Religion et politique aux États-Unis entretiennent des liens profonds, entre religion civile, nationalisme chrétien et débats sur la séparation de l’Église et de l’État. Explore comment la foi influence le pouvoir américain, de la présidence de Donald Trump aux enjeux électoraux et géopolitiques contemporains.
Une omniprésence de la religion dès les débuts de la présidence
L’instrumentalisation religieuse de la tentative d’assassinat de Trump
Le 13 juillet 2024, alors que Donald Trump est au cœur d’un rassemblement politique à Butler en Pennsylvanie, il est victime d’une tentative d’assassinat. Il y survit cependant, ce qui nourrit un narratif religieux significatif. En effet, Donald Trump qualifie sa survie de « miracle ». De son côté, sa belle-fille poste une photo de lui sur Instagram. On y voit Trump avec l’image du Christ en arrière-plan. La légende sous la photo indique « Ne crains rien, je suis avec toi ». Cet épisode a contribué à renforcer le soutien des pasteurs et des fidèles évangéliques à Trump. Beaucoup le voient effectivement comme l’élu de Dieu pour diriger les USA, sentiment renforcé par ce « miracle » dont Trump a fait l’objet.
Des cérémonies plaçant la religion au centre de l’État
Une cérémonie d’investiture empreinte par la religion
Tout d’abord, lors de sa prise de fonction le 20 janvier 2025, Trump n’a pas dérogé aux traditions. Son épouse et lui ont en effet assisté à un service religieux à l’église Saint-Jean. Par la suite, le nouveau président des USA a prêté serment et plusieurs responsables religieux sont intervenus. Prêtres catholiques, pasteurs évangéliques ainsi qu’un rabbin et un imam ont prié pour le nouveau président. Cette diversité religieuse aurait visé à légitimer le mandat présidentiel en lui donnant un caractère divin.
Des discours plaçant la religion au centre
Les 6 et 7 février 2025, à peine arrivé à la Maison Blanche, Trump délivre des discours au caractère religieux évident. Lors du National Prayer Breakfast, il laisse en effet entendre « l’Amérique est et sera toujours une nation sous le regard de Dieu ». Il cite notamment George Washington « qui appelait souvent les Américains à se rassembler pour prier ». Trump s’appuie une nouvelle fois sur sa tentative d’assassinat en rappelant : « Ça a changé quelque chose en moi ». Il se rapproche ainsi des communautés religieuses et conservatrices qu’il sait pouvoir constituer des soutiens politiques de taille.
La création du bureau de la foi
Un bureau fruit de relations anciennes
Dès le début des années 2000, Trump s’intéresse au discours de Paula White. Cette pasteure évangéliste très connue des médias américains a fait fortune en vendant des bénédictions. Paula White partage l’idée que la richesse est le signe d’avoir été choisi de Dieu. La proximité de ses idées avec celles de Trump explique notamment pourquoi ce dernier la choisit comme conseillère spirituelle lorsqu’il se lance en politique. C’est notamment grâce à elle qu’il parvient à séduire les évangélistes qui représentent plus de 30% de son électorat.
Une place centrale de la religion chrétienne
Après sa tentative d’assassinat, Trump entend remettre la religion au centre de sa présidence. En février 2025, il crée le bureau de la foi, « White House Faith Office ». Il nomme Paula White à sa tête. Ce bureau est censé protéger la liberté religieuse. Cependant, pour de nombreux trumpistes, les chrétiens ont fait l’objet de persécutions sous le mandat de Joe Biden. Trump dresse même un parallèle entre ces persécutions et celles vécues par les chrétiens sous l’Empire romain. Cela justifie alors que le bureau de la foi s’attaque à tout ce qui est jugé « anti-chrétien ». Le bureau de la foi inspecte toutes les agences de l’État, de la justice à l’éducation en passant même par le FBI.
Il est intéressant de remarquer la place que prend le christianisme au sein de ce bureau. Dans ses versions précédentes, le bureau de la foi portait le nom de « Bureau des partenariats confessionnels et de quartier » sous Obama. Sous Bush, il s’appelait « Bureau des initiatives confessionnelles et communautaires ». Ici, l’utilisation du mot « foi » est fortement associé au christianisme. Ce bureau étant investi d’une mission de conseil auprès de la Maison Blanche, on comprend la proximité privilégiée qu’il confère aux chrétiens conservateurs au pouvoir politique.
Par ailleurs, lorsque Trump a annoncé la signature du décret instaurant le bureau de la foi sur les réseaux sociaux, il a accompagné son annonce d’une photographie. On l’y voit assis et entouré de personnes en train de prier. Des figurants sont aussi présents, des pasteurs et des conseillers de son premier mandat. Le post vise à faire passer un message : Trump compte remettre la foi chrétienne au centre de sa présidence.
La remise en cause de la séparation de l’Eglise et de l’Etat
La séparation de la religion et de l’Etat aux USA
La clause du premier amendement de la constitution de 1791 interdit au Congrès de créer ou d’établir une religion, empêchant le pouvoir du gouvernement de s’étendre au-delà des affaires civiles. Malgré tout, la place de la religion est si forte dans l’espace public que l’on parle de « religion civile ». En effet, les références étatiques à la religion sont nombreuses et anciennes. Déjà en 2002, G. W. Bush laissait entendre lors de son discours sur l’Etat de l’Union « La liberté que nous chérissons est non pas le don de l’Amérique au monde, mais le don de Dieu à l’humanité. »
Une réinterprétation des textes fondateurs
Une grande partie du narratif créé par Trump autour de la religion est en lien avec la nostalgie d’un passé « chrétien ». Ce dernier prend sa source chez les premiers colons anglo-saxons et dans des textes fondateurs tels que la Déclaration d’indépendance ou la Constitution fédérale de 1787.
Cependant, ces associations sont largement discutables. En effet, la Déclaration d’indépendance s’appuie surtout sur la notion postchrétienne de la souveraineté du peuple. Elle mentionne très peu Dieu et laisse le pouvoir aux hommes qui doivent se concentrer sur le « consentement des gouvernés ». Par ailleurs, la Constitution fédérale de 1787 ne mentionne pas du tout Dieu. Elle interdit même toute profession de foi religieuse pour l’exercice des plus hautes fonctions de l’Etat. L’administration Trump rejette ces faits et donne aux textes fondateurs un caractère systématiquement religieux. Il est même allé jusqu’à publier la God Bless the USA Bible qui rassemble la Bible protestante, la Déclaration d’indépendance, la Constitution de 1787 et la chanson God Bless the USA de Lee Greenwood.
Le sionisme chrétien
Qu’est-ce que le sionisme chrétien ?
Pour l’administration Trump, l’identité chrétienne américaine est menacée. Trump serait alors l’élu de Dieu pour restaurer cette dernière et faire briller l’Amérique. Cette idée s’inscrit au cœur d’un nationalisme chrétien. Ce nationalisme chrétien assume par ailleurs toute sa dimension sioniste. En réalité, ce soutien indéfectible notamment à Israël n’est pas nouveau. Le sionisme chrétien apparaît au milieu du XIXème siècle et se répand mondialement à partir des années 1970. Les partisans de cette idéologie croient en un « retour » des juifs, en leur réunification et en la restauration de leur souveraineté sur la terre qui leur avait été octroyée par Dieu.
Un sionisme chrétien conduisant à une invisibilisation de la cause palestinienne
Pour les sionistes chrétiens, il existe un devoir de soutien à Israël. Un parallèle est en effet souvent dressé entre l’Amérique perçue comme nouvelle terre promise et Israël. Cette idéologie s’appuie aux USA sur des lobbies comme le Christian’s Israel Public Action Campaign, des organisations comme la Christians united for Israel ainsi que des églises locales. La puissance de ces groupes aux USA contribue à desservir la cause palestinienne. C’est d’autant plus le cas quand certaines organisations cherchent à favoriser la colonisation des territoires palestiniens.
Conclusion
La place de la religion dans la vie politique américaine ne relève donc ni de l’anecdote ni de la simple tradition symbolique. Elle constitue un levier politique structurant, mobilisé pour légitimer le pouvoir, façonner l’identité nationale et orienter certaines décisions de politique intérieure comme extérieure. Comprendre ces dynamiques permet ainsi de mieux saisir les tensions contemporaines autour de la séparation de l’Église et de l’État, mais aussi les logiques idéologiques à l’œuvre dans l’Amérique actuelle.
Vocabulaire
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foi = faith
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miracle = miracle
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l’élu de Dieu = God’s chosen one
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prêter serment = to take an oath / to swear an oath
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divin = divine
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électorat = electorate
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anti-chrétien = anti-Christian
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religion civile = civil religion
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sionisme chrétien = Christian Zionism
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tradition = tradition



