Amériques

Pour être le plus pertinent possible en dissertation, il faut savoir prendre du recul sur les dynamiques géopolitiques entre les États, car ces liens trouvent bien souvent leurs racines dans l’histoire. C’est tout l’objectif de cet article : replonger dans le passé des pays d’Amérique pour mieux comprendre leurs relations actuelles. Si tu es capable de replacer des faits dans une perspective historique, tu seras toujours valorisé(e).

Introduction

Dès le XVIe siècle, les puissances européennes colonisent l’Amérique, alors composée d’Amérindiens, puis y amènent des Africains (XVIIe siècle). L’Amérique du Nord a été décolonisée avant l’Amérique latine (Centrale + Sud). Donc, le continent est divisé sur le plan politique, économique, social et culturel. Pourtant, l’ensemble du continent a connu une industrialisation progressive, qui aurait pu, en théorie, favoriser un certain rapprochement.

Problématique : Alors que le continent américain s’est décolonisé et industrialisé, pourquoi les divisions entre Amérique du Nord et Amérique latine demeurent-elles aussi marquées ?

La création d’États souverains dans les Amériques (divisions politiques)

Le 1er État souverain : la formation des États-Unis d’Amérique

Le premier État souverain du continent américain naît dans un contexte de tensions coloniales. À l’issue de la guerre de Sept Ans (1756-1763), la France cède ses possessions nord-américaines à la Grande-Bretagne par le traité de Paris : le Saint-Laurent, la Louisiane jusqu’à La Nouvelle-Orléans (elle conserve néanmoins les Antilles). Pour financer le maintien d’une armée sur place, Londres impose de nouvelles taxes aux colons, provoquant leur révolte. En 1773, la Boston Tea Party marque un acte fort de contestation, suivi d’affrontements armés. Soutenus par la France et le général La Fayette, les insurgés remportent la guerre d’indépendance. Le traité de Paris de 1783 reconnaît leur souveraineté et les treize colonies s’unissent sous une Constitution adoptée en 1787.

La construction territoriale se poursuit avec la conquête de l’Ouest : achat de la Louisiane en 1803, annexion du Texas en 1836, ou encore acquisition de l’Alaska en 1867. La guerre contre le Mexique (1846-1848) permet aux États-Unis d’annexer la Californie, le Nevada, l’Utah et l’Arizona. Pour l’historien Frederick Turner (The Frontier in American History, 1893), la fin de la conquête marque la clôture du mythe de la « frontière » : cette ligne mouvante repoussée toujours plus à l’Ouest, symbole de la construction identitaire américaine.

La formation du Canada

Le Canada devient britannique en 1763, après la défaite française et le traité de Paris. Contrairement aux colonies américaines, une partie des colons, notamment au Québec, reste fidèle à la Couronne. Pour éviter une révolte, Londres adopte le Quebec Act en 1774, qui reconnaît la langue, la religion et les lois françaises. Cette stratégie d’intégration permet au Canada de rester stable. En 1867, le Royaume-Uni accorde une large autonomie aux colonies canadiennes, qui forment alors un dominion : le Canada moderne est né.

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La formation des États d’Amérique latine

L’Amérique latine accède plus tardivement à l’indépendance que l’Amérique du Nord, comme le souligne François Chevalier (L’Amérique latine, de l’indépendance à nos jours, 1993). Les révoltes en Espagne contre Napoléon (1808) entraînent la création de juntes autonomes dans les colonies. Lorsque Ferdinand VII revient au pouvoir en 1814, il tente de rétablir l’ordre, sans succès. Entre 1816 et 1825, la plupart des colonies espagnoles deviennent indépendantes : Argentine, Chili, Mexique, Grande-Colombie, Pérou, Bolivie, etc.

Mais l’unité reste un échec : la Grande Colombie éclate dès 1830 (au Venezuela, en Colombie et en Équateur), malgré le rêve de la création d’un État fédéral par Simon Bolivar, la République fédérale d’Amérique centrale se fragmente avant 1840. Le Brésil suit une autre voie, en déclarant son indépendance dès 1822 sous la forme d’un empire. Ce morcellement durable contraste avec l’unité nord-américaine et influence encore aujourd’hui la dynamique régionale du continent.

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La dynamique spatiale de l’Amérique

Un espace maîtrisé très tôt en Amérique du Nord

Dès 1784, Thomas Jefferson organise le territoire américain selon un grid pattern, avec des terres louées aux colons. Le Homestead Act de 1862 accorde la propriété à ceux qui cultivent ces terres, favorisant l’unité nationale. Au Canada, les « rangs canadiens » (longues parcelles de terre) permettent une meilleure intégration entre colons francophones et anglophones.

Pierre Melandri, Histoire des États-Unis depuis 1865 (2008), souligne que les chemins de fer ont été décisifs dans l’unification du territoire nord-américain. Aux États-Unis, le Pacific Railroad Act de 1862 lance les premiers grands axes coast-to-coast, qui relient les deux façades du continent. Au Canada, le Canadian Pacific Railway, achevé en 1885, joue un rôle similaire. Ces réseaux structurent l’espace, facilitent l’industrialisation et intègrent les territoires dans un projet national cohérent.

À l’inverse, l’Amérique latine reste marquée par un morcellement hérité de la colonisation. De grands domaines (latifundios) coexistent avec de petites exploitations (microfundios). Il n’y a pas de lignes de chemin de fer (territoires divisés) à l’exception des lignes de l’arrière-pays au littoral pour acheminer les produits bruts (primo-exportation, faible industrialisation), héritage de la colonisation.

Un centre et des périphéries

Le continent américain est centré sur les États-Unis avec, autour, l’Amérique latine et le Canada. On note également des centres ponctuels au sein des périphéries (México en Amérique centrale, triangle industriel Rio de Janeiro-São Paulo-Belo Horizonte au Brésil).

L’Amérique latine fait figure d’arrière-cour pour les États-Unis (fournit les produits bruts, les migrations de main-d’œuvre, etc.). Certaines de ses périphéries ont une dynamique interlope (exemples : les FARC s’appuient sur le trafic de cocaïne, le Mexique est une plaque tournante de la drogue, etc.).

Une dualité nuancée des aires culturelles

L’Amérique du Nord est essentiellement anglophone et protestante. Cependant, le Québec, majoritairement francophone, est catholique (la loi de 1981 y impose le français comme langue officielle). Le sud des États-Unis est en partie peuplé de Latino-Américains, en raison des migrations et de l’annexion d’anciens territoires mexicains. Sur la côte ouest, on trouve également des minorités bouddhistes issues de migrations asiatiques, notamment dans les Chinatowns.

L’Amérique latine constitue une aire culturelle majoritairement latine, ibérique et catholique. Cependant, le Surinam (ancienne colonie néerlandaise) et le Guyana (ancienne colonie britannique) sont à majorité protestante, souvent de tradition calviniste. On y retrouve aussi des minorités chamanistes, animistes ou vaudoues, héritées en partie de la traite négrière (du milieu du XVe siècle à la fin du XIXe siècle).

Les majorités et les minorités en Amérique

Des sociétés multiethniques

En Amérique latine, la population se compose d’Indiens, d’Européens, d’Africains, mais aussi de métis (Indiens-Européens), de mulâtres (Africains-Européens) et d’Asiatiques – comme en témoigne, par exemple, l’ancien président Alberto Fujimori au Pérou.

En Amérique du Nord, on retrouve également une forte présence africaine, asiatique et européenne : entre 1505 et 1870, 11 millions d’Africains ont été déportés lors de 54 000 expéditions. Aujourd’hui, on compte environ 125 millions de personnes d’origine africaine sur le continent, dont près de 30 millions aux États-Unis.

La lutte contre l’esclavage et pour les droits civiques en Amérique

Aux États-Unis, la traite négrière est abolie en 1815, puis l’esclavage en 1865 (13e amendement).

Pourtant, l’égalité reste longtemps théorique, en particulier dans les États du Sud des États-Unis où la ségrégation est légalisée en 1896 (arrêt « separate but equal »). La lutte pour les droits civiques s’intensifie après 1950, avec des décisions majeures de la Cour suprême (Brown v. Board of Education, 1954, Browder v. Gayle, 1956) et des actions emblématiques, comme celle de Rosa Parks (1955).

Les lois majeures – Civil Rights Act (1964) et Voting Rights Act (1965) – marquent enfin une avancée juridique vers l’égalité. Comme le rappelle Pap Ndiaye (Les Noirs américains, en marche pour l’égalité, 2009), cette lutte reste au cœur de l’identité afro-américaine. Martin Luther King l’exprime dans son discours de 1963 : « Je rêve que mes quatre enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère. »

La situation des Amérindiens (autochtones d’Amérique) suit une autre trajectoire. Longtemps exploités et dépossédés, ils sont relégués dans des réserves après la conquête de l’Ouest (1890). Les États-Unis leur accordent la citoyenneté en 1924 (Indian Citizenship Act), puis reconnaissent une certaine autonomie avec l’Indian Reorganization Act de 1934. Mais, à partir de 1949, la Termination Policy cherche à les intégrer aux villes, au détriment de leur mode de vie traditionnel.

La reconnaissance des minorités

Longtemps ignorées ou marginalisées, les minorités ont progressivement obtenu une reconnaissance politique et culturelle.

En Amérique du Nord, les tribus amérindiennes s’organisent dès 1944 avec la création du National Congress of American Indians. Plus radical, le American Indian Movement, fondé en 1968, revendique un véritable « Red Power ». Ces mobilisations permettent des avancées, comme l’American Indian Religious Freedom Act (1978), qui garantit la liberté de culte.

En Amérique latine, l’indigénisme se développe dès 1949, lors du Congrès interaméricain de l’indigénisme au Pérou. Il s’agit de reconnaître l’identité culturelle des populations indigènes. Des révoltes éclatent, comme celle des Chiapas au Mexique (1994-1996), en réaction à la remise en cause des droits fonciers. Ces luttes conduisent à des constitutions plus inclusives, comme au Brésil (1988) ou au Paraguay (1991), où le guarani devient langue officielle aux côtés de l’espagnol.

Conclusion

La colonisation a divisé le continent américain : le Centre et le Sud ont été conquis par des Espagnols et des Portugais, et le Nord par des Français et des Britanniques. En 1763, les Britanniques ont évincé les Français, si bien que le Nord du continent est plutôt anglo-saxon, protestant, développé, et fait figure de centre ; alors que l’Amérique latine est plutôt ibérique, latine et catholique.

Par ailleurs, les territoires du Nord sont mieux maîtrisés que ceux d’Amérique latine, car ceux-ci se sont décolonisés plus rapidement et ont fondé des États fédéraux industrialisés. En Amérique latine, les États fédéraux n’ont jamais pu être instaurés, ce qui a retardé l’industrialisation et a créé une opposition Nord-Sud (donc l’Amérique latine fait figure d’arrière-cour).

À ces différences sociales et économiques se superposent des différences culturelles, qui expliquent les difficultés des minorités à se faire reconnaître. Des luttes ont été nécessaires pour imposer le multiculturalisme.

Récapitulatif des références utilisées

  • Frederick Turner, The Frontier in American History
  • François Chevalier, L’Amérique latine, de l’indépendance à nos jours
  • Pierre Melandri, Histoire des États-Unis depuis 1865
  • Pap Ndiaye, Les Noirs américains, en marche pour l’égalité

 

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