Soldats chinois en parade à Djibouti

Située à la corne de l’Afrique, Djibouti occupe une position géostratégique majeure à l’entrée de la mer Rouge, face au détroit de Bab-el-Mandeb. Cette petite ville-État abrite aujourd’hui les bases militaires de sept puissances étrangères : France, États-Unis, Chine, Japon, Italie, Espagne et Allemagne. Ce déploiement exceptionnel fait de Djibouti un carrefour militaire mondial, au cœur des enjeux de sécurité maritime et de lutte contre la piraterie. Sa stabilité politique et sa proximité avec les grandes voies commerciales renforcent encore son attractivité stratégique. Véritable point d’ancrage des rivalités internationales, Djibouti illustre la militarisation croissante des routes maritimes de l’océan Indien.

Un point du globe absolument stratégique

Pourquoi Djibouti, petit pays de 23 000 kilomètres carrés, parmi les moins développés du monde, attire-t-il ainsi les armées étrangères ? Sa situation géographique est la clef de son attractivité. Depuis leurs bases à Djibouti, les puissances étrangères peuvent contrôler et assurer la sécurité du fameux détroit de Bab el Mandeb. 40% du pétrole mondial et 9% du trafic maritime transitent chaque année par ce bras de mer de seulement 28 kilomètres de large, lien privilégié entre l’Asie de l’Europe.

En plus de cette situation géographique exceptionnelle, la stabilité politique du pays permet aux États locataires des bases de pouvoir construire une vision à long terme de leur présence dans la région, avec la signature de contrats fiables.

Vue aérienne du quartier "européen" de Djibouti en 1938. (AFP)
Quartier européen de Djibouti en 1938

 

Podcast : Voici le Xème épisode de l’Accroche, la série de podcast de Major-Prépa qui décrypte des curiosités historiques ou géographiques pour te donner de supers accroches à intégrer dans tes copies d’ESH, d’HGG et de CG. Pour continuer cette série, je te propose de nous intéresser au territoire regroupant le plus d’armées différentes au monde : Djibouti, ancienne colonie française devenue indépendante en 1977, où les troupes de 7 grandes puissances étrangères stationnent en continu.

Retrouver les épisodes de l’Accroche de Major Prépa

 

Djibouti tire profit de cette position géostratégique de premier choix

Une présence étrangère historique…

Ce territoire hautement stratégique est resté une colonie française jusqu’à la date tardive de 1977. Cependant, la France n’a jamais complètement quitté le territoire depuis. Djibouti n’a eu alors de cesse, en particulier depuis l’affaire Borrel en 1995 (assassinat à Djibouti d’un magistrat français, entraînant une enquête complexe émaillée d’ingérences françaises) de chercher à se défaire de l’influence française.

Dès 2002, les États-Unis signent un contrat de location et s’installent à Djibouti, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme intensifiée depuis le 11 septembre 2001.

Qui s’est intensifiée récemment

De nombreuses autres puissances ont, depuis, pris place sur le territoire : l’Italie, le Japon, l’Allemagne et l’Espagne (dont les contingents sont accueillis sur la base française) et enfin la Chine, nouvelle venue, qui compte faire de Djibouti le point d’ancrage de son influence dans la région. Les superficies respectives des bases étrangères tracent une carte relativement fiable de l’influence de chaque pays sur le territoire.

Tableau chronologique de la présence militaire étrangère à Djibouti
Pays – présence militaire étrangère à Djibouti Nom / type de base Objectif principal Particularités Date d’installation
France Forces Françaises stationnées à Djibouti (FFDj) Appui militaire régional, opérations en Afrique et au Moyen-Orient Présence continue depuis l’indépendance, base la plus ancienne du pays 1977
États-Unis Camp Lemonnier Lutte antiterroriste, drones, opérations en Afrique de l’Est et au Yémen Plus grande base américaine en Afrique, environ 4000 militaires 2002
Allemagne Détachement allemand (base française) Soutien logistique aux opérations anti-piraterie Présence intégrée au dispositif européen Atalanta 2002
Italie Base italienne (Mission EU NAVFOR Atalanta) Coordination européenne et lutte contre la piraterie Implantée dans le cadre des missions européennes 2009
Espagne Détachement espagnol (base française) Lutte anti-piraterie dans le golfe d’Aden Participation active à la mission Atalanta 2009
Japon Base des Forces d’autodéfense japonaises Opérations anti-piraterie, protection du commerce maritime Première base militaire japonaise à l’étranger depuis 1945 2011
Chine Base navale chinoise de Doraleh Soutien logistique, protection des routes maritimes, présence stratégique Première base militaire chinoise à l’étranger 2017

 

Djibouti en tire des bénéfices

Djibouti tire profit de cette position unique au monde : les loyers versés par les États locataires représentent 10% de son budget national et 3% du PNB, pour un montant total de 170 millions de dollars. Le camp américain Lemonnier est le troisième employeur du pays. Cependant, la redistribution des bénéfices est très inégale dans ce pays où 70% de la population vit avec moins de 3$ par jour. La concurrence entre les puissances étrangères pour avoir une place à Djibouti augmente également les capacités diplomatiques du pays en jouant sur les différences idéologiques entre les États. De plus, la nature des contrats signés permet à Djibouti de conserver une forme de contrôle sur les bases. Le territoire se différencie ainsi des bases de Guantanamo ou Chypre, où les États-Unis et le Royaume Uni possèdent des baux sans fin prévue.

Djibouti et bab el mandeb
Le golfe d’Aden, un autre atout stratégique pour Djibouti

Nouvelles routes de la soie et stratégie du collier de perles

La présence chinoise à Djibouti est en effet la première étape d’un vaste plan chinois (dit “stratégie du collier de perle”). Celle-ci consiste à installer un ensemble de bases militaires sur le trajet des nouvelles routes de la soie et offrir autant de points d’ancrage permettant à la puissance chinoise de se projeter sur toute une partie de l’Asie, de l’Afrique et du Moyen-Orient.

En 2017, la base chinoise fût inaugurée en grande pompe. La Chine a également assuré son emprise sur le pays en réalisant des investissements structurants (par exemple des infrastructures, notamment portuaires) pour un montant total de 14 milliards de dollars entre 2012 et 2018. Pékin détient désormais près de 75% de la dette extérieure de Djibouti. Le montant de cette dernière s’élève à plus d’1,5 milliards de dollars. Le petit pays semble, dans son désir de se défaire de l’influence française, s’être jeté dans les bras (ou les griffes ?) de la Chine.

Les États-Unis et la France ont également toute une politique d’investissement et d’aide au développement à Djibouti, mais non conditionnée, contrairement à l’aide chinoise. Aujourd’hui, les américains et les chinois se livrent une forme de guerre d’influence, qui se traduit parfois sur le terrain par des incidents entre les garnisons. Cependant, face à des enjeux communs comme la protection du détroit de Bab el Mandeb et la lutte contre la piraterie dans le Golfe d’Aden ou en Mer Rouge, une coopération est possible.

Lire aussi : Nouvelle base chinoise à Djibouti : état des lieux et perpective de la stratégie chinoise du collier de perles.

Au-delà de l’influence chinoise, des risques pour la diplomatie de Djibouti

En vendant son territoire au plus offrant, Djibouti peut se retrouver entraîné dans les conflits de ses locataires. Djibouti a refusé d’accueillir une base iranienne en 2017 et a également refusé l’installation d’une base russe. L’État a ainsi été relégué dans le camp de la coalition arabo-occidentale, face à l’alliance plus ou moins officielle entre l’Iran, la Russie et la Chine.

Cet article peut t’être utile pour introduire ou développer de nombreux sujets sur les influences étrangères en Afrique. Mais aussi d’autres sujets comme les nouvelles routes de la soie, les stratégies de puissance militaire des états, voire le transport maritime et bien d’autres. 

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