Le bilan économique de Jacques Chirac Le bilan économique de Jacques Chirac
Le 26 septembre 2019, nous apprenions la mort de l’ancien président de la République Jacques Chirac. Au pouvoir pendant 12 années, c’est sous son... Le bilan économique de Jacques Chirac

Le 26 septembre 2019, nous apprenions la mort de l’ancien président de la République Jacques Chirac. Au pouvoir pendant 12 années, c’est sous son mandat que l’intégration européenne a franchi le plus grand pas, qu’une première grande réforme de la retraite a échoué, que les politiques publiques ont buté sur le mal français qu’est le chômage… Major-Prépa vous fait un bilan de l’héritage économique chiraquien en cinq minutes, introduction et conclusion comprises !

 

Jacques Chirac et l’Europe

Lorsqu’il accède au pouvoir, le traité de Maastricht est déjà signé depuis trois ans et la marche vers la zone euro a débuté. L’euro est mis en place (1999), le pacte de stabilité et de croissance est acté (1997) et la proposition de Constitution européenne est refusée par référendum (2005) : tous, sous sa présidence. Jamais le projet d’intégration européenne n’a autant avancé que sous ces douze années. Et pourtant, l’attitude laissait déjà présager les soucis que rencontre l’Europe actuellement : un PSC (Pacte de stabilité et de croissance) contraignant, un projet européen qui ne fait pas consensus du fait de sa complexité technocratique, une Europe d’abord financière, etc. Pour être éligible à l’euro, la lutte contre la fracture sociale est sacrifiée sur l’autel du PSC, sans que ceci empêche le gonflement de la dette (une augmentation de neuf points de pourcentage en 12 ans).

 

Jacques Chirac et le chômage

On revit sans doute le combat épique et interminable auquel se livrent Santiago et le marlin, dans l’œuvre d’Ernest Hemingway (Le vieil homme et la mer). Dès son entrée en politique en 1967, il est nommé secrétaire d’État aux problèmes de l’Emploi et crée l’ANPE, alors que le taux de chômage avoisine les 2 %. Mais le choc pétrolier et la fin des Trente Glorieuses font sortir le marlin de sa torpeur. Les politiques de stop and go déraillent et leurs applications ne sont jamais adaptées aux besoins du moment (le plan Fourcade de refroidissement à la place de la relance, le plan Mitterrand au lieu de la désinflation compétitive…).

Lorsqu’il est élu, il fait du chômage sa priorité, une lutte nationale. Le chômage, lui, est devenu structurel, culmine à 9,6 % et dépasse les 10,5 % en 1997. En 2007, il descend à 7,8 % grâce à la cohabitation avec Jospin et aux politiques de l’emploi pro-incitatives, une amélioration certes, mais le problème de fond n’est pas résolu (embauche de fonctionnaires, baisses d’impôts pour favoriser l’embauche, comme un CICE avant l’heure).

Pas de doute, le mandat chiraquien s’inscrit dans les décennies aveugles dont parle Philippe Askenazy. Pour le président, cet échec reste un « remords permanent ». Mais il n’est ni le premier ni le dernier à échouer face au chômage.

 

Jacques Chirac et la fracture sociale

L’expression est d’Emmanuel Todd, très impliqué dans le thème et inspirant le futur président. C’est même le thème de l’élection de 1995 et l’une des promesses du président. Dans ses discours de campagne, il avertissait sur la situation des Français en bas de l’échelle sociale : « Eh bien, le travailleur français sur le palier devient fou ». Promesses abandonnées quand les difficultés économiques pointent à l’horizon, avec notamment le PSC et la crise de 2001. La promesse de baisse de 30 % de l’impôt se convertit en une baisse d’à peine 20 %, principalement en faveur des plus aisés.

Autre terrain miné : Chirac se lance sur la réforme des retraites en proposant une réforme qui supprime les régimes spéciaux et revoit la sécurité sociale. Résultat : d’importantes manifestations font reculer le gouvernement, comme un mauvais présage à tous ceux ensuite qui tenteraient pareille réforme (l’actualité n’infirme pas ce fait). On constate aussi une hausse des inégalités et un acharnement à limiter les déficits et à contrôler les dépenses, mais son attachement aux paysans et sa volonté de réduire ces inégalités lui auront permis de conserver l’affection des Français.

 

Les prémices d’une nouvelle économie sous Chirac

Des discours et des symboles amenant à interprétation et espoir. Le 2 septembre 2002, il prononce un discours marquant : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs (…) Nous en sommes tous responsables », lançait-il, environ 30 ans après le rapport Meadows qui déjà avertissait sur les dangers d’une croissance matérielle infinie. Une sensibilisation trop peu suivie par des politiques volontaristes dans le sens du développement durable. Mais une avancée. Il appelait aussi à sortir de la mondialisation captive et effrénée pour remettre l’économie au service de l’humanité. Mais encore, sans action le lendemain, si ce n’est le passage aux 35 heures qui est plus l’œuvre d’Aubry.

 

Conclusion

Un bilan en tout point contrasté, mais loin d’être négatif. Pas d’échecs, mais pas de grandes réussites non plus. Pas le plus grand européen, le passage clé à l’euro se réalise sous son mandat sans que celui-ci prenne une couleur européenne du fait du référendum. La politique économique témoigne d’une hésitation, mais pas d’une indifférence, à voir son long combat contre le chômage. Volontaire, les objectifs n’ont pas tous été atteints ou alors ont été sacrifiés du fait de contraintes externes. Mais son sourire, son amour de la France et ses belles expressions ont permis à Jacques Chirac de devenir l’un des présidents préférés des Français.

 

Pour ces vacances d’automne, rappelons une phrase culte de Monsieur le Président Jacques Chirac, pouvant être un exemple à suivre par tous les préparationnaires : « J’aime manger des pommes ! ».

Fabien Mialon