Pourquoi l’Union européenne n’est-elle toujours pas un État fédéral alors qu’une partie de ses membres partage une même monnaie ? Pourquoi un même panier de biens et de services peut-il coûter beaucoup moins cher à Hanoï (Vietnam) qu’à Zurich (Suisse) ? Béla Balassa essaie justement de répondre à ces questions. Celui-ci s’est intéressé à l’intégration économique entre les pays, aux écarts de niveaux de prix entre économies et à la spécialisation internationale. Ses travaux sont particulièrement intéressants pour comprendre le fonctionnement de l’économie mondiale.
Portrait de Béla Balassa
Béla Balassa est né à Budapest (Hongrie) en 1928. Après l’insurrection hongroise de 1956, il quitte la Hongrie et s’installe aux États-Unis. Il obtient ensuite un doctorat d’économie à Yale (Université américaine), puis devient professeur à l’université Johns Hopkins à partir de 1966.
En parallèle, il travaille comme consultant de la Banque mondiale sur les politiques commerciales et de développement. Ses travaux se positionnent alors en faveur du libre-échange et des marchés ouverts.
La théorie de l’intégration économique
Dans The Theory of Economic Integration (1961), Balassa analyse le processus de rapprochement entre économies. Il distingue cinq degrés croissants d’intégration régionale :
- La zone de libre-échange : les pays membres suppriment entre eux les barrières tarifaires et non tarifaires sur les marchandises. Néanmoins, chacun conserve sa propre politique commerciale vis-à-vis des pays tiers.
- L’union douanière : elle reprend les caractéristiques de la zone de libre-échange et y ajoute un tarif extérieur commun vis-à-vis des pays qui n’appartiennent pas à l’union.
- Le marché commun : la libre circulation ne se limite plus aux marchandises. Elle s’étend aux facteurs de production. On passe alors d’une intégration des marchés de biens à une intégration des marchés de facteurs.
- L’union économique : les pays membres harmonisent également leurs politiques économiques. L’objectif est d’éviter les problèmes de concurrence que ferait naître un marché commun sans coordination.
- L’intégration totale (ou union politique) : c’est le dernier degré de la classification. Elle implique une intégration politique poussée et des politiques fiscales et sociales sont harmonisées.
Cette progression permet donc de distinguer une simple suppression des barrières commerciales d’une véritable mise en commun des politiques économiques et politiques.
Balassa s’intéresse également aux effets immédiats de l’ouverture. Une intégration plus poussée permettrait d’agrandir la taille du marché et de réaliser des économies d’échelle. En outre, elle pourrait renforcer la concurrence et favoriser l’investissement et l’innovation.
Jusqu’où l’intégration européenne va-t-elle ?
L’Union européenne a franchi les quatre premières étapes : zone de libre-échange à l’origine, union douanière avec un tarif extérieur commun, marché commun depuis l’Acte unique de 1986, puis union économique et monétaire avec l’euro et la BCE.
Pour autant, elle n’atteint pas le cinquième stade de Balassa. Les États membres conservent une large autonomie dans des domaines essentiels, comme leur budget, leur fiscalité ou leur politique sociale. Les politiques budgétaires restent principalement nationales et sont coordonnées selon des règles communes. L’UE constitue donc une forme d’intégration économique très poussée, mais elle ne correspond pas.
Le contre-exemple de l’ASEAN
L’ASEAN permet de compléter cette analyse. Elle dispose d’une identité politique forte sans progression sur l’échelle de Balassa. L’organisation a créé l’ASEAN Free Trade Area (AFTA) en 1992 afin de favoriser l’intégration commerciale régionale. Depuis, elle a cherché à approfondir cette intégration à travers l’ASEAN Economic Community.
De plus, elle montre sa volonté de favoriser la circulation des biens, des services, des investissements et du capital. Mais elle n’a ni union douanière ni marché commun. Elle reste donc au premier stade d’intégration. Cet exemple montre que l’intégration politique et l’intégration économique ne progressent pas forcément au même rythme.
L’effet Balassa-Samuelson : pourquoi la vie est moins chère dans les pays pauvres ?
En 1964, Béla Balassa travaille avec le prix Nobel Paul Samuelson. Ils expliquent qu’à budget équivalent, la vie coûte moins cher dans un pays pauvre que dans un pays riche. C’est l’effet Balassa-Samuelson.
Leur explication tient en trois étapes. Dans un pays développé, l’industrie est très productive et verse donc des salaires élevés. Ces niveaux de salaires exercent ensuite une pression à la hausse sur les rémunérations dans les services, même lorsque leur productivité progresse moins rapidement. Par conséquent, les prix des services grimpent et avec eux le niveau général des prix dans le pays.
Dans une économie moins productive, les salaires sont en moyenne plus faibles. Les services, qui dépendent fortement du coût du travail, peuvent donc être proposés à des prix plus bas. C’est pour cette raison qu’un même repas ou une même coupe de cheveux coûte souvent bien moins cher à Hanoï qu’à Zurich.
L’effet Balassa-Samuelson est donc particulièrement utile lorsqu’on compare les niveaux de vie et les niveaux de prix entre pays. Il rappelle qu’une conversion au taux de change de marché ne suffit pas toujours à comparer correctement le pouvoir d’achat des populations.
L’indice d’avantage comparatif révélé : mesurer la spécialisation réelle d’un pays
Balassa apporte également une contribution importante à l’étude du commerce international avec l’indice d’avantage comparatif révélé ou Revealed Comparative Advantage (RCA).
La théorie des avantages comparatifs de Ricardo déduit théoriquement dans quels secteurs un pays a intérêt à se spécialiser. À l’inverse, Balassa propose de partir des flux d’échanges réellement observés. Il compare la part d’un produit dans les exportations totales d’un pays à la part de ce même produit dans les exportations mondiales. Un ratio supérieur à 1 révèle une spécialisation effective du pays dans ce secteur.
Balassa complète ainsi Ricardo. En fait, Ricardo explique dans quels secteurs les pays devraient être compétitifs tandis que Balassa cherche à mesurer dans quels secteurs ils le sont effectivement.
Béla Balassa utile pour comprendre l’économie mondiale
Les travaux de Balassa gardent une résonance forte en 2026. On a observé plusieurs économies repensant à leur rapport au libre-échange, mais aussi une montée du protectionnisme. Sa grille de lecture de l’intégration régionale permet alors d’analyser certains processus en cours. On peut penser aux discussions autour de l’accord commercial Union européenne-Mercosur ou aux évolutions du marché unique européen face aux tensions commerciales internationales. Ses travaux sur l’ouverture commerciale restent également mobilisés dans les débats sur les stratégies d’exportation des pays émergents et sur les réalignements monétaires.
L’exemple le plus frappant reste celui de l’Europe de l’Est. En mai 2026, le PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat de la Pologne a désormais dépassé celui de certaines régions d’Europe du Sud. Par ailleurs, le chômage devient quasi inexistant dans les grandes métropoles de l’Est. En supprimant les barrières douanières, l’adhésion au marché unique a ouvert aux pays de l’Est un accès direct à la consommation européenne. La Pologne s’impose alors aujourd’hui comme le nouveau moteur économique de la région et influence les rapports géopolitiques au sein de l’UE. Ce rattrapage illustre à la fois la théorie de la convergence de Solow et les effets de création de commerce décrits par Balassa.
Pour en savoir plus sur le livre de Béla Balassa, clique ici !
Enrichis tes copies avec cet article
Les notions abordées
- En économie : intégration régionale, zone de libre-échange, union douanière, marché commun, union économique, union politique, avantage comparatif, parité de pouvoir d’achat, taux de change réel, spécialisation internationale, libre-échange, protectionnisme.
- En géopolitique : rapports de force au sein de l’Union européenne, élargissement et basculement du fonctionnement économique vers l’Est, négociations commerciales internationales (Mercosur), degré d’intégration politique des blocs régionaux (ASEAN).
Les éléments de contexte
En mai 2026, le PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat de la Pologne a dépassé celui de certaines régions d’Europe du Sud. Ce rattrapage a été rendu possible par l’ouverture des frontières douanières et l’accès direct au marché unique européen. Cette dynamique illustre directement les effets de création de commerce décrits par Balassa et pose une question plus large. En effet, jusqu’où une intégration régionale peut-elle transformer la hiérarchie économique entre ses membres ?
Les auteurs mobilisables
- Paul Samuelson permet d’expliquer, avec l’effet Balassa-Samuelson, pourquoi les niveaux de prix diffèrent structurellement entre pays riches et pays pauvres.
- David Ricardo permet de resituer la théorie de l’avantage comparatif que Balassa vient compléter par une approche empirique et observée (l’avantage comparatif révélé).
- Robert Solow peut être mobilisé avec sa théorie de la convergence pour expliquer pourquoi les économies moins avancées, comme celles de l’Europe de l’Est, rattrapent plus vite les pays développés.
Pour t’exercer
Sujets potentiellement envisageables dans lesquels mobiliser cet article :
- L’intégration régionale conduit-elle nécessairement à l’intégration politique ?
- Le libre-échange profite-t-il à tous les pays de la même manière ?
- Les frontières douanières sont-elles encore pertinentes dans l’économie mondiale actuelle ?
- Le rattrapage économique des pays émergents remet-il en cause la hiérarchie internationale ?
- La convergence des niveaux de vie entre pays est-elle inévitable ?
Pour accéder à toutes nos ressources d’éco-droit, ça se passe ici !
Télécharge le guide ECT dès maintenant !
Un guide entièrement conçu pour les étudiants de prépa ECT. À l’intérieur, tu y retrouveras des conseils inédits pour réussir tes écrits et briller aux oraux, mais surtout 42 exercices de management et d’éco-droit balayant une large partie du programme ECT ainsi que 16 cartes mentales pour t’aider à tout réviser.
Tu peux recevoir le guide des prépas ECT dès maintenant en remplissant le formulaire qui suit :



