G7

Le G7 est un forum informel réunissant les sept grandes économies occidentales : Canada, France, Allemagne, Italie, Japon, Royaume‑Uni et États-Unis. L’Union européenne participe aux sommets en tant que membre non rotatif. Mais le G7 est-il encore légitime et possède-t-il encore un sens aujourd’hui ?

Un espace de discussion important entre les grandes puissances occidentales

Origines et missions

La question de la nécessité de l’existence d’un forum réunissant les principales puissances industrielles occidentales se pose à partir de la crise des années 1970. En particulier, on retrouve les chocs monétaire (Nixon, en 1971) et pétrolier (1973). Ainsi, Valéry Giscard d’Estaing convoque en 1975 le sommet de Rambouillet. Celui-ci réunit les six principales puissances occidentales, à savoir la France, l’Allemagne de l’Ouest, l’Italie, le Japon, le Royaume-Uni et les États-Unis. C’est le premier G6.

Dès ses débuts, le G6 bénéficie d’une grande légitimité. En effet, il représente les plus grandes puissances économiques. Ce sont donc des pays qui pèsent. Ils ont vocation à assurer la stabilité économique mondiale, et le multilatéralisme qu’ils prônent agit pour une meilleure coopération internationale. Dès 1977, le Canada rejoint le G6, pour former alors le G7. La CEE rejoint également cette organisation, avec un rôle particulier : membre non rotatif, donc sans présidence.

Au départ, le G7 invitait le représentant de la Commission européenne un peu par courtoisie. Il avait surtout un rôle de membre observateur. Aujourd’hui, le rôle de l’UE au sein du G7 est bien plus important. Quoi qu’il en soit, ce G7 pèse aujourd’hui 45 % du PIB mondial.

Un élargissement du rôle du G7

Le G7 est rapidement devenu un rendez-vous annuel attendu sur les grands sujets internationaux. Il s’est rapidement emparé de problématiques diverses et variées. Parmi elles, on retrouve par exemple le terrorisme, la santé, l’agriculture, la sécurité ou encore le climat. Ainsi, en 1989, le G7 a créé le GAFI (Groupe d’action financière). Le but de ce groupe est de lutter contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

Lors du sommet de Tokyo de 1979, le G7 s’est accordé sur la nécessité de développer des énergies alternatives afin de lutter contre la pollution de l’atmosphère.

Cependant, la fin de la guerre froide et l’émergence de nouvelles puissances changent la donne. La légitimité de ce G7 est progressivement remise en question. De plus, l’excessive exposition médiatique des sommets annuels du G7 a fait que celui-ci est plus devenu une vitrine qu’un véritable forum d’échange.

Les sommets les plus marquants

Sommet du G7 Année Lieu Principaux thèmes Décisions ou impacts majeurs
Rambouillet (France) 1975 Château de Rambouillet Crise pétrolière, instabilité monétaire Création du G6 (futur G7), coordination économique internationale dans un contexte de crise
Tokyo (Japon) 1979 Tokyo Inflation mondiale, énergie Engagement à réduire la dépendance pétrolière et à coordonner les politiques énergétiques
Ottawa (Canada) 1981 Ottawa Crise économique et tensions Est-Ouest Affirmation du G7 comme pilier de l’ordre occidental
Plaza (États-Unis) 1985 New York Déséquilibres monétaires Accords du Plaza : baisse coordonnée du dollar face au yen et au mark
Louvre (France) 1987 Paris Taux de change, stabilité financière Accords du Louvre : stabilisation des monnaies après la chute du dollar
Gênes (Italie) 2001 Gênes Mondialisation, dette du Sud Manifestations altermondialistes, débats sur la justice économique
Gleneagles (Royaume-Uni) 2005 Écosse Climat, développement africain Engagements financiers pour l’Afrique et lutte contre le changement climatique
Deauville (France) 2011 Normandie Printemps arabes, régulation financière Soutien aux transitions démocratiques dans le monde arabe
Taormina (Italie) 2017 Sicile Climat, terrorisme, commerce Désaccord sur le climat après la sortie des États-Unis de l’accord de Paris
Hiroshima (Japon) 2023 Hiroshima Guerre en Ukraine, Chine, climat Renforcement du soutien à l’Ukraine et discussions sur la décarbonation mondiale

Dans un monde en changement, le G7 paraît dépassé

Un G7 dominé par les États-Unis

Avec les accords du Plaza Hotel en 1985 et du Louvre en 1987, les États-Unis imposent leur politique monétaire au reste de leurs alliés. Ils se font exigeants, y compris vis-à-vis de leurs partenaires économiques historiques. C’est le cas du Japon, dans le cadre de la troisième endaka.

Focus sur les accords du Plaza Hotel et du Louvre 

En septembre 1985, le G7 se réunit au Plaza Hotel à New York. Ils décident de mettre en place une opération spectaculaire d’intervention sur le marché des changes dans le but de rebaisser le dollar. Dans les mois qui suivent, le dollar perd beaucoup de sa valeur et finit par retrouver son niveau le plus bas, à savoir celui de 1979. Quasiment deux ans plus tard, en février 1987, les pays du G7 se réunissent pour mettre fin à la baisse du dollar. Ce sont les accords du Louvre.

Mais une grosse crise s’ensuit. En effet, durant la période de faible dollar, la croissance américaine s’est grandement accrue. Un gros boom des marchés financiers a eu lieu. Finalement, le 19 octobre 1987, la bulle financière éclate brusquement à la suite de la politique de remontée des taux d’intérêt du nouveau directeur de la FED, Alan Greenspan. Ce 19 octobre 1987, l’indice Dow Jones chute de 22 %, une baisse totalement inédite.

 

L’arrivée au pouvoir de Donald Trump bouleverse profondément le G7. Le milliardaire américain n’hésite pas à remettre en cause le multilatéralisme traditionnel. Sa méthode diplomatique privilégie en effet le bilatéralisme. Son mépris pour des institutions comme le G7 ou encore l’ONU est connu de longue date. De nombreux dirigeants, dont Emmanuel Macron et Angela Merkel, doivent alors décupler leurs efforts pour espérer maintenir la cohésion du G7.

Une légitimité affaiblie et remise en question

La montée de la Chine et des BRICS remet en cause la légitimité du G7. Les BRICS eux-mêmes se sont toujours vus comme un anti-G7. L’inclusion de la Russie à la fin des années 1990 (le G7 devient alors G8) ne suffit pas à calmer les ardeurs des grands pays du Sud global. De plus, le G20, créé en 1999 et véritablement institutionnalisé lors de la crise de 2008, vient concurrencer fortement le G8, qui paraît alors comme un petit club privé. C’est la diplomatie de club qu’évoque notamment Bertrand Badie.

À partir des années 2010, avec un Sud global qui a le vent en poupe et qui connaît une belle croissance (au moins jusqu’en 2014), le G8 est très pointé du doigt. L’idée selon laquelle l’Occident déciderait pour tout le monde se répand, délégitimant cette organisation. Surtout, des contre-modèles économiques apparaissent : les BRICS et leur NBD (Nouvelle banque de développement, lancée en 2015), la BAII (Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures) ou encore l’OCS (Organisation de coopération de Shanghai). On voit donc l’émergence d’une kyrielle de groupes s’opposant à la pseudo-hégémonie occidentale incarnée par le G7/G8.

La démographie, un enjeu vital pour le G7

Autre élément important symbolisant la baisse de la légitimité du G7 : la démographie déclinante. Le vieillissement de la population (baisse de la mortalité et chute des naissances) est devenu un enjeu quasiment vital pour de nombreux pays du G7, notamment le Japon, l’Italie et l’Allemagne. De leur côté, les pays en développement ou en voie d’émergence gardent des taux de fécondité élevés, voire très élevés. Par exemple, le Nigeria a un taux de fécondité de 4,5 enfants par femme (données de 2023).

La question qui se pose est donc la suivante : pourquoi un groupe représentant seulement 10 % de la population mondiale serait amené à prendre des décisions pour la plupart ?

Remarque importante : en 2014, le G8 suspend la Russie suite à l’invasion de la Crimée. Le G8 (re)devient alors G7. Donald Trump s’est souvent prononcé pour une réintégration de la Russie, mais le refus catégorique des Européens et du Canada l’en empêche. Ce départ de la Russie a encore plus affaibli la légitimité du G7 auprès des représentants et des habitants du Sud global.

Un rééquilibrage et une refonte du multilatéralisme

D’autres espaces de discussion plus légitimes

Comme dit précédemment, le mode d‘action du G7/G8 suscite des critiques, car du point de vue des autres pays, il apparaît comme une sorte de directoire autoproclamé qui s’estime en droit de prendre des décisions économiques ayant un impact sur le monde entier, à l’image des accords du Plaza Hotel et du Louvre. Il renvoie donc l’image critiquable d’un club de riches.

En matière de légitimité, le G20 l’emporte clairement sur le G7. Lancé en 1999 à l’initiative du Premier ministre canadien, il représente en effet 75 % du commerce mondial et 80 % du PIB. Le continent africain y est représenté, avec l’Afrique du Sud. De plus, lors du sommet du G20 en Inde en 2023, le Premier ministre, Narendra Modi, a annoncé que l’Union africaine rejoignait l’organisation. Cette décision a encore plus accru la légitimité du G20.

Les BRICS quant à eux gagnent rapidement en popularité. Lors de leur 1er sommet en 2009, le ministre des Affaires étrangères brésilien avait même proclamé « la mort du G7 ». Lors du 2e sommet en 2010, les pays membres ont annoncé en grande pompe le début d’une nouvelle « réalité géopolitique ». Cependant, les divergences internes entre des pays comme la Chine et l’Inde ainsi que l’hégémonie économique chinoise ont souvent compliqué la tâche des BRICS. À cela s’ajoutent les crises économiques que connaissent le Brésil, la Russie et l’Afrique du Sud lors des années qui suivent.

Mais le G7 joue encore un rôle important

Pour autant, nul ne peut prétendre que le G7 est totalement dépassé, voire qu’il serait en état de mort cérébrale. Il joue encore un rôle important, surtout lors des crises aiguës et lorsqu’il y a un minimum d’unité entre les différents membres. Ce fut clairement le cas sous la présidence de Joe Biden, même s’il a essayé à de nombreuses reprises d’imposer sa vision des choses. Ainsi, l’unité du G7 a été cruciale lors des jours et semaines suivant l’agression de l’Ukraine par la Russie. Le soutien matériel, financier et diplomatique en faveur de l’Ukraine a permis à ce pays de résister plus longtemps face à la Russie.

Par ailleurs, le G7 peut aussi parfois jouer le rôle d’antichambre pour la discussion de nouveaux sujets. Ces sujets peuvent ensuite être élargis au G20. C’est par exemple le cas pour la taxation des grandes multinationales, réclamée par certains pays du G7, dont la France, ou encore pour la question de la réglementation des paradis fiscaux. De même, le thème des cryptoactifs a été discuté en G7 avant d’être proposé pour discussion en G20 sur une initiative franco-allemande en février 2018.

Autre exemple : lors des mégafeux au Brésil en 2019, le G7 a été réactif pour mener la réaction internationale. Ainsi, alors même que le président Bolsonaro refusait de débloquer 20 millions d’euros pour gérer la situation, Emmanuel Macron a annoncé que le G7 financerait ces 20 millions d’euros pour sauver l’Amazonie.

Quiz récapitulatif

Share the quiz to show your results !


Just tell us who you are to view your results !

G7 I got %%score%% of %%total%% right

Pour accéder à toutes nos ressources géopolitiques, clique ici !