En tant qu’enseignante d’anglais et khôlleuse, j’ai souvent affaire à un type d’étudiants qui, malgré leur très bon niveau d’anglais, n’arrivent pas à obtenir d’excellentes notes. Je t’explique pourquoi.

Toi aussi tu cherches toujours à “plaire” au jury ? A le “séduire” ou encore à le “convaincre” ? Quand tu es en khôlle, tu souris, tu montres que tu es quelqu’un de bien, tu condamnes la pauvreté et critiques le racisme en espérant que le monde ira mieux un jour ? C’est un peu artificiel, tu ne trouves pas ? En plus, malgré tout cela, la note tombe, rarement plus de 8/20, on te dit que ta khôlle est trop scolaire, qu’elle manque de relief.

En fait, en prépa, on t’apprend à être bon élève, mais qu’est-ce que ça veut dire ? Surtout que les concours, eux, cherchent des intellectuels… Et pour devenir cet intellectuel, il faut comprendre que le jury n’est pas là pour valider ta personnalité ni pour apprécier tes bons sentiments. Il est là pour juger une structure de pensée, et heureusement, car tu peux plus facilement travailler là-dessus, et c’est tout l’objectif de cet article. Bonne lecture !

Ne sois pas un bon Samaritain

Quand tu écris un essai sur le changement climatique ou les crises sociales aux États-Unis, ton premier réflexe est souvent de vouloir faire plaisir au jury en montrant que tu fais partie du clan des “gentils”. Tu utilises des adjectifs chargés d’émotion comme terrible, heartbreaking, ou shocking et tu penses que cette empathie va te rapporter des points. Erreur fatale.

Pour un jury de concours, l’émotion est le degré zéro de l’analyse. Pourquoi ? Parce que l’émotion est le refuge de ceux qui n’ont pas d’arguments techniques. Quand tu dis que quelque chose est « horrible », tu ne dis rien sur le plan politique, économique ou sociologique. Tu donnes un avis de comptoir. Le jury, lui, attend que tu choisisses un angle d’attaque et que tu t’y tiennes. Pour schématiser, tu es le scientifique, le chirurgien qui doit disséquer le patient pour le soigner, et non pas pleurer avec lui…

Évite d’être moralisateur

Le jury n’a que quelques minutes pour évaluer ton potentiel. Tout ce qui ressemble à du remplissage moralisateur est perçu comme parasite. Idem si tu ne choisis pas un angle d’attaque : les plans dialectiques du type “oui, non, peut-être”, ou encore “certains pensent que x, d’autres pensent que y et moi je pense z”, c’est une très mauvaise idée. Cela montre d’emblée à ton correcteur que tu as peur de lui déplaire. Le problème, c’est qu’on ne peut pas plaire à tout le monde, peu importe ce que l’on fait (au passage, c’est une leçon que les années d’enseignement nous apprennent plutôt bien).

En somme, en essayant de ne froisser personne dans le jury, tu finis par ne rien démontrer du tout, et ce n’est pas ce que l’on veut.

Le problème est-il l’académisme français ?

La pensée française est héritière de la rhétorique et de l’éloquence et parfois, il faut l’avouer, cette dernière est un peu sophiste… La pensée anglo-saxonne, elle, est beaucoup plus empirique. Elle est factuelle et pragmatique. Dans une copie ou une khôlle d’anglais, ce pragmatisme et cette rigueur, c’est l’assurance d’avoir une bonne note.

Prends l’exemple d’un sujet sur les inégalités raciales aux Etats-Unis. Un candidat séducteur écrira : “It is so sad that Black people suffer in America, we must change this.” Le problème, c’est que dans cette phrase, il n’y a aucune analyse, c’est du niveau collège. Le candidat pragmatique, lui, écrira : “The persistence of systemic inequalities suggests that legislative changes have failed to address the structural nature of racial disparities in the US labor market.” Ici, on analyse des mécanismes, c’est ce qui est attendu.

Le jury préférera toujours un candidat qui garde ses distances et sa neutralité par rapport au sujet. Plus tu es analytique, plus tu sembles maîtriser ton sujet. La distance crée l’autorité.

Comment être plus analytique ?

Maintenant que tu as compris la posture, comment fait-on pour se débarrasser de nos tics de langage qui empêchent la neutralité et le pragmatisme ?

  1. Ciao le “I think”

Le “I” suggère que tu ramènes tout à toi. Remplace-le par des tournures passives.

“I think that AI is dangerous” devient “It is arguably claimed that AI poses a significant threat to…” En changeant trois mots, tu passes d’une opinion subjective à une vraie analyse de chercheur.

  1. La topic sentence

En France, on aime faire monter le suspense, amener l’idée doucement. En anglais, c’est l’inverse. Tu dois être direct : pense à l’ordre idée-exemple-argument (ou AEI : analyse-explication-illustration). La première phrase de chaque paragraphe doit contenir l’idée principale. Ca a même un nom en anglais : on appelle ça la topic sentence. Le jury doit pouvoir comprendre tout ton raisonnement en ne lisant que la première phrase de chaque paragraphe. Il faut te dire que tu dois tout faire pour que le jury ou le correcteur ait le moins de travail à faire, il faut donc bien le guider vers là où tu souhaites l’emmener.

  1. Attention aux adjectifs et adverbes que tu utilises

Enfin, dernier point de vigilance : tous les petits mots qui peuvent laisser transparaître ton opinion. Par exemple, dans 99% des cas, l’adverbe “very” n’est absolument pas nécessaire, et la phrase est beaucoup mieux sans (tu peux faire le test en supprimant tous les “very” de l’un de tes essais, tu verras par toi-même que ton texte en sera bien plus convaincant). Il en va de même pour tous les adjectifs que tu utilises. Une phrase comme “It is terrible” n’apporte pas d’information analytique, et si tu choisis de qualifier un homme avec l’adjectif “smart”, cela n’apporte pas non plus à l’analyse (cela montre seulement ta sympathie pour cet homme…).

Pour résumer, on reste sobre sur les adjectifs et adverbes, et on préfère utiliser des verbes d’analyse qui vont vraiment démontrer quelque chose (par exemple : to highlight, to thrust into relief, ou encore to underlie). Et crois-moi, ayant moi-même déjà corrigé des milliers de copies, je t’assure qu’utiliser ce gerne de verbes, c’est le plus beau des cadeaux que tu puisses faire à ton correcteur, car quand on les voit, on sait d’emblée que ce sera une bonne copie.

Somme toute, rappelle-toi toujours que tu n’as pas à plaire mais à convaincre par la force de ta structure et de tes arguments. C’est comme ça que tu auras une très bonne note.

Si tu veux plus de vocabulaire pour être analytique, n’hésite pas à aller lire notre article sur les 100 concepts à utiliser en anglais.