ECONAT’ – Le Vietnam : nouvel atelier du monde ? ECONAT’ – Le Vietnam : nouvel atelier du monde ?
“L’atelier du monde” est un surnom ordinairement associé à la Chine. La croissance y est toutefois de moins en moins virulente et le développement... ECONAT’ – Le Vietnam : nouvel atelier du monde ?

“L’atelier du monde” est un surnom ordinairement associé à la Chine. La croissance y est toutefois de moins en moins virulente et le développement de la classe moyenne tend à effacer l’avantage comparatif issu de la faiblesse des salaires. Le Vietnam apparaît alors comme une alternative pour les entreprises cherchant à minimiser les coûts de productions, d’autant qu’il regorge de ressources. Le pays surnommé par l’historien Hubbinger ” Le Petit Dragon” (en référence à la Chine) connait déjà une croissance annuelle moyenne de 5.5% depuis 1990 et la COFACE ( Compagnie Française d’Assurance pour le Commerce Extérieur) estime qu’elle sera de 6.5% en 2018,  à quoi est-ce dû? Le Vietnam est il prochain eldorado des multinationales ?

 

 

L’ouverture croissante de son économie

Le Vietnam a démultiplié les adhésions aux différents traités commerciaux régionaux et internationaux. Tout d’abord, le pays adhère à l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) en 1995, puis à l’APEC (Coopération Economique Asie-Pacifique) et rejoint l’organisation mondiale du commerce en 2007, entérinant ainsi sa pleine insertion dans le commerce mondial. Cette stratégie s’apparente à celle qu’avait utilisé la Chine, à savoir l’industrialisation par promotion des exportations : accroître l’ouverture afin d’augmenter les exportations et l’arrivée d’IDE. Enfin, son adhésion au Partenariat Transpacifique pourrait dynamiser les échanges avec le Japon par exemple.

Cette promotion des exportations s’accompagne d’un accueil des IDE. En 2012, 50% du PIB industriel est produit par des firmes étrangères, qui contribuent in fine à l’essor des exportations. Par ailleurs, les exportations ne sont pas dépendantes du voisin Chinois. En effet, même si le Vietnam exporte vers ce pays (à hauteur de 14.5 milliards de $ en 2014), ses principaux partenaires sont les Etats Unis et l’Europe (à hauteur de 56.4 milliards de $ en 2014). D’autant plus que le Vietnam pourrait profiter de l’escalade protectionniste sino-américaine, les entreprises préférant s’implanter au Vietnam pour contourner les taxes. 

Rappelons enfin que tout ce processus fut facilité par la large façade maritime (3.200 kilomètres de côtes) et des nombreux ports dont dispose le Vietnam.

 

 

Des secteurs porteurs

Le pays a assis son développement sur les ressources naturelles dont il dispose : il est le deuxième exportateur mondial de café et le troisième exportateur mondial de riz. Son secteur primaire est toutefois de plus en plus en retrait (17% du PIB)

Ce retrait s’effectue au profit de l’industrie (39% du PIB). D’abord dépendant des exportations de matières premières, le Vietnam modifie progressivement sa spécialisation pour s’orienter vers le secteur manufacturier puis plus récemment, vers les télécommunications. Cette dernière orientation provient du transfert de technologie issu des IDE, qui permet au pays de fabriquer des produits plus sophistiqués. La stratégie d’ouverture permet ainsi au Vietnam de modifier sa spécialisation et d’enclencher une nouvelle étape de son développement.

 

 

Une main d’oeuvre attrayante

Le Vietnam dispose d’un vivier d’actifs, et particulièrement de jeunes actifs (56% de la population a moins de 30 ans). Cette main d’oeuvre est qualifiée puisque le taux d’alphabétisation dépasse les 93% et elle est d’autant plus attractive, que son coût est faible ! L’exemple de Samsung illustre l’attractivité de l’économie vietnamienne. L’entreprise a transféré une partie de sa production de téléphone de la Chine vers le Vietnam, ce qui est en partie dû au coût de la main d’oeuvre : de 456$ à Beijing, le coût salarial passe à 145$ par mois à Hanoï. Tout ceci est à l’origine de la faiblesse d’un taux de chômage qui s’élève à 2.1% en 2017.

 

 

Tout n’est pas parfait

Le Vietnam occupe depuis cette année la 68ème place du classement Doing Business qui mesure la qualité de l’environnement des affaires, une hausse de 14 places par rapport à l’année précédente. Mais des chantiers restent à mener. Les procédures pour entreprendre au Vietnam sont fastidieuses, obtenir un permis de construire prend 110 jours, l’accès à électricité est un chemin de croix … Tout ceci s’accompagne d’une gouvernance qui constitue un repoussoir au regard du haut niveau de corruption et de collusion entre le Parti Communiste et les entreprises nationales. Ce “capitalisme de connivence” peut engendrer des aléas moraux, notamment lorsque l’Etat fournit une garantie implicite aux banques. Celles-ci financent des investissements risqués mais lorsque la situation se retourne, l’Etat n’est pas en mesure de les soutenir et cela accélère la récession. C’est ce qui arriva à la Thaïlande en 1997.

Le pays fait également face à une dette publique croissante : elle devrait atteindre 63.6% du PIB en 2018 selon la COFACE. Cette dette augmente alors que le pays est en déficit d’infrastructures de transport et d’énergie. Le Vietnam cherche alors des solutions pour dégager une marge de manœuvre, et cela passe par un programme de privatisation des entreprises publiques et une hausse des taxes (sur le tabac notamment).

 

Même si les réserves de change du Vietnam ont atteint en 2017 un seuil lui permettant de couvrir ses importations sur 3 mois, la politique monétaire menée par la FED fait planer une menace sur la Dong vietnamienne. En effet, dans le cas d’un resserrement des taux US (ce qui se passe aujourd’hui), les capitaux, par aversion pour le risque, seront tentés de rejoindre les USA. Afin d’éviter cette situation, la banque centrale du Vietnam devra alors remonter ses taux d’intérêt, ce qui renchérit le service de la dette. On observe alors ce qu’H. Rey mettait en avant à Jackson Hole en 2013 : la politique monétaire de la FED contraint le reste du monde. Rey en conclut qu’indépendamment du régime de change, la liberté de circulation des capitaux génère une perte de la souveraineté. Cette analyse plébiscite ainsi le contrôle des capitaux et remet en cause le triangle de Mundell (Dilemma not a trilemma : the global financial cycle and monetary policy independance, 2013).

 

 

Résumé :

Le Vietnam connait une croissance rapide grâce à son ouverture internationale inspirée de l’expérience Chinoise (le vol d’oie sauvage). D’abord appuyé sur ses ressources, le développement du pays s’établit désormais sur l’exportation de produit manufacturés et de télécommunications. Cette spécialisation provient du transfert de technologie issu des IDE. Les entreprises rejoignent le Vietnam en raison d’une main d’oeuvre qualifiée et peu cher, au détriment de la Chine notamment.

Toutefois, le développement du Vietnam repose sur un climat des affaires entaché par la corruption et par la difficulté que les entreprises ont à s’y développer. Pour y remédier, il faudra investir notamment dans les infrastructures, ce qui semble aujourd’hui compliqué au regard du niveau de la dette. Or celui-ci tend à s’accroître à cause du resserrement des taux d’intérêt, lié à la fin de la politique monétaire accommodante aux Etats-Unis. Ainsi, même si le développement du Vietnam ne semble pouvoir être brusquement freiné, mener des réformes structurelles permettrait de rendre la croissance plus pérenne.

 

 

Sources :

Coface, Vietnam / Etudes économiques

Direction générale du Trésor, Vietnam

CEPII, Vietnam : Le choix de l’internationalisation

France diplomatie, Présentation du Vietnam

 

 

 

Etienne Legarrec

Étudiant en première année à Audencia après 2 années d'ECE à caen et désormais rédacteur pour Major Prépa ( surtout en esh ).