L’écologie a cessé d’être une priorité politique. Elle est invisibilisée par les crises qui s’enchaînent : Covid, guerre en Ukraine, conflits au Proche-Orient… Pire encore, elle est de plus en plus décriée et stéréotypée, et fait face à une offensive réactionnaire et climatosceptique sans précédent.
Des promesses non tenues
Emmanuel Macron promettait : « Le quinquennat sera écologique ou ne sera pas. » S’il est sans doute l’un des présidents les plus actifs sur le sujet, force est de constater que la promesse n’a pas véritablement été tenue. Pourtant, tous les clignotants sont au rouge et il devient évident que le seuil de 1,5 °C, prévu par l’Accord de Paris de 2015, ne sera pas atteint. Pour reprendre les mots d’un autre président français, Jacques Chirac : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. »
Paradoxalement, il est difficile de ne pas regarder ailleurs, tant les crises se sont succédé ces dernières années. En 2025, les priorités du gouvernement étaient plutôt la stabilité politique après la censure de Michel Barnier, l’assainissement des finances publiques, l’immigration, la guerre en Ukraine et l’embrasement du Moyen-Orient. Tant d’excuses (valables) pour ne pas se préoccuper du climat et des questions écologiques. Tant d’excuses pour ne pas tenir ses promesses.
Une révolution antiécologique
Aux États-Unis
Joe Biden avait été (de loin) le président américain ayant le plus agi pour le climat. Dès 2020, il fait de l’écologie un de ses thèmes de campagne. Son premier acte en tant que président des États-Unis était de revenir dans l’Accord de Paris de 2015. Sa loi, l’Inflation Reduction Act (IRA), est le plus gros investissement dans les énergies renouvelables dans l’histoire.
Sauf que son successeur n’est autre que Donald Trump, un climatosceptique convaincu qui, en 2024, a basé toute une partie de sa campagne sur l’élan antiécologique. Son célèbre « Drill Baby Drill » fait désormais partie de son ADN politique. À peine aux manettes en janvier 2025, il quitte l’Accord de Paris pour la deuxième fois. Donc, non seulement l’écologie n’est pas sa priorité, mais en plus il fait de la lutte contre l’écologie un de ses chevaux de bataille.
En Europe
En Europe, où progresse doucement une musique antiécolo, un constat similaire peut être fait. Les intérêts écologiques sont sacrifiés pour les intérêts économiques. Ainsi, après la guerre en Ukraine, certaines centrales à charbon ont été réouvertes ou maintenues, y compris en Allemagne. Ce pays dépendait en effet grandement du gaz russe et n’avait plus d’énergie nucléaire depuis la décision d’Angela Merkel d’en sortir en 2011.
La droite et l’extrême droite s’expriment de plus en plus contre certaines avancées ou lois écologiques. Par exemple, les énergies éoliennes sont vivement critiquées. Les taxations carbone sont aussi férocement pointées du doigt. De même pour les zones à faible émission. Dans la même lignée, les partis de droite et d’extrême droite dénoncent l’interdiction du thermique dans le secteur de l’automobile à partir de 2035, une décision qui défavoriserait grandement les champions européens de l’automobile par rapport à leurs concurrents non européens.
Souvent, les raisons évoquées sont des raisons valables, qui s’entendent et se comprennent. La crise des Gilets jaunes a d’ailleurs commencé suite à la taxation carbone du gouvernement d’Edouard Philippe.
C’est en réalité l’agenda climatique qui est visé
Tous les partis estimant que l’urgence est ailleurs, aucun n’est prêt à assumer le coût d’une politique écologique ambitieuse. Or, la lutte contre le réchauffement climatique a bel et bien un coût, c’est une réalité indubitable. C’est donc aux décideurs politiques de voir si ce coût en vaut la peine d’un point de vue politicien et budgétaire.
Comme souvent dans l’histoire de l’humanité, les enjeux à court terme l’emportent sur les enjeux à long terme et l’on se retrouve donc avec des mesurettes qui sont en réalité mort-nées. Conséquence directe : la baisse des émissions de CO2 en France a ralenti, alors qu’elle devait s’accélérer.
Aujourd’hui, la priorité est clairement militaire. De nombreux États européens se disent prêts à enfreindre la règle des 3 % de déficit pour leur budget militaire, alors qu’ils étaient tous réticents à le faire pour le climat.
Une caricature qui fait mal
Le grand défi de l’écologie politique est de sortir de la caricature qui en est faite. Entre bobos écolos et écoterroristes, les termes imposés dans le débat public font très mal à ceux qui plaident pour une politique écologiste.
En France, le terme écoterroriste a été imposé par Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur. Sauf que ce terme fourre-tout a été utilisé pour englober presque tous ceux qui manifestent ou s’engagent à fond pour promouvoir la lutte pour le climat, au risque de tomber dans une caricature à l’extrême.
Cela s’inscrit dans le cadre plus général d’un ras-le-bol social contre des politiques environnementales qui seraient des freins sociaux et économiques. Le Green Deal d’Ursula von der Leyen est ainsi pointé du doigt de toutes parts et caricaturé pour quelques-unes de ses nombreuses mesures. Sur le plan de l’éducation, évoquer l’écologie à l’école devient désormais de l’endoctrinement, voire de la propagande…
L’écologie ridiculisée ou critiquée
Sur les plateaux télé, l’écologie redevient un sujet, non pas pour la promouvoir, mais au contraire pour la ridiculiser et l’invectiver. Paradoxalement, certaines personnes desservent l’écologie politique par leurs mesures radicales et leurs polémiques. On peut citer l’exemple de Sandrine Rousseau, dont les propos sur l’écologie ou sur le barbecue ont été caricaturés du fait de leur côté choc. Dans les urnes, ces clichés entraînent des conséquences. Les Verts ne parviennent plus à retrouver leur niveau de 2019, bloqués entre la montée des conservateurs d’une part et, de l’autre, une gauche plus radicale qui, pour le coup, est aussi en faveur d’une révolution écologique.
Là où, il y a encore quelques années, Greta Thunberg était célébrée en héroïne mondiale, elle est aujourd’hui caricaturée à l’extrême, principalement par des médias s’identifiant à droite, comme une gamine stupide à ne pas prendre au sérieux. Ce backlash montre bien que les temps ont changé. L’époque n’est plus la même. L’écologie est devenue un repoussoir. Même les scientifiques sont désormais jetés en pâture, et beaucoup remettent en cause le bien-fondé des rapports du GIEC et autres rapports scientifiques. L’écologie devient le bouc émissaire sur tous les sujets : énergie, agriculture, innovation technologique…
Les normes environnementales dans le viseur
Les vagues de chaleur et les incendies qui se multiplient sont progressivement banalisés. Mais la grande question qui se pose, c’est le bien-fondé d’une politique environnementale isolée, alors que l’un des plus grands pollueurs de l’histoire de l’humanité, l’Amérique, s’en détourne volontiers. Le président Trump a même lancé un hashtag #Backtoplastic… De plus, il a mis fin aux partenariats qui permettaient d’aider l’Afrique du Sud, le Vietnam et l’Indonésie à sortir du charbon et a stoppé toutes les subventions aux organisations environnementales internationales.
De son côté, l’autre grand pollueur, la Chine, continue d’utiliser ses centrales à charbon, même si une transition électrique commence à se mettre en place. L’Europe, avec ses normes environnementales, se retrouve donc de plus en plus isolée, consciente que, seule, elle ne peut pas changer le cours de l’histoire.
Des normes environnementales critiquées pour leur excès, leur complexité et leur manque de transparence
On l’a bien vu lors de la crise des agriculteurs en France, qui se plaignent de ne plus rien comprendre et d’être embourbés dans des processus administratifs. Le chevauchement de ces nouvelles lois rend la vie impossible à de nombreux producteurs, et même aux plus grandes entreprises (automobile, aviation, bâtiment…). Les normes sont désormais perçues comme un frein à l’innovation. Pour beaucoup, production et environnement deviennent des oxymores.
Tout cela mène à des questions cruciales : faut-il sacrifier la lutte climatique pour ne pas saper l’innovation et la croissance économique ? Faut-il se contenter d’une simplification des normes pour jouer aux équilibristes ? Ou bien, faut-il que l’écologie reste la priorité absolue et faire fi des désagréments qui en découlent ?
De nombreux patrons appellent à une suspension provisoire de certaines normes
Cela leur laisserait le temps de bien se positionner dans la compétition. Certains politiques appellent même à utiliser une tronçonneuse contre toutes les agences climatiques, sous l’inspiration du président argentin, Javier Milei. Les lobbys productivistes continuent quant à eux d’avancer leur agenda pour ralentir ou bloquer les normes actuelles et celles à venir.
Autre constat : les digues tombent progressivement et la parole se désinhibe. Ce qui était impensable il y a encore quelques années devient acceptable aujourd’hui. En février 2025, le ministre des Outre-Mer, Manuel Valls, a même proposé de revenir sur la loi Hulot de 2017, interdisant la recherche et l’exploitation de nouveaux hydrocarbures. Il s’est vu opposer une fin de non-recevoir par la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, l’une des rares ministres à encore plaider de tout son poids en faveur du climat. Mais elle est de plus en plus isolée, y compris au sein du gouvernement.
Un renoncement
Un climat de renoncement entoure la lutte contre le climat. Même en France, ce constat reste valable. En juillet 2022, Emmanuel Macron créait le SGPE (Secrétariat général à la planification écologique). En janvier 2025, son secrétaire général, Antoine Pellion, démissionne, sur fond de reculs successifs du gouvernement, surtout ceux des successeurs d’Élisabeth Borne. À ses yeux, l’écologie est à un point de bascule, pressée par des forces populistes qui font tout pour l’abattre.
Les récents remaniements gouvernementaux en France n’ont envoyé que des mauvais signaux
Le département de l’Énergie a ainsi été retiré à la ministre de la Transition écologique au profit de Bercy, tandis que les ministères du Transport et de l’Agriculture ne s’occupent plus vraiment du climat. C’est donc un désintérêt, sinon un renoncement, qui règne désormais sur le climat politique. Les coupes budgétaires dues à l’état des finances publiques risquent d’aggraver les choses.
Quant aux agences environnementales, elles sont attaquées de toutes parts, leurs budgets sont réduits et leur influence s’amenuise. Par productivisme ou simple populisme, le gouvernement mène lui-même cette danse, sacrifiant les impératifs écologiques aux intérêts économiques immédiats. Cela s’inscrit aussi dans la lignée de la politique de Donald Trump, qui n’a pas hésité à supprimer les crédits de recherche associés à l’environnement et à licencier la majorité des employés au sein des agences environnementales.
Conclusion
Si le combat associatif en faveur de l’écologie persiste malgré tout (avec certains militants qui se radicalisent), le renoncement politique commence à s’installer, avec seulement une petite partie de la classe politique qui tente encore de se faire entendre sur le sujet. Mais les caricatures d’une part et l’impératif économique de l’autre font que les débats sont rares et les politiques environnementales aussi.
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