracture générationnelle aux États-Unis.

La Virginie est ainsi devenue le 23e État abolitionniste des États-Unis et le premier dans le sud du pays en 2021.

 

La majorité des exécutions à mort a lieu dans seulement trois États : le Texas, la Floride et la Caroline du Sud, qui sont à l’origine de plus de 60% des exécutions en 2025.

 

L’impact du mandat de Donald Trump sur le nombre d’exécutés à mort et sur la législation encadrant la peine de mort aux États-Unis

En 2025, 35 exécutions à mort se sont déroulées aux États-Unis, majoritairement dans les États conservateurs du Sud. Ce chiffre n’a pas été atteint depuis plus de dix ans.

D’ailleurs, c’est en Floride que le nombre de condamnés à mort est le plus élevé, atteignant 13 condamnations. Tu peux retrouver ici une carte détaillée : carte des condamnations à mort en 2025 aux États-Unis.

En arrivant à la Maison Blanche, Donald Trump a levé le moratoire fédéral sur la peine de mort. C’est Joe Biden, son prédécesseur, qui l’avait instauré. Défenseur d’une justice sévère, il veut stopper la baisse des condamnations à mort depuis vingt-cinq ans. Sa volonté est de faciliter l’application des sanctions capitales dans les États ayant encore recours à la peine de mort.

En janvier 2025, Donald Trump a signé un nouveau décret qui confirme sa position pro-peine de mort. Il y affirme vouloir demander la peine de mort pour tout migrant qui tue un citoyen américain. Il prévoit aussi cette sanction pour ceux qui tuent un agent des forces de l’ordre.

Donald Trump a depuis demandé la peine de mort dans plusieurs affaires ayant secoué les États-Unis. On peut citer par exemple Luigi Mangione, l’assassin de Charlie Kirk et le meurtrier de l’Ukrainienne tuée en août en Caroline du Nord.

Les mots de vocabulaire à connaitre pour parler de la peine de mort aux États-Unis ou ailleurs

Français Anglais
La peine de mort The death penalty / the death sentence
La sanction capitale Capital punishment
Le couloir de la mort Death row
Être condamné à mort To be sentenced to death
Être reconnu coupable To be found guilty
Être acquitté To be acquitted
Être gracié To be pardoned
Accorder la grâce To grant clemency
Abolir la peine de mort To abolish the death penalty
Un meurtre A murder
Un meurtrier A murderer
Un prisonnier A prisoner / an inmate
Le coupable The culprit / the perpetrator
Un juge A judge
Un procès A trial
Le système judiciaire The justice system
Une erreur judiciaire A miscarriage of justice
L’injection létale Lethal injection
L’hypoxie à l’azote Nitrogen hypoxia
L’électrocution Electrocution
La chambre à gaz The gas chamber
Le peloton d’exécution The firing squad
Un moratoire A moratorium
Le gouvernement fédéral The federal government
Un amendement An amendment
La Cour Suprême The Supreme Court
Les inégalités raciales Racial disparities
Un handicap intellectuel An intellectual disability
Une exécution ratée A botched execution


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