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En déplacement à Canberra, la capitale australienne, le 24 mars dernier, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, est venue signer un nouvel accord de libre-échange après huit longues années de négociations. Cet accord intervient peu de temps après la signature de celui avec le Mercosur. Outre le renforcement de ce partenariat commercial, l’Australie et l’Union européenne se sont accordées pour renforcer leur coopération en matière de défense et d’accès des Européens aux minéraux critiques australiens.

Un accord de libre-échange après huit ans d’intenses négociations

Des désaccords qui ont été surmontés

Débutées en 2018, les négociations avaient été suspendues en 2023 en raison de désaccords profonds sur certains aspects de l’accord, avant de reprendre un an plus tard. Plusieurs désaccords ont été surmontés, s’est félicitée la cheffe de l’exécutif européen, Ursula von der Leyen. Parmi ces points de friction figuraient les appellations géographiques européennes et l’accès du bœuf australien au marché européen.

Pour protéger les éleveurs européens, l’accord prévoit des quotas exonérés intégralement ou partiellement de droits de douane, bien en deçà de ceux souhaités par l’Australie.

Du côté de la protection des appellations géographiques européennes, les viticulteurs australiens pourront notamment utiliser le terme prosecco sur le marché commun pendant une durée de dix ans. D’autres producteurs australiens pourront continuer à utiliser sans limite de temps les appellations géographiques européennes, comme feta et gruyère, à condition de les avoir utilisées depuis au moins cinq ans.

Quels sont les produits concernés par l’accord ?

Du côté européen, l’accord de libre-échange prévoit le relèvement du seuil de la taxe australienne sur les voitures de luxe appliqué aux voitures électriques, ce qui devrait permettre aux constructeurs automobiles européens d’exporter davantage de véhicules vers l’Australie. L’Union européenne espère ainsi augmenter de 33 % ses exportations vers l’Australie, avec une hausse possible de 50 % pour les secteurs de l’automobile et des produits laitiers.

Dans le même temps, l’Union européenne va décupler son quota d’importations de viande bovine australienne au cours de la prochaine décennie. Le nouveau seuil est fixé à 30 600 tonnes de viande bovine, dont 55 % exemptés de droits de douane et 45 % soumis à des droits de douane réduits à 7,5 %. Ce nouveau quota s’appliquera progressivement : un tiers sera mis en œuvre au cours des cinq prochaines années, avant la pleine entrée en vigueur de ce seuil. L’UE permettra aussi l’entrée sur son marché de 25 000 tonnes de viande ovine et caprine (moutons et chèvres) australienne, un quota qui s’appliquera lui aussi progressivement sur sept ans.

Cet accord, tout comme celui signé avec le Mercosur, risque de susciter des réactions dans le monde agricole. La Commission européenne met en avant un accord qui devrait augmenter de plus d’un tiers les exportations, économiser un milliard d’euros de taxes et accroître de quatre milliards d’euros le PIB européen d’ici 2030. Des arguments qui peinent cependant à convaincre les agriculteurs et éleveurs européens.

La Commission européenne a néanmoins précisé que l’accord impose des normes de production strictes : les animaux devront notamment être nourris à l’herbe. Par ailleurs, un mécanisme de sauvegarde permettra à l’Union européenne d’agir rapidement et efficacement si « une augmentation des importations australiennes venait à poser des difficultés aux agriculteurs » de l’Union.

Ce ne sont pas seulement les biens matériels qui bénéficieront de cet accord de libre-échange, mais aussi les services. Le texte prévoit notamment un meilleur accès pour les entreprises de l’UE aux secteurs du transport maritime, des services professionnels, commerciaux, numériques et financiers fournis par des entreprises australiennes. Il fixe aussi de nouvelles règles sur les flux de données et interdit toute exigence de localisation des données.

L’UE tente de sécuriser ses approvisionnements en minerais critiques

Cet accord sur les minerais critiques vise à permettre à l’Union européenne d’améliorer son accès à certains minerais jugés critiques et indispensables à l’industrie européenne, notamment pour les secteurs des énergies renouvelables, de l’automobile et de la défense.

L’Australie produit de nombreuses matières premières critiques, telles que l’aluminium, le manganèse ou encore le lithium. Grâce à cet accord, les droits de douane sur ces minéraux seront réduits ou supprimés, et l’UE et l’Australie renforceront leur coopération en matière de sécurité des chaînes d’approvisionnement.

L’accord prévoit également la mise en place de normes environnementales et sociales strictes pour garantir que l’extraction de ces minerais se fait de manière durable, respectueuse de l’environnement et des droits humains.

Un accord alliant respect de l’environnement et protection des droits humains

L’accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Australie ne se limite pas à faciliter les échanges commerciaux : il intègre également des engagements forts en matière de protection du climat, de l’environnement et des droits des travailleurs. Le texte reprend explicitement les principes fondamentaux de l’Organisation internationale du travail, en garantissant notamment le droit d’association des travailleurs face à leur employeur.

Il renforce également la lutte contre le travail des enfants et impose l’application des normes européennes en matière de santé et de sécurité pour toutes les importations en provenance d’Australie. Par ailleurs, l’accord s’engage à mettre en œuvre les traités internationaux ratifiés pour la protection des droits des femmes, consolidant ainsi un cadre juridique protecteur pour tous les acteurs économiques concernés.

Sur le volet environnemental, les ambitions sont tout aussi marquées. L’Union européenne et l’Australie se sont engagées à lutter activement contre la déforestation, le braconnage et le commerce illégal de la faune sauvage, tout en renforçant les mesures contre la pêche illégale. L’accord réaffirme par ailleurs l’adhésion des deux parties aux objectifs de l’Accord de Paris sur le climat, soulignant leur volonté commune de promouvoir une transition écologique responsable.

Un accord historique pour renforcer la coopération en matière de défense

Au-delà des aspects purement économiques, l’Union européenne et l’Australie ont également scellé un accord ambitieux visant à approfondir leur collaboration dans le domaine de la défense, afin de mieux répondre aux « défis de sécurité actuels ».

Selon un communiqué officiel de la Commission européenne, cette coopération renforcée couvrira des domaines stratégiques, tels que « la sécurité maritime, la cybersécurité, la lutte contre les menaces hybrides, ainsi que la prévention de la manipulation de l’information et des ingérences étrangères ».

L’Australie et l’UE : deux partenaires commerciaux majeurs

L’Union européenne et l’Australie entretiennent des relations commerciales solides. En 2024, l’UE se classait comme le troisième partenaire commercial de l’Australie, derrière la Chine et le Japon. Les échanges entre les deux régions sont déjà substantiels : l’Union européenne exportait cette année-là pour 13 milliards d’euros de machines, 6 milliards d’euros de véhicules motorisés et de pièces détachées, ainsi que 2 milliards d’euros de produits chimiques. Ces secteurs figurent parmi les premiers bénéficiaires de la suppression progressive des droits de douane australiens. De son côté, l’Australie exporte principalement des produits minéraux et végétaux.

Selon les données de la Commission européenne, les échanges entre l’UE et l’Australie ont atteint en 2024 un volume de 49,4 milliards d’euros pour les biens et 38,1 milliards d’euros pour les services, avec un excédent commercial de 45,9 milliards d’euros en faveur de l’Union européenne.

Le renforcement des liens économiques entre l’Australie et l’UE n’est pas récent. Dès 2022, les deux parties ont signé un accord-cadre incluant plusieurs dispositions économiques et une coopération commerciale visant à réduire certaines barrières douanières, notamment pour les produits industriels. En 2024, un nouvel accord a été conclu, ciblant cette fois les matières premières stratégiques et critiques. L’accord de libre-échange actuellement en cours d’adoption vient ainsi consolider une coopération commerciale déjà en pleine expansion depuis plusieurs années.

Avant d’entrer en vigueur, cet accord devra encore être approuvé par le Conseil de l’Union européenne et le Parlement européen, puis ratifié par l’Australie.