Géopolitique des catastrophes naturelles Géopolitique des catastrophes naturelles
Le 14 septembre dernier, cinq ouragans frappaient l’Atlantique Nord. C’est une première depuis 1971, alors que la tempête Sally a notamment provoqué de fortes... Géopolitique des catastrophes naturelles

Le 14 septembre dernier, cinq ouragans frappaient l’Atlantique Nord. C’est une première depuis 1971, alors que la tempête Sally a notamment provoqué de fortes inondations dans le golfe du Mexique. Cet événement illustre une thèse de la communauté scientifique toujours plus unanime : une hausse de la fréquence et de l’intensité des catastrophes naturelles est à prévoir d’ici la fin du siècle. Et pour cause, le réchauffement climatique bouleverse l’équilibre des écosystèmes. Mais ces bouleversements météorologiques sont loin d’être sans conséquence sur l’équilibre géopolitique des régions touchées. Voici quelques clés pour comprendre les conséquences géopolitiques des catastrophes naturelles.

catastrophes naturelles

 

L’industrialisation, catalyseur des catastrophes naturelles ?

Bien sûr, ces drames naturels ne datent pas d’hier. Pourtant, force est de constater que depuis l’avènement des révolutions industrielles au tournant du XIXe siècle, les catastrophes naturelles sont plus dévastatrices. Pourquoi ? Car les risques se sont depuis multipliés. Ils résultent du fait de l’industrialisation, de l’urbanisation ou encore de la mondialisation. Ces risques résultent de la combinaison entre un aléa (séisme, raz-de-marée…) et une vulnérabilité (enjeu humain, enjeu économique…).

C’est pourquoi les pertes économiques dues aux catastrophes naturelles dans le monde sont depuis quelques années en forte hausse. D’après Swiss Re, les dommages économiques totaux s’élevaient à 337 milliards de dollars en 2017 contre 95 milliards en 2015. Ainsi, de par les flux, les migrations et le réchauffement climatique qu’elle implique, la mondialisation économique a entraîné une multiplication des catastrophes naturelles, qui viennent d’ailleurs la fragiliser en retour. On rejoint ici la thèse développée par Patrick Artus et Marie-Paule Virard dans Globalisation, le pire est à venir. Dès 2008, les auteurs alertaient sur les coûts sociaux et environnementaux de la mondialisation. Ces coûts concernaient notamment ceux de la course aux ressources qu’elle implique.

 

Une menace géopolitique croissante

Mais au-delà des conséquences sur l’économie mondiale, ces catastrophes naturelles laissent craindre des bouleversements géopolitiques. Bien entendu, elles désorganisent une région voire tout un pays, pour qui il est parfois difficile de se relever, à l’image de l’ouragan Katrina de 2005. Il a fait de la Nouvelle-Orléans et de la Louisiane des États meurtris et appauvris, avec 108 milliards de dollars de dommages. Aujourd’hui, les conséquences des inondations sont encore palpables.

À l’échelle internationale, le tsunami au Japon en 2011 a été d’un retentissement mondial. Conséquence d’un séisme dans le Pacifique, il a entraîné l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima. Dès lors, c’est tout le modèle énergétique du Japon (et plus généralement le nucléaire) qui a été pointé du doigt. L’explosion de la centrale a laissé des traces et a pu mener à une prise de conscience. Ainsi, quelques mois à peine après l’accident japonais, l’Allemagne annonçait vouloir sortir du nucléaire civil d’ici à 2022. Un objectif ambitieux qui est aujourd’hui loin d’être atteint. En effet, la transition énergétique escomptée ne s’avère finalement qu’être un retour en force du charbon.

 

Une inégalité nord-sud ?

En effet, ce sont les pays émergents qui demeurent les plus sévèrement touchés. Cela peut s’expliquer par leur géographie (climat souvent plus imprévisible et inhospitalier) et leur plus grande vulnérabilité (infrastructures peu adaptées et réglementées, population plus exposée…). Par exemple, deux séismes de magnitude comparable ont eu lieu en 2010 à Haïti et au Japon. Tous deux étaient d’une magnitude de 7,3 sur l’échelle de Richter. Pourtant, le tremblement de terre à Okinawa n’a fait aucun mort ni aucun dégât matériel important. À l’inverse, celui à Haïti a fait plus de 230 000 morts et 220 000 blessés. Ainsi, tous les États ne sont pas égaux face aux potentielles catastrophes naturelles. Il s’instaure alors des rapports de force complexes à l’échelle internationale.

 

Une aide souvent ambiguë

Une aide de la part des États

Ces rapports de force se retrouvent également chez les différents acteurs impliqués au lendemain d’une catastrophe naturelle. Comme lorsque les États viennent en aide à d’autres grâce à une aide humanitaire, les catastrophes naturelles (et les défis qu’elles impliquent) sont un moyen pour les puissances de s’affirmer. Cette aide d’urgence constitue pour elles une vitrine de leur influence. C’est le cas de la Chine en 2004 au lendemain du tsunami au large de Sumatra (dans l’océan Indien). Dès l’annonce de la tragédie, elle lève 60 millions de dollars d’aide financière et envoie plusieurs contingents de soignants. Cette aide permet aussi aux puissances de s’implanter durablement dans les régions sinistrées, tout en y développant un soft power important.

Toutefois, cette aide est parfois mal perçue : qualifiée d’ingérence, certains pays la refusent. Comme lorsque l’Inde décline l’aide de la communauté internationale au sortir de ce même tsunami, afin de valoriser son image de puissance émergente indépendante. Les catastrophes naturelles s’avèrent donc être au cœur du jeu des puissances, en ce qu’elles constituent une opportunité de montrer les muscles. C’est de fait un catalyseur de tensions, même si la communauté internationale parvient le plus souvent à organiser les actions de chacune des puissances, comme lors de l’intervention coordonnée du G7 pour lutter contre les feux en Amazonie à l’été 2019.

 

Des aides privées ou non gouvernementales

Mais les États sont loin d’être les seuls à jouer un rôle dans la géopolitique des catastrophes naturelles. Les fonds et le soutien humanitaire sont ainsi pour la plupart d’origine privée ou non gouvernementale, tant de nombreuses ONG et entreprises viennent en aide aux régions sinistrées. Parmi elles, on peut souligner le rôle essentiel de Plan International, une ONG française qui est notamment intervenue au Népal en 2015 après un séisme dévastateur. Depuis, elle est parvenue à lever près de 26 millions d’euros et a pu mener diverses actions afin de rétablir l’accès à l’éducation des enfants victimes du tremblement de terre. On le voit, les catastrophes naturelles n’impliquent pas seulement les grandes puissances, mais également de plus petits acteurs qui ont un rôle crucial dans la reconstruction.

 

Les migrants climatiques

Enfin, une dernière conséquence géopolitique notable de ces catastrophes naturelles est les flux de déplacés qu’elles entraînent. Il s’agit des personnes obligées de quitter la région ou le pays qu’elles habitent, suite à la dégradation de leur environnement ou à des catastrophes naturelles liées au dérèglement climatique. Qu’ils franchissent une frontière ou non, ces réfugiés constituent une double peine pour le pays sinistré. En effet, ils désorganisent d’autres régions pourtant épargnées et impliquent une autre urgence humanitaire.

Mais au-delà de ce désordre intérieur, ces flux sont une problématique mondiale qui tend à bouleverser les équilibres géopolitiques. De fait, l’ONU estime que ces migrants climatiques seront un milliard d’ici à 2050. Le climat deviendrait dès lors la cause principale de migration. Les États pourront-ils faire face à cet afflux de migrants, alors que la situation actuelle est déjà très complexe ? Dans son ouvrage Atlas des migrations, Catherine Wihtol de Wenden relate les mutations à venir du système migratoire mondial. Elle considère le climat comme l’un des nombreux bouleversements à venir, qui mettra les États face aux limites de leur politique migratoire.

 

Conclusion

Ainsi, on l’a vu, le réchauffement climatique devrait mener à une multiplication des catastrophes naturelles, dangereuse pour l’équilibre géopolitique. Entre la hausse des flux migratoires, la fragilisation des zones sinistrées ou encore les jeux d’influence entre les puissances, les conséquences géopolitiques des catastrophes naturelles sont bien difficiles à prévoir. Une chose est sûre, le réchauffement climatique implique une nouvelle donne inédite dans les rapports de force mondiaux, et c’est l’équilibre géopolitique dans son ensemble qui est menacé.

Ainsi, il est intéressant de garder un œil sur les catastrophes naturelles qui ont lieu à travers le monde. La réaction des pays sinistrés, de la communauté internationale ou encore des ONG, et les rapports de force internationaux qui en découlent sont autant de clés de lecture essentielles en géopolitique. Sans compter que les exemples que ces catastrophes fournissent sont intéressants et originaux, précieux pour sortir son épingle du jeu en dissertation ! Pour savoir comment aborder cette épreuve aux concours, n’hésite pas à lire notre article à ce sujet !

Hugo Meesemaecker