Le self-made man est l’une des figures les plus emblématiques de l’imaginaire américain. Cette expression désigne un individu parti de rien, qui s’est élevé jusqu’au sommet grâce à son seul travail, sans héritage, sans relations, sans privilège de naissance. Le self-made man incarne la promesse selon laquelle n’importe qui peut réussir aux États-Unis à force de mérite et de persévérance.
Mais le self-made man est-il une réalité tangible ou un mythe soigneusement entretenu ? Le concept trouve ses origines dans les années 1860, théorisé par Frederick Douglass, célèbre orateur et abolitionniste américain, qui s’inspirait notamment de la trajectoire de Benjamin Franklin. Depuis, des figures comme Andrew Carnegie ou Ralph Lauren sont régulièrement citées comme des exemples parfaits du self made man.
Cet article explore les origines du self made man, ses incarnations les plus célèbres, et les critiques qui invitent à nuancer ce mythe si central dans la culture américaine.
Qu’est-ce qu’un self-made man ?
Le self-made man est-il un mythe ou une réalité ? Nous allons nous efforcer d’y répondre. À partir des années 1860, c’est Frederick Douglass qui développa en premier le concept de self-made man. Grand orateur et abolitionniste américain, il s’inspira pour cela de l’autobiographie de Benjamin Franklin, exemple phare du self-made man. Le terme désigne un individu qui s’est élevé d’une condition humble pour atteindre une position éminente dans n’importe quel domaine, grâce à ses compétences plutôt que par héritage, liens familiaux ou tout autre privilège. Le self-made man incarne un modèle de réussite sociale, un statut tout particulier et envié aux États-Unis. Le self-made man est celui qui a grimpé les échelons de l’échelle sociale en travaillant dur. Il est l’incarnation de l’expression “quand on veut, on peut”.
Voici quelques citations représentant parfaitement l’esprit du concept :
“Don’t let the opinions of the average man sway you. Dream, and he thinks you’re crazy. Succeed, and he thinks you’re lucky. Acquire wealth, and he thinks you’re greedy. Pay no attention, he simply doesn’t understand!”
Robert G. Allen
“Ne laissez pas les opinions de vos semblables vous perturber. Si vous rêvez, ils diront que vous êtes fou ; si vous réussissez, ils diront que vous êtes chanceux ; si vous accumulez de la richesse, ils diront que vous êtes avare. Ne leur prêtez aucune attention, car ils n’ont rien compris !”
“Your time is limited, so don’t waste it living someone else’s life. Don’t let the noise of others’ opinions drown out your own inner voice. And most important, have the courage to follow your heart and intuition.”
Steve Jobs
“Votre temps est limité, alors ne le gaspillez pas à vivre la vie de quelqu’un d’autre. Ne laissez pas le bruit des opinions des autres avoir le dessus sur votre voix intérieure. Et, le plus important, ayez le courage de suivre votre cœur et votre intuition.”
Historique du self-made man
Le mythe du self-made man est intrinsèquement lié au concept d’American Dream, idée par laquelle n’importe quelle personne vivant aux États-Unis, par l’acharnement, la persistance et le travail honnête, peut devenir prospère. Ce concept est né avec la Déclaration d’Indépendance des États-Unis (4 juillet 1776). Ainsi, chaque citoyen, quels que soient son sexe, ses croyances ou son origine, est non seulement en droit d’attendre un traitement juste et équitable par la société, mais le reçoit effectivement. Ce mythe, incarné par la terre promise qu’est Hollywood, séduit bon nombre d’immigrants aux États-Unis désireux de piloter leur propre destin. C’est pourquoi les principales figures du self-made man sont des personnalités américaine. Toutefois, il en existe des exemples dans la littérature française, comme Julien Sorel (Le Rouge et le noir, Stendhal) ou encore Bel-Ami (Bel-Ami, Maupassant)
La réalité en quelques exemples
Andrew Carnegie (1835-1919) : industriel et philanthrope naturalisé américain et surnommé « l’homme le plus riche du monde ». Il est l’un des principaux acteurs de l’essor de l’industrie de l’acier aux États-Unis à la fin du XIXe siècle. Il est fils d’ouvrier, et a émigré aux États-Unis à l’âge de 13 ans. Il commence à travailler dans l’industrie textile comme ouvrier, avant de progressivement s’éduquer seul en allant lire des livres dans les bibliothèques proches de sa maison. Le succès de sa société, la Carnegie Steel Company, est essentiellement lié à sa capacité de produire en grande quantité et à bas prix des rails de chemin de fer. À cette époque, la demande était très forte.
Pour en savoir plus sur Andrew Carnegie
Ralph Lauren : entrepreneur et styliste américain, il est le symbole du prêt-à-porter aux États-Unis et du self-made man. Né de parents juifs dans le Bronx, son père est peintre en bâtiment. Après avoir servi dans l’armée américaine et effectué de nombreux petits boulots, il décide de créer par la suite sa propre collection de cravates « Polo », car ses idées de formes et de couleurs n’étaient pas retenues. Élargissant petit à petit sa gamme aux chemises, il connaîtra dès 1967 le succès, incarné par un emblème fort, le joueur de polo.
Mais encore de nombreux hommes politiques américains : Abraham Lincoln, Harry S. Truman, Henry Ford ou Ronald Reagan par exemple.
Le mythe du self-made man : un concept aux nombreuses critiques
Cependant, le concept du self-made man est grandement critiqué et mérite davantage d’analyse. En effet, il décrit une personne qui ne doit sa réussite financière ou sociale qu’à elle-même. Et ce en excluant l’influence d’autrui sur sa motivation, son acharnement et sa confiance en soi. Le self-made man serait-il un mythe au lieu d’une réalité ?
Selon Isabelle Barth et Yann-Hervé Martin, auteurs de La manager et le philosophe, la figure du self-made man n’est qu’un mythe absurde, car c’est d’autrui que nous recevons la confirmation de notre humanité, de notre dignité et de nos qualités. Ainsi, le self-made man n’a pas agi seul pour arriver à ses fins, ni écrasé et manipulé les autres d’ailleurs. Selon ces deux auteurs, il a simplement su recevoir l’aide des bonnes personnes au bon moment. Le succès serait donc toujours le fruit d’un contexte et d’un environnement particuliers.
L’étude de Thomas Harrel, qui porte sur l’analyse des réussites professionnelles
Nous pouvons exemplifier cela par une étude menée par Thomas Harrell, professeur de psychologie appliquée à l’Université de Stanford. Il explique que parmi ses élèves, ceux qui sont le plus montés dans l’échelle sociale après avoir créé un business, indépendamment de leur origine sociale, sont ceux qui avaient la plus grande capacité à créer une conversation avec n’importe qui.
D’ailleurs, Benjamin Franklin était tout à fait précurseur des groupes de pensée et d’entraide professionnelle. Après avoir créé le Junto Club à l’âge de 21 ans, regroupant les artisans et commerçants de la ville de Philadelphie, il a rejoint quelques années plus tard une version améliorée de ce club, les francs-maçons. En milieu professionnel, il avait donc compris la nécessité de s’entourer des personnes ayant les mêmes intérêts que lui. Petite nuance tout de même, cela ne signifie pas se tourner vers les gens uniquement pour son propre intérêt, dans la mesure où une relation commerciale n’a de succès que si elle aboutit à un bénéfice mutuel.
Ainsi, même si de nombreuses réussites entretiennent le mythe du self-made man, ne dévoilant son projet qu’après avoir passé quelques années seul dans son garage, il est nécessaire de nuancer cela. En s’ouvrant aux autres via un réseau de qualité et en allant rencontrer son marché, on obtient les retours des gens que l’on souhaite toucher ; en dévoilant nos objectifs, on attire les personnes qui en possèdent de similaires et avec lesquelles des synergies se créent.
La rédaction espère que cet article sur le self-made man, entre mythe et réalité, te sera utile pour tes connaissances en civilisation ! Pour aller plus loin sur ce concept, l’ouvrage Devenir remarquable à l’ère du numérique de Valentin Decker est très inspirant.
Un peu de vocabulaire sur le travail
| Français | Anglais |
|---|---|
| Des perspectives de carrière | Career prospects |
| Être attentif aux détails | To show attention to details |
| Être travailleur | To be hard-working |
| Faire carrière dans | To make one’s career in |
| Gravir les échelons | To rise through the ranks |
| Grimper l’échelle sociale | To climb up the social ladder |
| Payer en heures supplémentaires | To pay on an overtime basis |
| Un bulletin de salaire | A pay slip |
| Partir de rien | To start from scratch |
| Réussir par soi-même | To pull oneself up by one’s bootstraps |
| Une success story | A rags-to-riches story |
| Le mérite | Merit / meritocracy |
| Un héritage (financier) | An inheritance |
| Un privilège de naissance | A birthright privilege |
| Persévérer | To persevere |
| Une opportunité | An opportunity |
| Un réseau professionnel | A professional network |
| Un mentor | A mentor |
Conclusion
Le self made man n’est ni un mythe pur, ni une réalité totale. Des figures comme Carnegie, Ralph Lauren ou Oprah Winfrey ont bien connu une ascension spectaculaire depuis des conditions modestes. Mais aucune réussite ne se construit vraiment seule : le réseau, les rencontres et le contexte jouent toujours un rôle déterminant. Le self made man reste avant tout un récit puissant, qui valorise le mérite individuel tout en minimisant le rôle du collectif et de la chance dans la réussite.
Tu peux aussi consulter notre liste de vocabulaire en anglais sur la richesse et la pauvreté, ainsi que notre article sur l’American dream et la méritocratie, histoire d’être au point sur le sujet !





