L’immigration : atout ou fardeau pour l’économie ? L’immigration : atout ou fardeau pour l’économie ?
En 2016, le nombre de réfugiés dans le monde a atteint 22,5 millions. Des crises migratoires ont lieu partout sur la planète : plus... L’immigration : atout ou fardeau pour l’économie ?

En 2016, le nombre de réfugiés dans le monde a atteint 22,5 millions. Des crises migratoires ont lieu partout sur la planète : plus de 1 million de personnes sont arrivées en Europe en 2015 et, par exemple, 750 000 Vénézuéliens en Colombie depuis le début de l’année 2018 selon l’État colombien.

Ces individus sont considérés comme des réfugiés économiques (ils migrent afin d’avoir des conditions de vie plus favorables) ou de guerre (afin de fuir un conflit). Au-delà de la dimension humanitaire et politique que pose la question de l’immigration, ce phénomène a ravivé l’intérêt des économistes quant aux implications de ces mouvements de populations sur l’économie. En effet, l’influence de l’immigration sur la croissance, les dépenses publiques ou le taux de chômage est une interrogation à laquelle la littérature économique peine à répondre. C’est également un sujet épineux qui divise la population : 50 % des Français pensaient en 2014 que l’immigration représentait davantage une menace qu’une opportunité (sondage de Transatlantic Trends on Immigration). Ici, il s’agira de déterminer les conditions dans lesquelles l’immigration peut s’avérer positive ou négative pour l’économie concernée.

 

L’immigration augmente-t-elle la dépense publique en vain ?

Nombreux sont ceux qui considèrent que l’immigration augmente la dépense publique sans que cela n’ait de conséquences positives sur l’économie. À leur arrivée, l’État doit en effet fournir aux migrants un logement, il doit les enregistrer, les nourrir : tout ceci engendre des coûts. D’un point de vue économique, cette dépense peut être négative. Dans le cas de la France, une augmentation de la dépense publique paraît compliquée au regard de la dette (presque 100 % du PIB), l’arrivée de migrants peut alors s’avérer être un fardeau pour une économie qui est déjà en difficulté.

Toutefois, cette dépense peut être l’équivalent d’une relance keynésienne, en cela que les migrants sont aussi des consommateurs dont le pouvoir d’achat peut contribuer à une reprise économique, par le canal de la demande globale.

Les prestations sociales sont aussi un volet des dépenses publiques. Ici, le résultat diffère selon le lieu. Alors que Barrett et McCarthy considèrent qu’au Royaume-Uni, les migrants sont peu dépendants des prestations sociales, l’étude réalisée par Chojnicki montre qu’en France, il y a une dépendance des migrants aux prestations sociales plus marquée dans la mesure où ils connaissent une exclusion plus forte du marché du travail.

L’immigration peut s’avérer être un remède au vieillissement de la population et ce d’autant plus dans les pays exigeant une solidarité intergénérationnelle comme c’est le cas en France. Dupont et Sterdyniak suggèrent que la part des retraites, de 13 % en 1997, passera à 20 % en 2040. Pour contrer ce phénomène, les migrants, à majorité jeunes, offrent une solution viable dans la mesure où ils contribuent au système en cotisant.

On prend souvent le cas des pays développés pour juger des tenants et des aboutissants de l’immigration, mais ce phénomène peut aussi être étudié sous l’angle des pays en développement. Le brain drain consiste en la fuite des cerveaux d’un pays en développement vers un pays développé : plus de 80 % des chercheurs nés au Vietnam ou encore au Cambodge résident aux États-Unis. L’État, qui a investi dans l’éducation de ces individus, subit alors un non-retour sur investissement qui peut peser sur les dépenses publiques.

 

L’immigration et son influence sur les salaires et l’emploi

Les salaires baissent-ils sitôt les migrants sur le marché du travail ?

Dans une perspective néo-classique, l’arrivée d’offre de travail (un choc d’offre) sur le marché du travail tend à faire baisser les salaires des résidents étant donné que la demande de travail reste fixe. Ainsi, on pourrait imputer à l’immigration la baisse des salaires et in fine une baisse du pouvoir d’achat se répercutant sur la demande globale.

Toutefois, trois raisons empêchent la diminution des salaires pour Edo et Rapoport dans leur rapport. En effet, les résidents et les immigrants n’ont pas les mêmes compétences et ne sont pas parfaitement substituables. Par exemple, le secteur de l’hôtellerie-restauration souffre d’une pénurie de main-d’œuvre par inadéquation de l’offre de travail, mais les immigrants ont peut-être ces compétences, leur arrivée ne risque donc pas de faire baisser les salaires des résidents puisqu’ils ne se dirigent pas vers ce secteur.

Par ailleurs, les immigrants se dirigent vers les secteurs porteurs, les secteurs qui embauchent, ce qui ne crée pas de pression sur les salaires.

La dernière raison provient des imperfections du marché du travail comme le salaire minimum ou les négociations syndicales, qui empêchent les salaires de s’ajuster à la baisse.

De manière empirique, Edo montre une nouvelle fois qu’à terme, les salaires ne sont pas influencés par l’immigration. En prenant l’exemple des rapatriés d’Algérie de 1962, il montre que les salaires baissent les premières années consécutives à l’arrivée de migrants, mais que cet effet se résorbe au bout de 15 ans. À long terme, l’immigration ne semble pas avoir d’effets sur les salaires.

 

L’immigration augmente-t-elle le chômage ?

L’exode de Mariel a lieu en 1980 et consiste en l’arrivée de Cubains en Floride. Selon D. Card, ce phénomène a suscité une hausse de deux points du taux de chômage, puis s’est résorbé en un an car l’augmentation de la quantité de travail a entraîné celle de la demande.

Avec cet exemple, l’auteur de ce rapport montre une nouvelle fois que l’arrivée de migrants génère dans l’immédiat une hausse du chômage, mais qu’à terme, cet indicateur retrouve son niveau initial.

On retrouve le mécanisme de relance déjà effectif pour la dépense publique : le flux d’individus participe de la relance économique par une hausse de la demande globale.

 

La croissance pâtit-elle de l’immigration ?

Ici aussi, l’effet est davantage positif que négatif, en témoigne le nombre conséquent d’innovations provenant d’immigrés ou d’enfants d’immigrés : Sergey Brin, le cofondateur de Google, est d’origine russe, le père de Steve Jobs était syrien…

De plus, alors que Donald Trump soulève l’idée de la création d’un mur séparant les États-Unis du Mexique afin d’empêcher les migrants d’entrer sur le sol américain, une analyse montre à quel point ce pourrait être négatif pour la croissance. Aguiar et Walmsley ont modélisé l’économie américaine si les migrants étaient renvoyés chez eux : le PIB subirait une baisse de 0,61 % si les Mexicains quittaient le pays du jour au lendemain. À l’inverse, ils montrent que la légalisation de l’immigration avec un contrôle aux frontières rapporterait 0,17 % de PIB, et qu’une légalisation sans contrôle rapporterait 0,53 % de PIB.

 

Conclusion

L’analyse des effets de l’immigration sur l’économie ne produit aucune théorie particulière qui viendrait s’appliquer chaque fois qu’un individu rejoindrait un autre pays. L’influence de ce phénomène doit être nuancée aussi bien dans l’espace que dans le temps. Dans l’espace tout d’abord : alors qu’en France, les migrants sont plus dépendants des aides sociales, cela n’est pas le cas au Royaume-Uni. Dans le temps, il existe un effet transitoire au départ, notamment sur le chômage, qui se résorbe peu à peu pour retrouver son niveau initial. Il s’agit donc de ne pas faire de généralités car l’impact de l’immigration doit être analysé dans son contexte, et non pas indépendamment du pays hôte.

 

Sources : 

CEPII, L’impact budgétaire de 30 ans d’immigration en France : (I) Une approche comptable (2018) 

A. Edo, L’immigration tire-t-elle les salaires et l’emploi vers le bas ? (2017) 

OCDE & OIT, La contribution des immigrants aux économies des pays en développement (2018) 

D. Card, The impact of the Mariel Boatlift on the Miami labor market (1990) 

CEPII, Migrations et salaires : le cas des rapatriés d’Algérie (2017)

H. Rapoport, Le brain drain et son incidence sur les pays en développement (2010)  

A. Aguiar et T. Walmsley, Economic Analysis of US immigration reforms (2009) 

X. Chojnicki, Les perspectives macroéconomiques d’une politique d’immigration active en France (2010) 

A. Barrett et Y. McCarthy, Immigrants and welfare programmes : exploring the interactions between immigrant characteristics, immigrant welfare dependence, and welfare policy (2008) 

G. Dupont et H. Sterdyniak, Quel avenir pour nos retraites ? (2000)

 

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Etienne Legarrec

Étudiant en première année à Audencia après 2 années d'ECE à caen et désormais rédacteur pour Major Prépa ( surtout en esh ).