La coopération internationale en matière de santé n’a cessé d’être bousculée depuis quelques années. La crise Covid l’a poussée dans ses derniers retranchements. Les coups de boutoir de Donad Trump contre l’OMS sont également un sujet d’inquiétude majeur. Cet article propose d’explorer comment les mécanismes de coopération – bilatéraux, multilatéraux et partenariats public-privé – peuvent être repensés à l’aune des défis actuels.
Coopération internationale en matière de santé : concepts à connaître
Concepts
Santé (selon l’OMS) : un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité.
Pandémie : épidémie qui se développe sur un vaste territoire, en dépassant les frontières. Selon l’OMS, on parle de pandémie en cas de propagation mondiale d’une nouvelle maladie.
Épidémie : développement et propagation rapide d’une maladie contagieuse, le plus souvent d’origine infectieuse, dans une population (ex. : peste, grippe).
Journée mondiale de la santé : le 7 avril.
Chiffres importants
OMS : le budget approuvé pour l’Organisation mondiale de la santé pour la période 2024-2025 est de 6,83 milliards de dollars. Pour la période 2026-2027, le budget de base a été révisé à 4,2 milliards de dollars, en raison de contraintes financières. Pour le personnel, il est estimé à 9 400 personnes.
Fondation Gates : le budget annuel pour la Fondation Bill & Melinda Gates s’élève à 8,6 milliards de dollars. Elle a donc un budget bien supérieur à celui de l’OMS. Son poids est donc considérable.
Tableau sur les dépenses de santé dans le monde
| Pays/Zone (coopération internationale en santé) | Dépenses de santé (% du PIB, année récente) |
Dépenses de santé par habitant (ordre de grandeur) |
Profil du système de santé |
|---|---|---|---|
| Monde (moyenne) | ≈ 6,7 % du PIB | Très variable selon le niveau de revenu | Niveaux de couverture très inégaux entre pays riches et pays à revenu faible ou intermédiaire. |
| Union européenne | ≈ 10 % du PIB | ≈ 4 000-4 500 € par habitant | Couverture universelle dominante, forte place du financement public, mais recours croissant au privé. |
| France | ≈ 12 % du PIB | ≈ 4 200 € par habitant | Système universel mixte (Sécurité sociale + complémentaires), dépenses élevées, mais forte protection financière. |
| Allemagne | ≈ 13 % du PIB | ≈ 6 000 $ par habitant | Assurance maladie obligatoire, forte capacité hospitalière, acteur clé de la coopération européenne en santé. |
| États-Unis | ≈ 17-18 % du PIB | ≈ 14 500 $ par habitant | Dépenses record, système très fragmenté, rôle majeur dans le financement international, mais fortes inégalités internes. |
| Inde | ≈ 3,5-4 % du PIB | ≈ 75-80 $ par habitant | Dépenses publiques encore limitées, forte part de dépenses privées, montée en puissance progressive dans la coopération Sud–Sud. |
| France vs Inde (comparaison) | France ≈ 12 %
Inde ≈ 3,5-4 % |
France ≈ 4 200 €/habitant
Inde < 100 $/habitant |
Montre le fossé de ressources qui justifie des mécanismes de coopération internationale en santé (aide, transferts de technologies, expertise). |
Ce tableau met en évidence le contraste entre les pays à haut revenu et les économies émergentes.
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Coopération internationale : la SDN et l’OMS à l’œuvre
Grippe espagnole 1918
Cette grippe a fait 60 millions de morts, dépassant la peste noire. (Remarque à part : cette grippe n’est en rien espagnole, c’est juste que ce sont uniquement les journaux espagnols qui en ont parlé. L’Espagne n’avait en effet pas censuré sa presse.)
Malgré des discussions internationales au cours des années 1920 à la suite de la pandémie de grippe « espagnole » de 1918-1919, la grippe n’a pas fait l’objet d’une mise à l’agenda des organisations de santé internationale avant la création d’un programme spécifique à l’OMS.
En 1947, lors des commissions intérimaires préparatoires à la création de la nouvelle organisation (1948), le projet d’un Programme grippe est adopté. Son objet principal porte sur la surveillance virologique à l’échelle internationale des souches de grippe humaine lors de l’apparition d’épidémies.
La Société des Nations (SDN) créa toutefois un organisme de santé et de surveillance médicale mondiale, qui devint ensuite l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).
Focus : le rôle de l’OMS
L’OMS est officiellement créée en 1948. Elle est dotée de deux modalités d’action. Il y a d’abord les programmes verticaux. Ceux-ci ont vocation à éradiquer des maladies. Puis il y a les mesures horizontales, qui, elles, renforcement plutôt les structures sanitaires.
L’OMS a plusieurs rôles. Elle a un rôle normatif, ainsi qu’un pouvoir réglementaire. Elle impose, par exemple, les nomenclatures officielles des maladies. L’OMS a aussi un rôle d‘assistance technique. On le voit bien avec les différentes campagnes de vaccination. À cela s’ajoute un rôle plutôt axé sur la recherche.
Si l’OMS est rapidement parvenue à obtenir une certaine légitimité, elle connaît des difficultés à partir des années 1990. En effet, d’autres organisations investissent grandement le champ de la santé. C’est par exemple le cas de la Banque mondiale, qui finance de gros projets de santé dans le monde.
Une coopération internationale réussie : l’exemple de la variole
En 1980, l’OMS déclare que « tous les peuples du monde sont libérés de la variole ». Une opération de dix ans, menée par l’Organisation mondiale de la Santé, a permis d’éradiquer la maladie. Des milliers d’agents de santé dans le monde ont participé à l’opération pour administrer un demi-milliard de doses de vaccin antivariolique. C’est un des grands succès de l’OMS.
Coopération internationale : le sida
La Journée mondiale de lutte contre le sida (1er décembre), mise en place par l’OMS, est devenue l’une des journées internationales les plus connues dans le domaine de la santé. Grâce à l’OMS et à l’engagement de divers acteurs associatifs, des résultats encourageants ont été obtenus.
La lutte contre le sida a permis la mise en place à grande échelle de meilleurs dépistages, d’une baisse des coûts des médicaments et d’une avance de la recherche. La mobilisation de l’ONUSIDA, de l’UNITAID et de la fondation Bill & Melinda Gates a été cruciale. En Afrique orientale et australe, il y a eu une baisse de 40 % des cas d’infection et de décès. En Afrique du Sud, pays qui était le plus touché, la situation s’est améliorée à la suite de l’élection de Zuma, en 2009.
Le Sida a permis à l’OMS de bien asseoir sa légitimité internationale. La médiatisation de ces campagnes ainsi que la nature du sida a permis cela.
Déclaration d’Alma-Ata 1978
La Conférence réaffirme avec force que la santé, qui est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en l’absence de maladie ou d’infirmité, est un droit fondamental de l’être humain, et que l’accession au niveau de santé le plus élevé possible est un objectif social de premier ordre. Elle a mis en évidence l’importance des soins de santé primaires comme moyen d’accéder à un niveau acceptable de santé pour tous.
Charte d’Ottawa 1986
Une politique de promotion de la santé combine des méthodes différentes mais complémentaires, et notamment : la législation, les mesures fiscales, la taxation et les changements organisationnels. Il s’agit d’une action coordonnée qui conduit à la santé, et de politiques fiscales et sociales favorisant une plus forte égalité.
Crise de la Covid : l’échec de la coopération internationale ?
Le 30 janvier 2020, l’OMS décrète l’urgence de santé mondiale face à l’épidémie du coronavirus. Lors de cette crise sanitaire, l’OMS a du mal à se faire entendre. Elle prône un multilatéralisme, mais la coopération internationale a du mal à prendre forme. Les pays les plus pauvres ne cessent de lui faire appel, en vain. Ceux qui ont le plus de moyens achètent plus de masques et de vaccins. C’est donc la loi du plus fort. Les grosses puissances ne sont pas très disposées à vendre et encore moins à offrir des vaccins alors qu’elles en ont elles-mêmes grandement besoin.
Les puissances mondiales se posent en rivales sur la question des vaccins anti-Covid. Les intérêts nationaux reprenant le dessus sur le multilatéralisme pourtant prôné par l’OMS. Et face à des pays occidentaux se repliant sur eux-mêmes, le soft power chinois tisse un peu plus sa toile. Les vaccins des puissances émergentes ou encore de Cuba ont ainsi envahi le marché africain. Entre les doses offertes et les aides, la distribution du vaccin affirme très clairement la puissance de celui qui le distribue : un soft power, mais aussi un hard power (capacité de produire, d’envoyer, etc.).
Politiques actuelles et coopération internationale
L’Europe de la santé
La santé publique est un domaine qui relève avant tout de la compétence des États membres, l’Union européenne ne pouvant que compléter leur action. Une marge de manœuvre limitée, qui tend cependant à s’élargir face aux défis sanitaires mondiaux, tels que la pandémie de Covid-19.
Présentées en 2020, les propositions de la Commission européenne pour une « Europe de la santé », très largement orientées autour de la pandémie de Covid-19, listent les objectifs de la nouvelle programmation :
- obligation d’assurer un niveau élevé de protection de la santé humaine, en accord avec la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- renforcement des structures et des mécanismes existants pour l’amélioration du niveau de protection, de prévention, de préparation et de réaction aux risques à l’échelle de l’Union ;
- amélioration de la coopération transfrontalière pour lutter contre les menaces sanitaires ;
- élargissement du rôle de l’Union dans la prévention et la coopération internationales.
Le programme 2014-2020 était quant à lui doté d’un budget de 449,4 millions d’euros. Une dotation largement revue à la hausse pour le nouvel exercice 2021-2027.
La crise de la Covid-19 a en effet souligné les carences en matière de chaîne de production pharmaceutique en Europe : aujourd’hui le continent dépend à 80 % de la Chine et de l’Inde pour se fournir en matières premières indispensables à la conception des médicaments.
Voici un podcast qui explique les rouages internes de l’Europe de la santé.
ONG : l’exemple de Médecins sans Frontières
Un groupe de médecins français, dont B. Kouchner, créent MSF en 1971. Ils étaient en désaccord avec la politique de réserve de la Croix-Rouge. Sa principale mission est l’assistance médicale à des populations dont la vie ou la santé est menacée. Les médecins sans frontières interviennent ainsi souvent lors des conflits armés, mais aussi lors des épidémies/pandémies ou lors des catastrophes naturelles.
Cuba : une incarnation de la coopération internationale
Depuis l’avènement de la Révolution cubaine en 1959, Cuba a fait de la santé une priorité nationale et a construit un système public, universel et gratuit, en plaçant le patient au centre du projet médical. Basé sur la prévention et le concept de « médecin de famille », il a permis à la population de bénéficier d’un niveau de protection sanitaire unique pour un pays pourtant en difficultés sur plein d’autres sujets et d’atteindre des indicateurs comparables à ceux des nations les plus développées.
Les institutions internationales reconnaissent le système cubain comme étant le modèle prééminent pour les pays en voie de développement. Certains observateurs le considèrent comme une potentielle source d’inspiration pour les nations les plus riches, notamment grâce à son modèle préventif. En plus de soigner ses propres citoyens, Cuba propose depuis plus d’un demi-siècle son expertise médicale à travers le monde et soigne les populations de tous les continents, faisant de ce service sa première source de revenus. Son industrie biotechnologique développée lui est d’une grande aide. Son efficacité se voit bien lors de la crise de la Covid. En effet, face à la Covid, Cuba est une exception en Amérique latine de par sa bonne gestion.
La diplomatie sanitaire est l’une des clés de la politique extérieure de l’île. Néanmoins, la diplomatie sanitaire ne se limitant pas seulement à une aide humanitaire, le régime cherche aussi à donner une image positive de Cuba et à montrer sa bonne volonté. C’est un élément clé du soft power cubain. Exemples : aide à l’Algérie en 1963, soutien dans le cadre de l’ALBA, crise Covid…
Donald Trump face à l’OMS
En 2020, Trump dénonce l’emprise de la Chine sur l’OMS. Le contexte de la pandémie de la Covid n’aide pas. Alors que le coronavirus touche gravement son pays, il accuse la Chine de dissimuler la vérité quand à l’origine du virus. Il annonce donc se retirer de l’organisation internationale.
C’est un gros coup dur pour l’OMS. Les États-Unis sont en effet un des principaux contributeurs au budget de l’OMS. Dès son entrée en fonction, Joe Biden la réintègre. C’est le grand retour des États-Unis dans la cour du multilatéralisme. Sauf que le retour de Donald Trump en 2024 complique la donne. Dès son investiture, il annonce le retrait des États-Unis de l’organisation.
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