La santé mondiale est aujourd’hui le miroir d’une profonde injustice : ceux qui ont le plus besoin de médicaments sont souvent les derniers à y avoir accès. De ce fait, les pays en développement semblent piégés dans un couloir dont ils ne peuvent sortir. C’est ce que l’économiste Paul David appelle la Path Dependency : cette dépendance au sentier qui explique comment des décisions prises par le passé, comme les structures coloniales ou les anciens accords commerciaux, verrouillent encore aujourd’hui le futur de ces nations. Entre des brevets qui protègent les profits des laboratoires et des normes de qualité dictées par le Nord, une barrière invisible maintient le Sud en périphérie du marché du médicament.
Introduction
Cette dépendance ne date pas d’hier et elle ne cesse de se reconstruire, à travers le droit international, la recherche pharmaceutique ou les rapports de force entre grandes puissances.
On va essayer de comprendre comment ce piège se referme concrètement sur le Sud, à travers des brevets qui verrouillent tout, une recherche qui l’ignore, des normes presque impossibles à atteindre. Et on verra aussi le cas troublant de l’Inde et de la Chine, qui devaient être l’alternative au Nord pour les Pays du Sud, mais qui, au fond, jouent souvent le même jeu.
La structure de la dépendance : le lock-in technologique et juridique
Les accords ADPIC : quand le droit exclut le Sud
Pour comprendre la situation des pays du Sud dans le domaine pharmaceutique, il faut d’abord regarder les règles du jeu. Et ces règles, c’est le Nord qui les a écrites. Le point de départ, ce sont les accords ADPIC, négociés dans le cadre de l’OMC, qui imposent un standard mondial de protection des brevets. Tant qu’un médicament est breveté, personne ne peut en produire une version générique, ce qui permet au détenteur du brevet de garder le monopole. C’est ce que certains économistes appellent la « clôture des communs » sanitaires : on privatise ce qui devrait appartenir à tous.
Le résultat est donc une dépendance totale et structurelle. Ainsi, dans les pays à revenu faible, il arrive que la moitié de la population ne puisse pas avoir accès aux médicaments dont elle a besoin. Les pays du Sud ne sont donc pas simplement exclus du marché, ils sont enfermés dans un cadre juridique et économique conçu sans eux, qui rend leur émancipation pharmaceutique quasiment impossible.
Le « 10/90 Gap » : quand la recherche tourne le dos au Sud
Il existe un concept qui résume à lui seul l’injustice du système pharmaceutique mondial : le « 10/90 Gap ». L’idée est simple et glaçante : 90 % de la recherche mondiale est consacrée aux maladies qui ne touchent que 10 % de la population mondiale, c’est-à-dire les maladies chroniques des pays riches. Le paludisme, la maladie de Chagas, la leishmaniose… ces pathologies qui ravagent le Sud sont quasi absentes des laboratoires.
De fait, les maladies liées à la pauvreté représentent pourtant 13,8 % du fardeau mondial de la maladie, mais ne reçoivent que 1,34 % des dépenses mondiales de R&D en santé. Autrement dit, ces maladies touchent une part énorme de l’humanité, mais les laboratoires n’y consacrent quasiment rien. C’est un chiffre qui dit tout sur les priorités réelles du système : les grands laboratoires ne créent pas des solutions pour des patients qui ne pourraient pas payer leur produit.
La barrière des normes : l’impérialisme réglementaire
Il existe une troisième forme de dépendance, plus discrète, mais tout aussi préoccupante. Ce sont les normes elles-mêmes qui excluent les pays du Sud. Pour vendre un médicament aux États-Unis ou en Europe, il faut obtenir la certification de la FDA ou celle de l’EMA, qui sont très coûteuses. Une demande d’approbation FDA pour un médicament générique coûte environ 375 000 dollars.
Pour donner une idée concrète : 375 000 dollars, c’est souvent plus que le budget annuel de santé de certaines provinces en Afrique subsaharienne. Ces sommes sont tout simplement hors de portée pour un laboratoire local. Ainsi, si elles n’ont pas accès aux médicaments des pays développés, les produire chez elles semble aussi impossible, car l’insolvabilité de la majorité de la population africaine et l’impossibilité d’accéder aux marchés européens/américains rendent non viables économiquement leurs projets pharmaceutiques.
C’est ce que l’économiste Jagdish Bhagwati appelle « l’impérialisme réglementaire ». Le Nord n’a pas besoin d’imposer des droits de douane pour fermer ses marchés aux producteurs du Sud. Il lui suffit d’imposer ses propres standards de qualité. Les pays en développement peinent à répondre à ces exigences réglementaires, faute de ressources suffisantes et d’expertise technique.
La logistique et le « dernier kilomètre »
La dépendance des pays du Sud ne se résume pas aux brevets ou aux normes réglementaires. Elle a aussi une dimension très concrète, très physique : comment acheminer un médicament là où il n’y a pas de routes ? C’est ce qu’on appelle le problème du « dernier kilomètre ». Dans de nombreuses zones rurales d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine, les infrastructures sont quasi inexistantes. Pas de routes bitumées, pas de chaîne du froid fiable, parfois pas même d’électricité. Un médicament peut exister, être disponible dans la capitale et ne jamais arriver au patient qui en a besoin en périphérie.
D’ailleurs, plusieurs solutions sont envisagées pour combler ce manque. Je t’en cite une qui illustre parfaitement comment le numérique peut répondre à des problèmes endémiques dans les pays en développement.
C’est précisément ce vide qu’a comblé Zipline. Cette entreprise américaine a trouvé son modèle économique au Rwanda. Ses drones électriques livrent désormais 65 % du sang du pays, ainsi que de l’insuline, des antibiotiques et des vaccins. Une poche de sang commandée en urgence peut être livrée en une vingtaine de minutes, là où il faudrait trois heures de route à un véhicule classique. C’est un exemple parfait de leapfrogging : la solution n’est pas de construire des routes, mais d’utiliser des technologies très récentes qui passent par le ciel.
Cet exemple montre quelque chose d’important. La marginalisation des pays du Sud dans l’accès aux médicaments n’est pas seulement normative ou économique, elle est aussi géographique. D’ailleurs, c’est précisément parce que la marginalisation est multidimensionnelle qu’elle est si difficile à surmonter.
La « pharmacie du Sud » sous tension : le rôle ambigu de l’Inde et de la Chine
Longtemps, on a cru que l’émergence de nouvelles puissances pharmaceutiques allait changer les règles du jeu. En particulier, l’Inde et la Chine devaient être la réponse du Sud face aux laboratoires occidentaux. La réalité est plus cruelle que cela : ces géants ont construit leur propre empire, sans forcément inclure les autres pays du Sud.
L’Inde, « pharmacie du monde » : un sauveur qui se négocie
Pendant des décennies, l’Inde a joué un rôle crucial : elle produisait des génériques à bas coût et les exportait vers l’Afrique, l’Asie du Sud-Est, l’Amérique latine. En 2000, elle fournissait déjà plus de 80 % des médicaments contre le VIH utilisés dans les pays en développement, ce qui était vital pour ces Pays du Sud.
Mais quelque chose a changé depuis 2005. Sous la pression de l’OMC et des accords ADPIC, l’Inde a dû réformer sa législation sur les brevets. Elle est passée du « Process Patent » au « Product Patent ». Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Avant, un laboratoire indien pouvait fabriquer un médicament existant par un procédé différent et le vendre moins cher. Après 2005, ceci est terminé : le produit lui-même est protégé. Ainsi, les génériques de dernière génération, contre le cancer, les hépatites, les maladies chroniques, deviennent beaucoup plus difficiles à produire pour les pays du Sud.
Un arrêt judiciaire a quand même tout changé. En 2013, la Cour suprême indienne refuse d’accorder un brevet à Novartis pour le Glivec, un médicament contre la leucémie, parce que l’entreprise avait simplement modifié légèrement une molécule existante pour prolonger son brevet. C’est ce qu’on appelle l’« evergreening », une pratique courante des Big Pharma pour éviter la concurrence des génériques. L’Inde a refusé et ce choix a résonné dans tout le Sud Global. L’Inde se pose en gardienne d’une idée simple : l’innovation doit servir les malades, pas les actionnaires.
Mais depuis, l’Inde a évolué : elle est devenue une puissance transactionnelle qui négocie et protège ses propres intérêts industriels.
La Chine et les principes actifs : quand la santé devient une arme
Le sharp power sanitaire chinois
Derrière l’Inde, il y a une ombre encore plus grande : la Chine, pays produisant aujourd’hui 40 % des principes actifs pharmaceutiques (API) mondiaux. Pour certains antibiotiques, comme la pénicilline ou la ciprofloxacine, cette part dépasse 90 %. Autrement dit : si Pékin met fin aux exportations, la planète entière manque de médicaments.
C’est ce qu’on appelle la « diplomatie des actifs ». La Chine ne vend pas seulement des médicaments, elle contrôle l’ingrédient dont tout le monde a besoin. Avec cette dépendance qu’elle crée, la Chine met ainsi en place de véritables stratégies de puissance. D’un côté, la dimension de sharp power est évidente : Pékin menace parfois de couper les approvisionnements en cas de tensions diplomatiques, utilisant ce qu’on appelle la « weaponized dependence » (la dépendance comme une arme).
Le soft power sanitaire chinois
D’un autre côté, il faut analyser son soft power sanitaire. La Chine offre des vaccins ou des traitements à des pays africains, mais souvent en échange de soutiens politiques à l’ONU. C’est une pression silencieuse, mais terriblement efficace, qui transforme la santé en un levier diplomatique majeur.
On l’a vu très clairement durant la pandémie de Covid-19 avec l’initiative des « nouvelles routes de la soie de la santé ». Pékin a massivement livré son vaccin Sinopharm à des pays d’Asie du Sud-Est et d’Afrique, comme l’Égypte ou le Maroc, pour s’afficher comme le seul partenaire fiable face à un Occident accusé de « nationalisme vaccinal ». Ainsi, la Chine a utilisé la crise de la Covid comme le moyen parfait pour redorer son image, tout en sécurisant ses alliances stratégiques dans le Sud Global.
La « vassalité sanitaire » : un piège qui persiste
Alors, quelle stratégie semble la meilleure pour les pays africains ou d’Asie du Sud-Est ? Se tourner vers l’Inde ou la Chine plutôt que vers l’Occident ? C’est à la fois tentant dans une logique de Sud Global, mais c’est aussi déplacer la dépendance, pas la supprimer.
Le commerce Sud-Sud existe, mais il est profondément asymétrique. L’Inde et la Chine exportent des médicaments, elles n’exportent pas leur savoir-faire. Elles n’aident pas les pays africains à construire leur propre industrie pharmaceutique. Au contraire : quand elles investissent sur le continent, en Éthiopie, en Égypte, elles installent leurs propres usines, avec leurs propres employés, dans leurs propres circuits logistiques. Le pays hôte gagne des emplois, mais il ne gagne pas l’autonomie. C’est donc ça, la nouvelle vassalité sanitaire. Ainsi, le Sud Global reste spectateur d’un duel entre puissances qui montent.
Pas de souveraineté, pas de sécurité : le piège des crises
Dans cette dernière partie, nous allons donc analyser les conséquences de cette dépendance. Ainsi, ces pays qui ne produisent rien et qui dépendent de chaînes qu’ils ne contrôlent pas sont des pays qui sont nus face aux crises. La Covid-19 l’a prouvé brutalement : quand les vaccins sont arrivés, chaque grande puissance a privilégié et protégé dans un premier temps ses concitoyens.
Les États-Unis, le Royaume-Uni ou l’Union européenne ont commandé des doses en masse, avant même que les vaccins soient officiellement approuvés, quitte à en réserver bien plus que ce dont leur population avait vraiment besoin. C’est ce qu’on appelle le nationalisme vaccinal : dans les faits, chaque pays a protégé les siens en premier, sans trop se soucier du reste du monde. Cette logique porte un nom plus théorique en relations internationales, la « weaponized interdependence » : l’idée qu’un pays peut se servir de sa place dans un réseau mondial, ici l’accès prioritaire aux vaccins, comme d’un vrai levier de pression sur les autres.
Aujourd’hui, il y a une autre logique qui est intéressante à analyser : le friend-shoring. Comme le souligne Gita Gopinath dans son article « La seconde guerre froide ? Préserver la coopération économique sur fond de fragmentation géoéconomique », les États-Unis et l’Europe reconstruisent leurs chaînes d’approvisionnement entre alliés (article que je te conseille FORTEMENT de lire).
Résultat : les pays qui n’appartiennent à aucun bloc se retrouvent dans ce que l’économiste Gita Gopinath appelle une zone grise logistique (les derniers servis bien souvent). Ainsi, si on fait l’analogie dans les crises sanitaires, de nombreux pays se retrouvent exclus de ces chaînes d’alliances stratégiques.
Les stratégies d’émancipation : vers une souveraineté régionale ?
La pandémie de Covid-19 a révélé une réalité brutale : les Pays du Sud ne maîtrisent ni la production ni la distribution des médicaments dont ils dépendent. Mais cette crise a aussi agi comme un électrochoc, accélérant l’émergence de stratégies d’émancipation inédites. Du Kenya au Maroc, en passant par les grandes ambitions de la ZLECAf, la périphérie mondiale tente enfin de sortir de cette marginalisation grâce à différentes stratégies.
Le leapfrogging : sauter les étapes pour produire demain
Ici, nous nous intéressons aux solutions qui montrent que la périphérie tente enfin de devenir un centre. Le premier levier, c’est le concept de leapfrogging industriel. C’est une idée clé en géopolitique qui explique comment un pays peut « sauter » des étapes de développement technologique. Au lieu de passer des décennies à construire une industrie chimique classique et lourde, des pays comme l’Afrique du Sud passent directement à la haute technologie.
L’exemple le plus frappant est celui des transferts de technologie de l’OMS pour l’ARNm : en court-circuitant la chimie traditionnelle, ces pays adoptent tout de suite les solutions de demain pour produire des vaccins modernes de façon autonome.
Un parallèle s’impose ici avec la Silicon Savannah kenyane. Nairobi concentre aujourd’hui plus de 200 start-up technologiques et représente l’un des écosystèmes numériques les plus dynamiques du continent africain. Le hub de Konza Technopolis, lancé par le gouvernement kenyan, ambitionne de reproduire le modèle des grandes métropoles tech mondiales, mais en l’adaptant aux réalités africaines. C’est précisément ce terreau numérique qui permet au Kenya de « sauter » l’étape de l’industrialisation classique et d’atteindre directement des capacités technologiques pharmaceutiques de pointe.
Cela s’explique aussi par le fait que le Kenya ait été choisi par l’OMS pour devenir un centre de production de vaccins à ARN messager afin de soigner la Covid, mais aussi le paludisme. Le pays profite de sa Silicon Savannah pour intégrer la technologie à la logistique médicale. En produisant sur son territoire, cela lui permet de réduire sa dépendance aux canaux de distribution et ainsi d’augmenter la sécurité et la souveraineté des médicaments.
La ZLECAf : s’unir pour briser la dépendance
Cette logique d’union se retrouve à l’échelle du continent avec la ZLECAf, la Zone de libre-échange continentale africaine, entrée en vigueur en 2021. Inspirée du modèle de l’Union européenne, elle a su transformer un marché fragmenté en une puissance commerciale et vise à créer un marché pharmaceutique unifié de 1,4 milliard de consommateurs. L’objectif principal est d’atteindre une taille critique pour attirer des investissements massifs que les États africains, pris isolément, ne peuvent pas espérer capter.
En mutualisant leurs marchés, les pays africains veulent envoyer un signal fort aux laboratoires internationaux : le continent n’est plus une périphérie impuissante, mais un partenaire incontournable. L’Union africaine s’est d’ailleurs fixé un cap symbolique : atteindre 60 % de production locale d’ici 2040, contre moins de 15 % aujourd’hui. C’est la preuve que les pays africains veulent sortir de la vassalité sanitaire en transformant leur marché fragmenté en un bloc solide. Pour sortir de ce rôle périphérique, les pays africains devront donc apprendre à collaborer tous ensemble et à unir leurs forces.
Le modèle marocain : la stratégie du nearshoring
Le Maroc joue la carte du nearshoring, c’est-à-dire produire au plus près des besoins du continent. L’exemple parfait est l’usine Marbio, inaugurée en 2022 à Benslimane. Ce projet géant, lancé sous l’impulsion de Mohammed VI, ne se contente pas de mettre des médicaments en boîtes, il vise la fabrication complète de vaccins et de produits biotechnologiques. Avec une capacité de 900 millions de doses par an, Marbio transforme le Maroc en un « pôle relais » entre l’Europe et l’Afrique.
La stratégie de nearshoring marocaine est particulièrement bien pensée. En se positionnant comme une plateforme de production à mi-chemin entre les laboratoires européens et les marchés africains, le Maroc attire des partenariats avec des groupes comme Sanofi ou l’Institut Pasteur, qui y trouvent un point d’entrée moins coûteux et logistiquement plus cohérent que l’Europe pour approvisionner le continent. L’objectif est de couvrir 70 % des besoins du royaume tout en devenant le premier fournisseur souverain du continent africain.
Le numérique : sécuriser l’accès et la traçabilité
Comme nous l’avons vu précédemment, un des problèmes les plus importants est l’inaccessibilité géographique et la sécurité du transfert des médicaments. Nous allons voir ici deux solutions pertinentes qui permettent de faciliter les échanges de médicaments et surtout de rendre les livraisons fiables. Ici, le numérique permet de réduire les risques et de baisser les coûts, à travers deux innovations majeures.
D’abord, il y a MyDawa, la première pharmacie en ligne agréée du Kenya. Normalement, avant d’arriver jusqu’au patient, un médicament passe entre plusieurs mains : un grossiste qui l’importe, un distributeur régional, puis la pharmacie physique, et chacun prend au passage sa petite marge.
MyDawa a trouvé un moyen de court-circuiter une partie de ce circuit : l’entreprise achète directement auprès des fabricants, puis livre les commandes passées sur son application grâce à des coursiers à moto, capables d’atteindre aussi bien Nairobi que des zones plus reculées. Résultat, des médicaments certifiés coûtent entre 20 % et 40 % moins cher qu’en officine classique, ce qui n’est pas rien dans des pays où le prix des traitements pousse encore beaucoup de gens vers le marché informel.
Mais les solutions peuvent aussi venir de l’extérieur
Nous venons de voir que des solutions sont mises en place par les États et organismes du Sud, mais cela n’est pas suffisant. Face aux défaillances des États, une réponse s’est construite à l’échelle mondiale regroupant des accords internationaux, des alliances public-privé et des mécanismes de solidarité.
Les programmes internationaux : un vecteur de lien pour briser la marginalité
L’Accord mondial sur les pandémies de 2025 est une vraie rupture. Grâce à cet accord, nous mettons fin à la « charité » pour passer à la responsabilisation. Concrètement, c’est le réseau PABS : un système de « donnant-donnant » qui a été mis en place. Celui-ci permet aux Pays du Sud de partager les données des virus trouvés chez eux (indispensables pour créer des vaccins) et, en échange, ils reçoivent directement 20 % de la production mondiale de traitements. Cet accord permet donc de faire avancer les recherches plus vite grâce aux données récoltées tout en permettant à des populations d’accéder à des traitements qu’elles ne pouvaient pas se procurer.
Mais cet accord ne s’arrête pas là. Pour ne pas juste dépendre des envois, des pôles technologiques ont été installés au Brésil, en Afrique du Sud et au Vietnam. L’idée, c’est de transférer le « savoir-faire » pour que ces régions produisent leurs propres doses. Ainsi, cela permet de sécuriser enfin le Sud en le rendant acteur, pas juste spectateur.
Gavi et l’Unicef : le duo qui fait bouger les lignes
Face à des États qui sont unilatéralistes sur de nombreuses questions internationales, l’alliance Gavi cherche à pousser les États à s’investir et s’impose comme le bras armé de la santé mondiale. Ce n’est pas un bureau de l’ONU, mais un partenariat public-privé entre des pays et la Fondation Gates. Ceux-ci financent l’organisation et poussent leurs entreprises (pour certains pays) à réaliser des accords avec l’organisme.
Ainsi, le Gavi fonctionne comme une centrale d’achat géante : elle regroupe les commandes de dizaines de pays pauvres pour peser face aux labos et faire s’écrouler les prix. Après ces accords passés, c’est l’Unicef qui prend le relais pour la logistique. C’est le pro du « dernier kilomètre », dans la mesure où il permet d’acheminer les vaccins jusque dans les zones de guerre ou les déserts de 190 pays.
Quel bilan ? Les chiffres sont très conséquents et prouvent l’importance de son rôle : 1,1 milliard d’enfants vaccinés depuis 2000 et 17,3 millions de vies sauvées. Le duo Gavi-Unicef a donc un rôle très important pour sortir les pays du Sud de la marginalisation et guérir des millions d’hommes.
COVAX : un bouclier mondial contre le chacun pour soi
COVAX est né en pleine crise de la Covid, avec une idée assez simple au départ : éviter que les pays pauvres se retrouvent sans vaccins pendant que les pays riches achetaient déjà toutes les doses disponibles. Ainsi, le principe était de passer des commandes en commun, avant même que les vaccins soient prêts, pour négocier de meilleurs prix et garantir un minimum de stock aux pays du Sud. Ce n’était pas seulement une question d’argent : il fallait aussi réussir à transporter et à conserver ces vaccins au froid, dans des pays qui n’avaient pas toujours les infrastructures nécessaires pour ça.
Et malgré la période de crise, ce programme fut un succès. Grâce à un fonds commun, alimenté par les dons d’États riches, d’entreprises et de fondations comme celle de Bill Gates, plus de 12 milliards de dollars ont été réunis pour financer gratuitement l’accès aux vaccins pour les 92 pays les plus pauvres. Le résultat est que deux milliards de doses ont été livrées et on estime que cela a permis d’éviter environ 2,7 millions de décès. Au final, les pays pauvres sont parvenus à atteindre 57 % de couverture vaccinale fin 2023, ce qui reste, pour un moment aussi difficile, une véritable réussite collective.
Le revers de la médaille : sortir du piège de l’aide
Mais, attention, il ne faut pas être naïf. Comme le rappelle Sylvie Berger, les vraies solutions doivent d’abord naître à l’intérieur. C’est là que le livre Dead Aid de Dambisa Moyo est crucial. Pour elle, l’aide extérieure agit comme une « drogue financière » : à force de recevoir des solutions toutes faites, les gouvernements locaux s’endorment. Ils arrêtent d’investir dans leurs propres labos, puisqu’on leur livre tout sur un plateau.
On crée une dépendance qui étouffe l’innovation locale et transforme les pays du Sud en éternels assistés. C’est tout le défi actuel : l’aide doit être un moteur pour démarrer, pas une perfusion éternelle.
Conclusion
Ce tour d’horizon montre que la marginalisation des pays du Sud n’a rien d’une fatalité. Des solutions concrètes existent, portées aussi bien par les États eux-mêmes que par la solidarité internationale. Mais l’aide extérieure, aussi utile soit-elle, ne peut pas remplacer une volonté politique locale de construire une industrie durable. La vraie question, pour les années à venir, sera de savoir si ces pays sauront transformer ces premiers succès en autonomie réelle.
Je te conseille vraiment de bien garder ces exemples (Gavi, COVAX, M-Pedigree, usine Marbio, ZLECAf) : ce sont vraiment des exemples originaux et qui font la différence, parce qu’ils sont mobilisables pour tout type de sujet autre que la santé : la gouvernance mondiale, toutes les questions de développement dans les pays du Sud, la dépendance Nord-Sud notamment, ou encore les sujets autour des crises (sécurité et souveraineté face à celles-ci).



