La notion de francophonie est un élément clé à connaître lorsqu’on s’intéresse à la diplomatie de la France. En effet, elle est d’autant plus une réalité géopolitique qu’elle est l’héritière d’une structure géopolitique forte : l’Empire français.
Les sources de la francophonie
La francophonie est bel et bien l’héritière directe de l’Empire colonial français. Cet empire a façonné un vaste espace entre le XVIIe et le XXe siècle. Cet espace s’étend de l’Afrique de l’Ouest et du Maghreb à l’Indochine, en passant par les Caraïbes et le Pacifique. Le français a ainsi été une langue de domination, d’éducation, d’administration et de pouvoir. Son influence culturelle et linguistique est énorme.
Cette continuité historique permet d’avoir une grammaire institutionnelle et juridique commune. Celle-ci est souvent inspirée du modèle français.
La francophonie dans le monde
Le français est la 5e langue la plus parlée au monde. Elle compte 320 millions de locuteurs dans le monde. 235 millions l’utilisent même pour un usage quotidien. Elle vient juste après le mandarin, l’anglais, l’espagnol et l’arabe. Par ailleurs, il s’agit de la seule langue, aux côtés de l’anglais, à être parlée sur les cinq continents. Autre élément à noter : 29 pays utilisent le français comme langue officielle.
En 2050, il devrait y avoir 700 millions de francophones, dont 85 % en Afrique.
L’Organisation internationale de la francophonie
L’OIF est une organisation intergouvernementale, créée le 20 mars 1970 à Niamey. Elle réunit aujourd’hui 88 États et gouvernements. Ses principales missions sont la promotion de la langue française et la diversité culturelle et linguistique, la promotion de la paix, de la démocratie et des droits de l’homme, ainsi que le développement d’une coopération économique et éducative, au service du développement durable.
À l’origine, cette organisation s’appelait l’ACCT : Agence de coopération culturelle et technique. La charte de la francophonie est signée à Hanoï, en 1997, et l’organisation devient l’OIF en 2005. Son siège est à Paris. En 2018, une nouvelle secrétaire générale est nommée. Il s’agit de Louise Mushikiwabo, une Rwandaise (décision politique et stratégique, au vu du passif entre la France et le Rwanda).
Le rôle de l’OIF s’est progressivement élargi au fil des ans. L’organisation s’implique ainsi de plus en plus dans la gestion de crises. Elle a des mandats axés autant sur la prévention des conflits que sur le maintien, le rétablissement et la consolidation de la paix. L’OIF a, par exemple, été mandatée pour surveiller les élections présidentielles en Roumanie en 1992.
Mais il est évident que l’OIF seule a peu de pouvoirs. C’est pour cela qu’elle agit souvent dans un cadre onusien, pour bénéficier de plus de moyens et de plus de légitimité. L’OIF préfère aussi agir à travers son réseau officieux pour essayer de désamorcer les crises, en particulier celles qui sont « relativement » moins graves.
Missions et enjeux de l’OIF
| Éléments clés de l’OIF | Détails et informations |
| Nom complet | Organisation internationale de la francophonie (OIF) |
| Date de création | 20 mars 1970 (sous le nom d’Agence de coopération culturelle et technique, ACCT) |
| Siège | Paris, France |
| Membres | 88 États et gouvernements (54 membres, 7 associés, 27 observateurs) |
| Population francophone | Environ 320 millions de locuteurs dans le monde (2024) |
| Secrétaire générale | Louise Mushikiwabo (depuis 2018) |
| Objectifs principaux | Promotion du français et de la diversité culturelle, soutien à la paix, à la démocratie et aux droits humains, éducation et développement durable |
| Champs d’action prioritaires | Langue française, coopération économique, numérique, égalité femmes-hommes, éducation |
| Programmes phares | Fonds « La francophonie avec elles », Prix des cinq continents, initiatives pour la jeunesse et l’enseignement en français |
| Importance géopolitique | Réseau mondial de coopération culturelle, économique et diplomatique entre pays francophones |
| Défis actuels | Renforcer l’usage du français face à l’anglais, accroître l’efficacité institutionnelle, promouvoir la francophonie en Afrique et en Asie |
| Budget annuel | Environ 67 millions d’euros |
| Valeur ajoutée | Influence culturelle et diplomatique mondiale du français, espace de solidarité et de dialogue entre continents |
Le français face à la domination de l’anglais
Depuis la Seconde Guerre mondiale, l’hégémonie de l’anglais est de plus en plus indéniable. Mais le français parvient cependant à résister à cette domination. Par exemple, le français demeure la langue officielle des Jeux olympiques depuis 1894. Pierre de Coubertin y est certainement pour beaucoup.
Face à l’anglais, la France a vite essayé d’instrumentaliser sa langue. La création de l’OIF, qui organise des sommets tous les deux ans, s’inscrit clairement dans ce cadre. La France ne lésine pas sur les moyens. Environ 1,4 Md d’euros par an sont destinés à la promotion de la francophonie. L’équivalent anglais de l’OIF serait le Commonwealth.
En 1984, la chaîne TV5 Monde est créée grâce à un consortium entre Radio-Canada, Télé-Canada et le Conseil international des radios-télévisions d’expression française.
L’Afrique : un rôle particulier au sein de la francophonie
Le Maroc, l’Algérie et la Tunisie totalisent environ 95 millions d’habitants. C’est une zone relativement riche par rapport au reste de l’Afrique. Dans le haut de la pyramide sociale, le français est la langue familiale d’une partie de la population et la langue de travail dans de nombreuses activités. Quant à l’anglais, il progresse dans le domaine économique, avec l’arrivée d’entreprises anglophones.
Les anciennes colonies belges, que sont la République démocratique du Congo, le Burundi et le Rwanda, rassemblent environ 140 millions d’habitants. Le Rwanda de Paul Kagame a supprimé le français de l’enseignement en 2008, mais l’a laissé langue officielle avec l’anglais et le swahili. Rappelons que la secrétaire générale de l’OIF depuis 2018 vient du Rwanda. Le Burundi, quant à lui, a beaucoup de points communs avec le Rwanda, mais a gardé un enseignement plurilingue.
Avec des territoires comme l’île Maurice ou la Réunion, l’usage du français dans les îles de l’océan Indien demeure élevé, à l’importante exception de Madagascar, bouleversée par la « révolution de 1975 », avec notamment la malgachisation de l’enseignement.
L’Afrique, espoir de la francophonie ?
Pour beaucoup, l’avenir de la francophonie dépend surtout de l’Afrique. En 2050, 85 % des francophones vivraient sur le Continent. Si l’anglais ne cesse d’avancer, des signaux positifs demeurent. Le Nigeria a récemment rendu obligatoire l’enseignement du français. Pourtant, le Nigeria ne fait pas partie de l’OIF.
En réalité, tout dépend de la santé économique des pays africains francophones, notamment face aux pays anglophones. L’Afrique du Nord pourrait jouer un rôle particulier, si leur croissance se poursuit. Cependant, il apparaît que le Maroc est progressivement en train de privilégier davantage l’anglais, tandis que l’Algérie ne fait même pas partie de l’OIF, pour des raisons évidemment politiques.
Quant au Sahel, le recul de la France y est indéniable. Il restera donc à voir si le recul du français ira aussi de pair. La Chine et la Russie essaient d’investir au maximum cet espace, et la langue est un instrument qui peut se révéler très utile, surtout sur le long terme.
Un outil de soft power ?
L’article 87 de la Constitution française énonce que « la République participe au développement de la solidarité et de la coopération entre les États et les peuples ayant le français en partage ». Le rôle de la francophonie au sein de la diplomatie française provient donc directement de la Constitution.
Au-delà de l’OIF, le français permet évidemment à Paris d’avoir un soft power indéniable. L’enseignement de la langue française et de l’histoire de la France joue clairement un rôle clé. Des lycées français continuent d’ouvrir un peu partout dans le monde. Quant aux instituts français, ils sont quasiment 100 à l’échelle mondiale.
La francophonie est donc bien un outil d’attractivité diplomatique et une marque de prestige associée à la France. On le voit clairement lors des visites d’un président français dans un pays francophone. Ce sont souvent des événements grandioses. De plus, cette influence permet d’avoir des retombées économiques, en favorisant l’installation d’entreprises françaises un peu partout dans le monde.
Voici un podcast de France Inter sur la francophonie, sous forme d’entretien avec Emmanuel Macron.
Le Québec, le numéro 2 de la francophonie
Le Québec, bien que n’étant pas un pays, s’est très tôt engagé en faveur de la francophonie. La province, même si elle fait partie de la délégation canadienne au sein de l’OIF, dispose d’une représentation propre. Le français est la langue officielle unique du Québec. Et l’affirmation de la francophonie est éminemment politique pour cette province. Cette affirmation lui permet d’avoir une identité propre au sein du Canada, elle qui bénéficie déjà d’un statut de régionalisation avancée.
Cependant, le fait que le Québec ne soit pas un pays limite, dans une certaine mesure, sa force de frappe et son autonomie. Pour autant, le Québec a été depuis 1970 l’une des parties les plus engagées en faveur de la francophonie, parfois même plus que la France.
L’histoire joue bien évidemment un rôle particulier. Le célèbre « Vive le Québec libre ! » de Charles de Gaulle n’est jamais très loin. Ce cri, prononcé le 24 juillet 1967 à Montréal, est un épisode fondateur de la dimension géopolitique de la francophonie. De plus, cet épisode a créé un lien d’amitié unique en son genre entre le Québec et la France. Il a aussi logiquement créé une crise diplomatique entre la France et le Canada, Ottawa considérant qu’il s’agit d’une ingérence dans les affaires intérieures du Canada.
La francophonie sous le feu des critiques
Un instrument de néocolonialisme ?
Après la décolonisation, la francophonie est utilisée par l’État français pour maintenir son influence au sein de l’ancien Empire français, sans domination formelle. Sous couvert de coopération culturelle et linguistique, Paris consolide un réseau diplomatique et économique avec ses anciennes colonies, notamment en Afrique, dans les Caraïbes et au Moyen-Orient.
La France garde ainsi une influence considérable et peut ainsi souvent avoir son mot à dire dans les affaires des États francophones. Même l’aide au développement a pu être, à certains moments, instrumentalisée. Cette posture a souvent été décrite par ses détracteurs de néocolonialiste.
Asymétrie Nord-Sud
Les États africains ont ainsi longtemps eu un poids diplomatique limité. Pourtant, ils sont largement majoritaires au sein de l’organisation. Ce n’est qu’à partir des années 2000, avec l’émergence de nouvelles puissances régionales et la fin de ce qu’on appelait la Françafrique, que les rapports se sont progressivement rééquilibrés. Cependant, beaucoup martèlent toujours que la coopération n’est pas encore véritablement horizontale.
De plus, les tensions internes et l’absence d’une réelle volonté politique commune constituent des freins majeurs au rayonnement géopolitique de la francophonie. Les divergences d’intérêts entre les pays membres – entre ceux du Nord, plus tournés vers la diplomatie culturelle, et ceux du Sud, davantage centrés sur le développement – affaiblissent la cohérence de l’organisation.
La France, le maillon faible de la francophonie ?
Par ailleurs, la francophonie a cessé depuis un moment d’être la priorité pour la diplomatie française. Celle-ci privilégie de plus en plus les cadres bilatéraux et européens. En effet, les élites françaises se sont désintéressées de la francophonie et le Quai d’Orsay ne fait pas vraiment exception.
Mais il ne s’agit pas d’une halte, plutôt d’un ralentissement. Emmanuel Macron s’est lui-même beaucoup investi pour la francophonie. En particulier, il a favorisé le débat avec les jeunes. En 2024, lorsque Paris a accueilli pour la première fois depuis 33 ans le sommet de l’OIF à Villers-Cotterêts, il a beaucoup insisté sur les sujets de jeunesse et d’entrepreneuriat des jeunes.
Selon Ilyes Zouari, président du Centre d’étude et de réflexion sur le monde francophone (CERMF), la France est paradoxalement le maillon faible de la Francophonie. Il déplore en particulier le fait que le président Emmanuel Macron ne rate jamais une occasion de parler anglais. Selon lui, cette posture ne fait qu’affaiblir l’OIF et la francophonie de manière générale.
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