Penrose

Pourquoi deux entreprises, placées dans le même secteur et confrontées au même marché, ne connaissent-elles jamais la même trajectoire ? L’une se développe, se diversifie, conquiert de nouveaux marchés, tandis que l’autre stagne ou disparaît. Edith Penrose développe ce sujet à travers l’explication de l’effet Penrose dans son ouvrage The Theory of the Growth of the Firm, publié en 1959 et devenu depuis un texte fondateur de la théorie de la firme.

Une rupture avec la vision traditionnelle de l’entreprise

La théorie économique classique a longtemps représenté l’entreprise de façon très abstraite. Elle était une unité qui transforme des facteurs de production en biens et services, cherchant la quantité optimale à produire pour maximiser son profit. Cependant, cette vision regroupe des entreprises très différentes sous une même étiquette. Elle considère alors qu’elles seraient toutes soumises aux mêmes contraintes et dotées des mêmes capacités.

Penrose refuse cette simplification. Pour elle, chaque firme est unique parce qu’elle possède une histoire, des ressources, une expérience et des connaissances qui lui sont propres. Deux entreprises présentes sur le même marché ne partent donc jamais avec les mêmes chances. En effet, une entreprise qui a accumulé des années d’expertise ne dispose pas des mêmes possibilités qu’une entreprise récente. Par ailleurs, deux entreprises aux ressources physiques comparables peuvent obtenir des résultats très différents selon les compétences de leurs managers.

Ainsi, la firme n’est pas seulement un preneur de prix qui subit son environnement. C’est aussi un lieu d’innovation et d’apprentissage, capable de transformer progressivement ses activités et de développer de nouveaux produits ou marchés.

Les ressources, matière première de la croissance

Chez Penrose, la firme est avant tout un ensemble de ressources, physiques, humaines, organisationnelles, mais aussi des connaissances et des compétences. Elle distingue les ressources tangibles et intangibles

Mais il ne faut pas considérer qu’une ressource crée de la valeur toute seule. Ce qui compte, c’est la façon dont l’entreprise sait s’en servir. Une même compétence technique peut être mobilisée dans plusieurs activités, une relation commerciale peut ouvrir la porte à de nouveaux marchés. Chaque ressource possède donc un véritable potentiel de services multiples.

De ce fait, l’entreprise apprend en utilisant ses ressources. Les collaborateurs comprennent mieux, au fil du temps, les produits, les techniques, les clients, les marchés et les problèmes à résoudre. La production devient alors un processus d’apprentissage à part entière. Ainsi, une partie de ces connaissances est difficile à copier pour les concurrents. C’est précisément ce savoir-faire propre à chaque firme qui nourrit son avantage concurrentiel

Des opportunités qui naissent de l’intérieur

Dans une vision classique, les opportunités viennent surtout de l’extérieur. Par exemple, elles peuvent prendre la forme d’une demande qui augmente, d’un marché qui s’ouvre, d’une innovation technologique qui impacte l’activité… À l’inverse, pour Penrose, les opportunités de croissance sont d’abord internes. L’entreprise accumule des ressources et des connaissances qui créent ces opportunités.

Une firme qui développe une nouvelle compétence peut découvrir qu’elle sait aussi produire autre chose. Une entreprise qui connaît très bien ses clients peut identifier un besoin qu’elle n’avait pas anticipé. Ce que l’entreprise est capable de faire et d’imaginer détermine ainsi les opportunités qu’elle saura saisir.

C’est cette dynamique qui rend possible la diversification. De ce fait, lorsqu’une entreprise dispose de ressources ou de compétences pas totalement exploitées dans son activité actuelle, elle peut chercher à les employer ailleurs. 

Le manager, pièce centrale du dispositif

Pour Penrose, les managers occupent une place centrale. Ils observent l’environnement, collectent de l’information et repèrent les opportunités à exploiter. Mais leur décision est basée sur leur expérience, leur jugement et leur imagination. Ceci explique que deux entreprises aux ressources comparables puissent suivre des trajectoires très différentes. 

L’effet Penrose : pourquoi on ne grandit pas indéfiniment

L’effet Penrose explique que les ressources et les connaissances stimulent la croissance. Cependant, les capacités managériales, qui sont limitées, peuvent la ralentir. Cette tension entre dynamique de croissance et capacité à l’organiser est au cœur de toute la théorie.

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Ce qu’il faut retenir

Chez Penrose, la croissance de la firme est un processus cumulatif, endogène et fondé sur l’apprentissage. Par conséquent, l’utilisation des ressources génère de l’expérience et l’expérience nourrit la connaissance. Finalement, la connaissance permet de découvrir de nouvelles opportunités.

Cette croissance crée à son tour de nouvelles ressources, mais elle reste toujours limitée par les capacités managériales disponibles. Enfin, l’un des apports majeurs de Penrose est de montrer que l’entreprise n’est pas condamnée à s’adapter passivement à son environnement, puisqu’elle peut aussi le façonner.

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