ESH : méthodologie de l’introduction ESH : méthodologie de l’introduction
L’introduction est sûrement la partie la plus importante d’une copie d’ESH : elle joue un rôle décisif dans l’attribution de la note finale. Il... ESH : méthodologie de l’introduction

L’introduction est sûrement la partie la plus importante d’une copie d’ESH : elle joue un rôle décisif dans l’attribution de la note finale. Il est donc primordial de bien en maîtriser la méthode et d’y apporter le plus grand soin le jour J. Vous trouverez dans cet article une méthode détaillée pour construire une introduction, ainsi qu’un exemple rédigé.

 

 

Quelques remarques générales

Le but d’une introduction est, tout d’abord, de montrer au correcteur, que vous avez compris le sujet. Ne perdez surtout pas cela de vue. Pensez aussi à être clair : on doit comprendre aisément où vous voulez en venir. Mieux vaut donc en dire trop, que de laisser planer le doute sur votre bonne compréhension du sujet.

Faut-il rédiger son introduction au brouillon ? Non, cela risquerait de vous faire perdre trop temps, mais une analyse détaillée du sujet est nécessaire avant de commencer à rédiger.

Quelle longueur doit-elle faire ? Comme votre introduction sera probablement lue avec plus d’attention que le reste de la copie, elle doit fournir un grand nombre d’informations. Elle doit donc être assez longue. J’avais l’habitude de faire entre une page et demi et deux pages.

Où faut-il revenir à la ligne ? Pour monter la cohérence de votre introduction, évitez de revenir à la ligne à chaque nouvelle étape. Je vous conseille tout de même de le faire avant l’annonce du plan, afin de la mettre en valeur.

 

L’accroche

C’est sûrement la partie de l’introduction, à laquelle il est le plus difficile de se préparer. Elle demande une bonne connaissance de l’histoire et de l’actualité économique. C’est pourquoi il est important de lire régulièrement la presse économique (ce qui vous fournira aussi des exemples pour étoffer votre développement). Vous pouvez également apprendre quelques citations d’économistes ou d’hommes politiques, que vous pensez raisonnablement pouvoir retenir.

Votre accroche peut donc s’appuyer sur :

  • un fait historique 

Exemple : l’échec de la stratégie de Lisbonne, qui prévoyait de faire de l’Union Européenne “l’économie de la connaissance la plus dynamique et la plus compétitive du monde” en allouant notamment 3% du PIB de l’UE à la R&D convient à un sujet sur l’innovation.

  • un fait d’actualité

Exemple : pour un sujet sur le protectionnisme vous pouvez parler de la décision de l’Inde d’augmenter ses droits de douane en 2018, les portant ainsi à leur niveau le plus haut depuis 30 ans (plus original qu’une accroche sur Trump !)

  • une citation 

Exemple : l’affirmation de Mitterrand en 1993 “Dans la lutte contre le chômage on a tout essayé” pour un sujet sur l’emploi.

A l’approche des concours, vous pouvez préparer des accroches pour les sujets les plus probables. Mais, si vous n’êtes pas très inspiré le jour J, n’oubliez pas que l’un des objectifs de l’accroche est encore une fois de montrer votre bonne compréhension des enjeux du sujet. Donc, mieux vaut une accroche pas très originale mais bien en lien avec le sujet, que d’essayer de raccrocher maladroitement une belle accroche, préparée à l’avance, à un sujet qui ne s’y prête pas.

 

La définition des termes du sujet

C’est peut-être la partie la plus importante de l’introduction. Elle vous évitera de partir sur un hors-sujet et pourra parfois vous fournir des pistes de réflexion pour la problématique. Donc, n’hésitez pas à entrer dans le détail, à faire des distinctions et à illustrer vos propos. Par exemple, si vous êtes amené à définir “politique monétaire”, ne vous contentez pas d’en donner une brève définition, mais intéressez vous aussi à ses moyens et à ses objectifs. Il ne faut pas forcément recopier “bêtement” une définition apprise par cœur, pensez aussi à l’adapter aux enjeux du sujets, en insistant sur certains aspects plutôt que d’autres. Par exemple, pour expliquer ce qu’est la mondialisation vous parlerez davantage de la croissance des flux de marchandises, des flux de capitaux ou des flux migratoires en fonction de l’intitulé du sujet. Cela permet encore une fois de montrer que vous avez bien saisi quels seront les enjeux majeurs de cette dissertation.

Normalement il ne vous reste plus qu’à rédiger ces définitions de manière élégante, car vous y avez déjà réfléchi, au brouillon, lors de l’analyse des termes du sujet.

 

La problématisation et la problématique

Pour trouver une problématique adaptée, je vous renvoie à cet article. Ici, je vous expliquerai comment l’amener.

C’est le moment d’informer brièvement le correcteur sur ce qu’il trouvera dans votre copie. Il faut donc faire une liste exhaustive des grands enjeux du sujets, que vous pouvez illustrer rapidement par des exemples puisés dans l’histoire ou dans l’actualité. Vous devez en quelque sorte montrer en quoi le sujet est intéressant. Pour ce faire, vous pouvez légitimer la question posée en mentionnant les événements qui ont eu lieu par le passé ou qui risquent de se produire auxquelles elle fait écho. Par exemple, le sujet ESSEC 2018 sur la réversibilité de la mondialisation doit être mis en lien avec le repli protectionniste des années 1930 et la politique douanière de Donald Trump d’aujourd’hui. Mais, certains sujets ont un rapport beaucoup moins direct avec l’actualité, comme celui d’HEC 2018 (“En vous plaçant dans une perspective historique (depuis le XIXème siècle), vous répondrez à la question suivante : Peut-on affirmer comme Paul Michael Romer en 1986 que “Les taux de croissance semblent être croissants non seulement en fonction du temps mais aussi en fonction du degré de développement ?”). Dans ce cas, il vous faut insister davantage sur les débats théoriques qui existent autour de question. Pour ce sujet, il faudrait mentionner dès l’introduction le modèle de Solow, selon lequel le taux de croissance par tête des pays développés, ayant atteint l’état stationnaire, est nécessairement nul, et parler bien-sûr des théories de la croissance endogène.

Il peut-être parfois tentant d’exposer ce raisonnement sous la forme d’une multitude de questions, mais il s’agit d’une une dissertation d’ESH, pas de Culture Générale. Préférez donc la forme affirmative et l’utilisation du conditionnel. Une fois la retranscription de votre raisonnement terminée, il ne vous reste plus qu’à recopier votre problématique, préalablement rédigée au brouillon.

 

L’annonce du plan

Là, votre principal objectif doit être de viser le maximum de clarté. N’hésitez donc pas à y consacrer du temps pour être à la fois le plus clair et le plus concis possible. Il faut veiller, cependant, à ne pas être trop lourd, donc évitez des formulations telles que “dans une première partie nous verrons que…”. Vous pouvez utiliser des connecteurs logiques tels que “Tout d’abord…ensuite/mais/cependant…finalement/par conséquent”. Si vous avez peur que l’on distingue pas bien vos différentes partie, vous pouvez mentionner leur numéro entre parenthèses.

En terme de contenu, normalement, vous avez déjà soulevé les principaux enjeux du sujet en définissant les termes et en le problématisant. L’annonce du plan doit donc presque prendre la forme d’un résumé de votre introduction.

Dans l’idéal, il faut relire l’ensemble de votre copie le jour du concours. Si jamais vous être pris par le temps, forcez vous à terminer de rédiger dans un délai vous permettant de relire au moins votre introduction. N’hésitez pas à écrire des introductions pour vous entraîner, et à les faire relire par votre professeur, si cela est possible. Vous pouvez aussi vous inspirer des copies de rapport de jury, dont les introductions sont souvent très percutantes.

 

Un exemple d’introduction rédigé

Voici ce à quoi pouvait ressembler une introduction pour le sujet ESCP Europe 2018 (“Doit-on considérer que la désindustrialisation est un processus inéluctable dans un pays développé ?”). Celle-ci est tirée d’une copie de concours notée 19.

“L’an dernier, l’Etat français a choisi de prendre le contrôle d’une partie du capital des chantiers de l’Atlantique, afin d’éviter que cette entreprise, qui constitue l’un des derniers héritages du conglomérat à la française, ne passe sous contrôle étranger. Mais n’est il pas vain de vouloir sauver les restes de l’industrie française, dans la mesure où la désindustrialisation semble aujourd’hui inéluctable dans les pays développés ? Si au XIXe siècle et au début du XXe siècle, le Royaume Uni, la France, l’Allemagne, les Etats Unis et le Japon étaient les cinq premières puissances industrielles, la situation a bien changé depuis. Le poids du secteur secondaire dans les emplois et la valeur ajoutée a sensiblement diminué dans les pays développés, et ce jusqu’à atteindre des taux inférieurs à 20% du PIB en France et au Royaume-Uni. D’autre part, ces emplois industriels semblent avoir été transférés vers les pays en développement, ce qui valu à la Chine le surnom d'”atelier du monde”. Dès lors, le renforcement de la concurrence internationale avec la mondialisation rendrait la désindustrialisation inéluctable dans les pays développés, car les coûts de main d’oeuvre y sont plus élevés qu’ailleurs . Cependant, ce différentiel de coûts de production, n’est sûrement  pas la seule cause de la désindustrialisation des pays du Nord : c’est aussi une conséquence du processus de croissance. En effet, une croissance forte entraîne une réduction mécanique du poids du secteur secondaire dans l’économie au profit des services. Des disparités sont, néanmoins, observables entre les pays développés, qui ne sont pas tous autant touchés par la désindustrialisation. A titre d’exemple, le déclin de l’industrie est aujourd’hui bien plus net en France qu’Outre-Rhin. Ce constat peut faire douter du caractère inéluctable de la désindustrialisation dans les pays développés. Celle-ci pourrait-elle donc être évitée?

Dans la mesure où elle est une conséquence de la croissance économique et de la concurrence internationale, le déclin de l’industrie semble inéluctable pour les pays développés (I). Mais, souvent surestimée, la désindustrialisation révélerait en fait d’un choix (II). Faudrait-il donc choisir de lutter contre ce processus? (III)”

 

Claire Laurent