Les défis de l’environnement comme bien collectif mondial  Les défis de l’environnement comme bien collectif mondial 
La nature des biens environnementaux conduit à une destruction de ce patrimoine ou/et à une surexploitation L’environnement est un bien collectif qui doit être... Les défis de l’environnement comme bien collectif mondial 

La nature des biens environnementaux conduit à une destruction de ce patrimoine ou/et à une surexploitation

L’environnement est un bien collectif qui doit être soumis à des externalités négatives.

L’environnement est à l’origine de comportements de passager clandestin, terme définit par Mancur Olson ce qui crée des situations d’externalités négatives à son encontre. Il s’agit d’une externalité qui transforme la nature du bien et s’accompagne aussi d’une dégradation de ce bien. Par exemple dans un espace montagnard, aucune rivalité possible. Toutefois, le fait de se rendre à la montagne peut avoir des effets de congestion qui peuvent exclure certains individus de ce bien (pression de l’immobilier avec l’afflux de touristes).

Ces ressources ont des caractéristiques qui font d’elles des biens collectifs selon l’appellation de Paul Samuelson, leurs usages sont dits non rivaux. Et ils sont non exclusifs.

De même, le changement climatique provoqué par les gaz à effets de serre génère des coûts qui ne sont pas pris en compte dans les indicateurs de croissance. En effet, la croissance ne fait pas mention des dégradations en termes de bien-être. C’est pourquoi en 2009, SEN, FITOUSSI et STIGLITZont été chargé de construire de nouveaux indicateurs intégrant la dimension environnementale et le bien-être des populations. De nouveaux indicateurs voient le jour : pollution, empreinte écologique, bilan carbone etc.

 

Le risque de surexploitation des biens communs

Dans le cas où le bien environnemental est commun, l’existence de rivalité peut conduire à la surexploitation de ce bien. Selon la thèse développée par HARDIN, une ressource en libre accès est soumise au risque d’épuisement. Les individus qui l’exploitent poursuivent la maximisation de leur profit. Si l’accès est libre, la tentation d’exploitation est bien présente. La surpêche dans certaines eaux du globe est ainsi un exemple précis de ce risque de surexploitation.

Garrett Hardin prend l’exemple d’un champ de fourrage commun à tout le village où chaque paysan amène toujours plus de bêtes pour profiter d’un maximum de fourrage. Il arrive un moment où le champ est une hardinmare boueuse dans laquelle les animaux ne peuvent plus se nourrir.

L’environnement comme bien collectif en libre accès est affecté par des dégradations et des destructions. L’empreinte énergétique évalue à 5 planètes les besoins en ressources si l’ensemble de la population dans le monde se comportait comme un Français et même 10 planètes si le monde vivait à l’Américaine. L’épuisement et la dégradation de la qualité des ressources doit être intégrée dans les modèles de croissance si l’on veut répondre à une problématique d’équité entre les populations et les générations.

Ces externalités doivent être internalisées pour que les agents qui les produisent en supportent les coûts.

 

Face à ce défi, la théorie économie propose des instruments d’intégration de la contrainte environnementale.

L’intervention étatique

L’hypothèse d’internalisation suppose que l’on soit capable d’attribuer une valeur aux biens environnementaux. La capacité d’évaluation des dommages est une des conditions de l’internalisation des externalités proposées par PIGOU (The Economics of Welfare). Par exemple il est possible d’établir une taxe dont le montant est égal aux coûts marginaux de dépollution. Cette taxe sera versée par le pollueur à la victime pour compenser la dégradation environnementale. Le choix de la taxe a été une solution envisagée au niveau mondial dans le protocole de Kyoto mais les USA ont été réticents à utiliser un instrument fiscal. Pourtant la taxe à l’avantage d’offrir une lutte efficace puisqu’elle affecte les pollutions résiduelles, ce que la norme ne fait pas. En effet les pollueurs ne dépolluent que jusqu’à la norme, pas au-delà.

Toutefois du point de vue global, la taxe pose le problème de l’espace sur lequel elle s’applique. Si elle est limitée à quelques pays, des mécanismes de dumping écologique peuvent se produire avec des fuites de carbone vers les pays où la taxe sera moins contraignante.

Aussi autre limite de la taxation, consiste à affirmer que le pollueur payeur peut ne pas renoncer à la pollution en payant. Cela peut ainsi le dédouaner.

Ainsi certains économistes préconisent de recourir au calcul d’actualisation et d’y incorporer les coûts environnements. C’est le cas notamment de Nicholas Stern dans son rapport de 2006 sur le changement climatique.

 

Le recours au marché

Cette solution a été présenté par COASE en 1960 (The Problem of Social Cost) : un marché des droits à polluer se met en place. Il s’agit d’un système d’échange une fois répartis entre les agents. Face à la tragédie des biens communs, on peut recourir à la privatisation : on donne un droit de propriété sur la ressource privée et on incite à gérer de manière rationnelle le stock. L’objectif est ainsi de responsabiliser les entreprises. Cette mesure nécessite l’intervention de l’état avec la sanctuarisation et la mise en place de quotas.

Depuis 1990 aux Etats-Unis, la loi sur l’air de 1970 (Clean Air Act) comprend un système de permis négociables. En 1995 est également créé un marché du soufre dont l’efficacité semble indéniable, les émissions de dioxyde de soufre ont diminué, permettant une nette réduction des pluies acides. En 2005, un marché de carbone a été créé au sein de l’Union Européenne, dans le cadre du protocole de Kyoto. L’offre est contrôlée par la puissance publique. Des quotas d’émissions sont distribués gratuitement aux entreprises en fonction de leur émission historique. Dès lors, les quotas sont échangés sur le marché.

Il existe également la possibilité de mettre en place une gestion par les acteurs locaux. Elinor Ostrom dans Governing the Commons (1990) parle de la gestion des ressources par les acteurs locaux à travers des normes sociales et des arrangements institutionnels. Les communautés parviennent à gérer durablement les ressources en créant des institutions à petite échelle bien adaptées aux conditions locales.

Aujourd’hui, si la finance fournit la plupart des capitaux aux activités nuisibles à l’environnement, elle est sûrement la plus à même de financer les projets innovant pour sauver l’environnement, il faudrait ainsi procéder à une « climatisation de la finance » pour Etienne EspagneMark Carney (gouverneur de la banque d’Angleterre de 2013 à 2020) dans son discours au Lloyd’s de Londres a souligné les risques et les dangers qu’avaient fait encourir la finance à l’environnement au travers des investissements aux horizons de court terme. Il déplore ainsi la « tragédie des horizons », les investissements de long terme environnementaux sont délaissés au profit du court terme et de sa forte rémunération. L’une de ses recommandations et de développer les procédés institutionnels plus incitatifs pour permettre à la finance d’orienter les investissements vers les enjeux environnementaux.

Le changement climatique n’étant pas un risque privé mais bien un risque systémique, il faudrait une fièvre régulatrice pour mettre en place des outils financiers assurant une hausse des investissements « bas carbone ».

 

La préservation de l’environnement est-elle compatible avec la croissance et jusqu’à quel point ?

La soutenabilité faible perçoit l’environnement comme une contrainte qui peut être intégrée à l’activité économique et qui permet de soutenir la croissance

Nous pouvons connaître une croissance durable parce qu’on est capable de maintenir constant le capital total (naturel, technique et humain). Les biens environnementaux sont potentiellement substituables avec d’autres formes de ressources grâce au progrès technique, nous pouvons substituer des ressources manufacturées aux ressources naturelles qui permettrait de compenser la disparition des ressources naturelles. Une croissance verte est possible, ce qui veut dire qu’on peut indemniser les générations futures. Cette approche est assez optimiste et repose sur l’idée qu’une ressource naturelle est une ressource qui peut être réparée.

La gestion optimale des ressources est un problème économique d’allocation intertemporelle des ressources. Harold Hotelling dans « The economics of exhaustible resources » (1931) prend l’exemple d’une ressource minière dont le stock disponible est fini et connu, le problème de son extraction se résume à un arbitrage entre présent et futur. Il en va de même avec les ressources environnementales : à mesure qu’elle se réduit, son prix doit augmenter. Il s’agit de la règle de Hotelling.

 

La conception de la soutenabilité forte

C’est au contraire l’économie qui doit être intégrée à la régulation écologique. L’environnement est une priorité absolue. L’activité économique est ouverte sur l’environnement. Il n’y aurait pas de substituabilité stricte entre le capital naturel et manufacturé. L’exploitation du capital mène inéluctablement à une disparition des biens.

Herman Daly, Beyond Growth : The Economics of Sustainable Development 1996 précise qu’il faut maintenir constant le stock de capital naturel. Le développement soutenable est alors défini comme le développement maximal qui peut être atteint sans diminuer le stock de capital naturel. Elle suppose des taux de croissance économique et démographique nuls.

L’exploitation du capital naturel est soumise à des seuils d’irréversibilité. C’est une remise en cause de la capacité de l’homme à trouver une croissance verte. Cette approche est donc davantage pessimiste : ils en appellent à une décroissance (Serge Latouche). Ces théories partent d’une critique de la logique productiviste du système. Cette croissance n’amène pas au bien-être. La population s’enrichit mais on oublie de déduire les couts de la dégradation de la qualité de vie, les dépenses de compensations et de réparation nécessaire. La décroissance ne serait pas la croissance négative mais c’est surtout un changement radical des modes de vie. L’économie de la décroissance appelle à une société de la décroissance : changement des mentalités parce que le profit et la concurrence ne peuvent plus être aux fondements du système. Il faut sortir de la domination de l’économie. L’efficience productiviste est une dérive excessive. La consommation ne serait pas épanouissante.

Edouard Martin

Etudiant à HEC Paris après 2 ans de prepa ECE à Danielou puis une troisième année à Franklin.