immigration

L’immigration est un sujet polémique très politisé dans nos sociétés. Elle désigne « toute entrée dans un pays, une région, de personnes qui vivaient à l’extérieur et qui viennent s’y établir, y chercher un emploi », selon le dictionnaire Le Robert. Elle englobe également la durée de présence de la personne immigrée sur le territoire du pays d’accueil. Alors, Major-Prépa te propose une réflexion du seul point de vue économique sur les conséquences (positives comme négatives) de l’immigration dans un contexte de réduction de la population active dans les pays développés.

Point sur l’immigration

Avant toutes données économiques, il est important de se questionner sur l’immigration. L’OCDE donne pour principales motivations la volonté de « rejoindre leur famille, remédier à une pénurie de main-d’œuvre ou fuir un conflit », ce qu’on reverra plus tard.

Il existait, en 2023, deux routes principales : l’Amérique latine et la Méditerranée. Le niveau d’éducation des populations immigrées a augmenté au cours de la dernière décennie et, en 2022, leur taux d’emploi a atteint le plus haut niveau jamais enregistré à l’échelle de l’OCDE, selon l’organisation.

L’Amérique latine vers les États-Unis

Ce chemin s’explique par de nombreuses données, comme, historiquement, les programmes américains d’attraction de main-d’œuvre après la Seconde Guerre mondiale, mais également par les différentes crises économiques en Amérique latine, comme récemment au Mexique. S’ajoutent à cela les exils politiques d’Amérique centrale et des Caraïbes. 

La Méditerranée : le passage de l’Afrique vers l’Europe

Elle est la route centrale de l’immigration dans le monde. Considérée comme « la plus grande fosse commune du monde », du fait des plus de 32 000 morts et disparus depuis 2014 sur ce chemin (selon l’OIM), s’expliquant par de multiples facteurs, comme les bateaux sous-dimensionnés, mais également l’absence de voies légales ou encore la criminalité des passeurs.

Les différents types d’immigration

  • Immigration qualifiée : il s’agit des personnes ayant un niveau élevé de compétences et/ou de diplôme. Elles occupent généralement des emplois spécialisés dont le pays d’accueil manque.
  • Immigration peu qualifiée : ce sont les personnes ayant un faible niveau de qualification ou de diplôme. Elles viennent combler un manque de main-d’œuvre dans les secteurs peu qualifiés. 
  • Immigration étudiante : il s’agit d’une immigration temporaire des personnes venant étudier dans les pays d’accueil. Elle peut cependant mener à une immigration permanente. 
  • Immigration familiale : il s’agit des gens qui font le voyage dans un pays différent afin de rejoindre un membre de leur famille y habitant déjà. On parlera alors de regroupement familial, leur but étant la réunification. 
  • Immigration humanitaire : il s’agit des personnes cherchant une protection contre une violence dans leur pays d’origine, telle que les guerres, les persécutions ou les violences. Nous y retrouverons donc les réfugiés, les demandeurs d’asile et les personnes bénéficiant d’une protection internationale.
  • Immigration écologique (un nouveau type qui prend sens peu à peu et se démocratise de plus en plus) : il s’agit des personnes qui quittent leur pays dû au réchauffement climatique et au fait que leur environnement devient quasi impossible à habiter. Ces individus cherchent donc des conditions plus sûres, plus stables et plus vivables.

 

Il s’agit de tous ces types d’immigration qui justifient l’augmentation drastique du nombre de migrants dans le monde, entre 1970 et 2020. Comme il est possible de le voir dans le graphique ci-dessous, il y avait, en 2020, 281 millions de migrants, quand, en 1970, pas plus de 84 millions, selon le Département des affaires économiques et sociales des Nations unies. Cela s’explique également par la mondialisation, la croissance démographique mondiale, les inégalités.

Graphique portant sur le nombre de migrant dans le monde et leur présence dans la population mondiale

Mais alors, opportunité ou poids ?

Pour bien analyser l’impact économique de l’immigration sur nos sociétés, il est important de définir les principales régions d’accueil des migrants, mais aussi les pays qui ont le plus haut taux de migration. 

Alors, pour répondre à la première question, l’INED affirme que les régions les plus riches, dont certaines ont historiquement développé des politiques d’immigration (comme les États-Unis). Ensuite, les pays ayant le plus haut taux de migration sont ceux à revenu intermédiaire, les populations des pays les plus pauvres étant désincitées par les coûts de migration (mais pas seulement) et les pays les plus riches par la faiblesse des écarts de revenus avec les pays d’accueil.

Il existe également d’autres problèmes, comme les risques, les barrières administratives et les migrations step by step, les personnes migrant dans un premier pays « étape ». 

L’immigration : un poids

L’immigration est dans ce premier point de vue un poids pour nos sociétés. Dans une volonté de trouver du travail, les immigrés acceptent des salaires plus faibles et ne sont pas toujours déclarés, alors l’immigration baisse les salaires

De plus, l’immigration engendre un coût prohibitif pour les pays d’accueil, ce qui crée un impact sur la croissance. Selon l’Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID), l’immigration ne finance que 86 % de ce qu’elle coûte à l’État : une part importante des immigrés seraient inactifs ou percevraient des revenus faibles, alors l’État paierait plus qu’il ne reçoit et causerait donc ce déficit. Il est tout de même important de rappeler que l’OID est une source controversée, notamment à cause de son fondateur, Nicolas Pouvreau-Monti. 

Une nuance est cependant à noter…

Le coût prohibitif engendré par l’immigration n’est en réalité qu’un impact marginal (donc minime) tant sur la croissance que les salaires des natifs, selon l’ensemble des études empiriques effectuées, même si ces résultats restent fragiles à cause des mauvaises conditions de recherche. 

De plus, la baisse des salaires à cause de l’immigration est limitée. Effectivement, il existe en réalité très peu d’effet de substitutions. Les immigrés sont plus souvent concentrés dans des secteurs connaissant des difficultés de recrutement, ceux dont les natifs se détournent, comme le BTP ou les services de nettoyage. Alors, il n’y a pas forcément de concurrence avec les travailleurs natifs (Rapport de la Dares, 2021)

Ensuite, à qualifications égales, les migrants travaillent le plus souvent dans des métiers moins qualifiés et moins payés. L’immigration apporte de nouvelles compétences, plus de travailleurs et une croissance économique, ce qui nous amène donc aux opportunités pour nos sociétés. 

Pour finir, l’impact réel de l’immigration sur le marché du travail du pays cible est difficile à analyser : les immigrés sont très hétérogènes, leurs effets peuvent être à la fois positifs et négatifs, et il est compliqué d’isoler leur rôle de celui d’autres facteurs économiques. 

L’immigration : une opportunité

Alors, si l’immigration apporte des travailleurs, de la charge de travail et donc à terme de la croissance économique, elle soutient les populations vieillissantes (donc le vieillissement), augmente la consommation et occupe à la fois des emplois peu qualifiés et hautement qualifiés.

De plus, il existe plusieurs leviers pour préserver l’État-providence. Outre ceux de la hausse de l’endettement public et de l’augmentation de la part de la richesse socialisée, il y a la croissance forte et l’immigration, selon le think tank Terra Nova.

La croissance forte est donc déjà favorisée par cette immigration, tandis qu’elle est elle-même une solution pour remonter le taux d’actifs par rapport aux retraités. Ce qui peut être également effectué par des politiques natalistes, et qui marcherait uniquement sur le long terme, la contrepartie étant que les femmes devraient arrêter de travailler à court terme, ce qui serait donc moins efficace.

Ensuite, l’immigration offre un surplus d’innovation : il est possible de prendre notamment l’exemple de la Silicon Valley, qui s’est grandement développée avec elle grâce à des ingénieurs immigrés. Joséphine Goube, entrepreneuse française, allait même jusqu’à affirmer que « la moitié des entreprises de la Silicon Valley ont été créées par des immigrés ». Selon une étude citée par la banque régionale Federal Reserve Bank of Richmond, à l’échelle des États, une augmentation de 1 % des immigrants diplômés de l’enseignement supérieur est associée à une hausse de 9 % à 18 % des brevets par habitant. 

De plus, selon le NBER, la production de brevets des personnes immigrées est relativement plus élevée que la moyenne et leurs brevets sont en moyenne aussi influents.

Même si cela semble naturel, il n’est pas à oublier que les immigrés paient des impôts, des taxes et cotisent (pour les travailleurs), tout comme les natifs. Il existe également un phénomène de retour dans leur pays d’origine dès la retraite des personnes travaillant dans le pays d’accueil. Ce qui minimise encore plus leur poids sur les aides du pays d’accueil. 

L’immigration n’est ni une solution miracle ni un fardeau

L’immigration apparaît comme un phénomène complexe et il semble donc compliqué de faire rentrer ses effets économiques dans des oppositions binaires, telles que « poids » et « opportunité ». Si elle soulève légitimement des enjeux d’intégration, de cohésion, de justice sociale ou même d’inégalité, elle est également un moyen de renforcement de la vitalité économique des pays développés, sous certaines conditions. 

Elle n’est donc ni une solution miracle ni un fardeau, mais bien un phénomène humain structurel dépendant directement des choix politiques, économiques et sociaux. La Cour des comptes rappelle que les effets économiques de l’immigration dépendent fortement du profil des immigrés (niveau de qualification, âge, état sur le marché du travail, origine, type d’immigration, familiale, économique, humanitaire).

 

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