presse et censure

Depuis son retour à la Maison-Blanche, celui qui se voulait être le grand défenseur du Premier Amendement de la loi suprême des États-Unis d’Amérique ne cesse de s’attaquer aux médias et aux journalistes. Ce Premier Amendement évoque notamment l’interdiction pour le Congrès de « limiter la liberté d’expression, ou celle de la presse ». Donald Trump semble néanmoins contourner et avoir sa propre interprétation de cet amendement, pourtant cher aux Américains.

Un homme de télévision qui veut contrôler son image médiatique

Contrairement à Joe Biden qui évitait les médias, Donald Trump, lui, se met en scène. Le président américain ponctue son mandat de moments médiatiques forts. On se souvient tous de son discours d’investiture virulent qui en a fait réagir plus d’un, ou encore du moment où il a signé des dizaines et des dizaines de décrets devant une foule qui n’attendait que ça. Ou encore du jour où, pancarte à la main, il annonçait les droits de douane attribués à chaque pays, tout en annonçant des « incohérences » étonnantes.

Lors de ces différentes occasions, Donald Trump utilise les médias pour se mettre en scène et faire passer un message fort à ses opposants, partisans et au monde entier. Mais si le président américain aime les caméras, il déteste tout autant les récits qui échappent à son contrôle. Dès qu’un média ternit son image, il réagit avec virulence : exclusions de journalistes, procès à répétition, insultes en conférence de presse ou sur son réseau Truth Social.

Trump, homme de télévision avant d’être homme d’État, entend régner sur la narration de sa propre présidence.

L’affaire du golfe du Mexique

Une des premières « mesures phares » prises par le président Trump, en février 2025, aura été de renommer unilatéralement le golfe du Mexique en golfe de l’Amérique. Un décret présidentiel controversé, qui a immédiatement fait bondir la communauté internationale, représentant déjà un signal d’alerte quant à la liberté d’expression et de la presse.

Plusieurs journalistes accrédités à la Maison-Blanche, notamment de l’agence américaine Associated Press, ont refusé d’appeler le golfe du Mexique « golfe de l’Amérique » et ont donc perdu l’accès au Bureau ovale et à Air Force One, l’avion présidentiel. La porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, expliquait alors que, si la Présidence estimait qu’un média racontait des mensonges, il allait devoir prendre ses responsabilités. Autrement dit, refuser le vocabulaire imposé par la présidence reviendrait à mentir.

Pour l’agence Associated Press, le problème dans cette affaire est que Donald Trump a renommé par décret un golfe tout entier qui pourtant s’étend au-delà des États-Unis, jusqu’aux côtes mexicaines et cubaines. Par ailleurs, de son côté, le Mexique refuse cette nouvelle appellation.

Et alors que les médias traditionnels sont régulièrement épinglés par l’administration américaine, la porte-parole de la Maison-Blanche a pourtant depuis le début de l’année ouvert des portes à la salle de presse à des podcasteurs, influenceurs et figures du monde MAGA (Make America Great Again), proches politiquement de Donald Trump.

Quand Trump s’attaque aux grands titres nationaux

Affaire Epstein : Trump réclame 10 milliards de dollars au Wall Street Journal pour diffamation

En juillet dernier, Donald Trump saisissait la justice contre le Wall Street Journal pour diffamation et lui réclamait 10 milliards de dollars après que le quotidien lui a attribué l’écriture d’une lettre lubrique adressée au financier et délinquant sexuel Jeffrey Epstein, en 2003.

Le président américain a dénoncé un « article mensonger, malveillant, diffamatoire et totalement FAKE NEWS, paru dans le torchon inutile qu’est le Wall Street Journal ». Il accuse également le journal de vouloir ternir son image et sa réputation.

Une plainte contre le New York Times, rejetée par la justice

Ce n’est pas tout, dans la nuit du 15 au 16 septembre, le président américain a annoncé poursuivre le New York Times en justice pour diffamation et réclamait 15 milliards de dollars de dommages et intérêts au célèbre journal.

Dans un long message, le républicain a notamment posté sur son réseau social Truth Social : « Le New York Times a été autorisé à mentir, à calomnier et à me diffamer librement pendant beaucoup trop longtemps, et cela s’arrête, MAINTENANT ! »

Il accuse notamment le journal d’être partisan du Parti démocrate et même d’en être « le porte-parole ». Donald Trump poursuit en qualifiant le célèbre quotidien d’être « l’un des pires et des plus dégénérés journaux de l’histoire de [notre] pays ».

Le New York Times dénonce quant à lui une tentative de la part de celui qui se qualifie de « président préféré » des Américains de « museler et décourager le journalisme indépendant ».

Mais, dans cette affaire, Donald Trump vient de connaître une nouvelle débâcle judiciaire : un juge fédéral a rejeté la plainte du président américain et lui a laissé quatre semaines pour la reformuler. Le juge Steven Merryday a estimé que la plainte formulée par le milliardaire est contraire à la procédure et qu’elle est « inappropriée et irrecevable ». Pour le juge, la plainte, d’une longueur de 85 pages, bien qu’elle soit longue, n’évoque pas clairement ses motifs et les accusations faites par Donald Trump n’y sont pas suffisamment détaillées.

Le 16 octobre, Donald Trump a adressé une nouvelle version de sa plainte à la justice fédérale contre le New York Times, trois de ses journalistes et une maison d’édition, réclamant toujours la somme de 15 milliards de dollars de dommages et intérêts. Donald Trump dénonce dans sa plainte de 40 pages des propos diffamatoires, faux et malveillants à son égard.

Les journalistes devront faire valider toute publication relevant des activités du Pentagone

Le ministère de la Défense, ou « de la Guerre » comme Donald Trump l’a récemment nommé, demande désormais aux journalistes accrédités pour couvrir l’actualité au Pentagone de faire valider en amont toute publication d’informations le concernant par l’administration américaine, même lorsque l’information n’est pas couverte par le secret défense, renforçant ainsi probablement le risque de censure et d’orientation politique de l’information en faveur du gouvernement.

Les journalistes et les médias qui ne respecteraient pas cette nouvelle directive, diffusée le 19 septembre 2025, risquent de perdre l’accès au Pentagone.

Le ministre de la Défense, Pete Hegseth, demande que les journalistes suivent les règles mises en place, portent leur badge et arrêtent de se balader dans les couloirs du ministère et de toute « installation sécurisée ». Début 2025, déjà, plusieurs médias jugés « progressistes » ou « pro-démocrates » avaient perdu leurs accréditations pour laisser place à des médias plus orientés à droite et alignés aux valeurs du Parti républicain.

Trump annonce vouloir réduire la durée des visas des journalistes étrangers

Autre mesure récemment annoncée sur la pelouse de la Maison-Blanche par Donald Trump : il dit vouloir réduire la durée des visas des journalistes étrangers. La durée de validité de ces visas pourrait être abaissée à 240 jours pour les journalistes étrangers contre des visas allant jusqu’à cinq ans aujourd’hui, sauf pour les Chinois qui devront se contenter d’un visa de 90 jours.

Les journalistes du monde entier dénoncent une mesure visant à museler la presse internationale. Selon eux, il est impossible de s’installer, développer son réseau, prendre contact avec ses futures sources et bien connaître le pays en si peu de temps. Dans une lettre ouverte adressée au président Trump, des médias du monde entier demandent à la Maison-Blanche de retirer son projet et affirment craindre ne pas réussir dans ces conditions à maintenir la « qualité de la couverture » de l’actualité américaine.

La liberté de la presse aux États-Unis est-elle menacée sous Trump ?

Depuis qu’il est revenu au pouvoir, Donald Trump a musclé son discours et son attitude à l’égard de la presse et du journalisme indépendant. La liberté de la presse, pilier fondamental de la liberté d’expression, est théoriquement protégée par The First Amendment de la loi suprême américaine, mais Donald Trump semble en avoir fait sa propre interprétation.

L’administration prend de plus en plus le soin de choisir les journalistes et les médias qui seront accrédités pour accéder à certains lieux de pouvoir ou sites sensibles, et elle semblerait privilégier les médias proches idéologiquement. Dans le même temps, Donald Trump tient, comme à son habitude avec ses opposants, une attitude très agressive à l’égard de la presse qu’il considère proche des démocrates.

Selon un classement de Reporters sans Frontières portant sur la liberté de la presse, les États-Unis se trouvent à la 57e place, bien loin derrière la majorité des pays européens. Un classement qui, par ailleurs, ne cesse de se détériorer pour le pays de l’Oncle Sam. En 2024, les États-Unis se trouvaient à la 55e place et à la 45e place en 2023. Mais, comme le démontre le classement RSF, bien que Donald Trump ne fasse rien pour changer la tendance, ce classement n’est peut-être pas que de la faute de l’actuelle administration américaine, mais également des précédentes.

Mais, bien au-delà de la liberté de la presse, c’est la liberté d’expression dans sa globalité qui a pris un coup sous Trump. Ceses dernières semaines par exemple, après l’assassinat de Charlie Kirk, de nombreux salariés d’entreprises privées ont été licenciés et dénoncés publiquement pour s’être réjouis de sa mort. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.