Le 1er décembre 2025, la Zambie et l’Eswatini ont reçu leurs premières doses de lénacapavir, un traitement antirétroviral contre le VIH. Si cette avancée biomédicale du laboratoire américain Gilead peut sembler être une victoire en faveur de la solidarité internationale, elle marque en réalité un tournant géopolitique majeur. En effet, on assiste au passage d’une aide multilatérale à une stratégie bilatérale au nom de la politique « America First ». En revoyant leurs engagements traditionnels, les États-Unis, jusqu’à présent garants d’une santé accessible à tous, privilégient aujourd’hui des accords servant uniquement leurs propres intérêts. L’administration Trump rappelle ainsi que la santé mondiale est moins un bien public universel qu’un instrument de puissance au service du Nord.
Introduction
Remise en contexte
Tu peux utiliser cette actualité en colle pour mettre en lumière le paradoxe de la santé mondiale. D’un côté, les innovations technologiques se concentrent dans les pays du Nord (ici, le laboratoire américain Gilead). De l’autre, la majorité des besoins sanitaires vitaux se situent dans les pays du Sud. La santé devient alors le miroir des disparités Nord-Sud, révélant non seulement des inégalités d’accès aux soins (« le fossé thérapeutique »), mais aussi une relation de dépendance structurelle où le soin est utilisé comme un levier de soft power.
Pourtant, la santé comporte des enjeux mondialisés, qui ne peuvent s’arrêter aux inégalités Nord/Sud. C’est ce que nous a rappelé la crise de la Covid-19. Dans un monde hypermondialisé, le virus ne connaît pas de frontières. Ainsi, tu dois comprendre que si le Sud n’est pas soigné, le Nord finit inévitablement par être atteint. Dès lors, la santé devient une variable révélatrice des inégalités structurelles.
Nous allons voir comment la santé agit comme un miroir des fractures géopolitiques mondiales, notamment à travers le lien entre investissement médical et puissance économique.
Définition des termes
Ce sujet est un sujet de colle. Pour bien l’aborder, commençons par définir les termes.
Selon le préambule de la Constitution de l’Organisation mondiale de la Santé (1948), la santé se définit comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Cette définition fait de la santé un droit fondamental universel. Or, l’incapacité à atteindre cet état de bien-être social dans certaines zones du monde transforme la santé en un enjeu de justice mondiale.
Par ailleurs, la santé agit comme un miroir des disparités, c’est-à-dire des écarts de développement. Ces disparités matérialisent la fracture Nord-Sud. D’un côté, un Nord qui détient le « biopouvoir », terme conceptualisé par Michel Foucault. Il renvoie à la capacité technique, financière et juridique (via les brevets, par exemple) de protéger la vie. À l’opposé se trouve le Sud, souvent réduit à une position de dépendance ou de zone de risques.
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Ainsi, la santé devient un marqueur de souveraineté. Le Nord utilise la diplomatie sanitaire pour étendre son influence. Le Sud, lui, cherche à s’affranchir de cette tutelle pour garantir à ses populations un accès équitable aux soins. La santé est donc un terrain de confrontation entre la logique marchande des laboratoires et le principe de la santé comme bien public mondial.
Un Nord plus avantagé que le Sud dans le domaine de la santé
Inégalités en matière d’encadrement médical
Il faut que tu notes d’abord que le niveau de développement d’un pays conditionne directement sa capacité à soigner sa population. Le Nord, grâce à sa richesse accumulée, a fait de la santé une priorité budgétaire et politique majeure. En revanche, le Sud subit un manque chronique de moyens. Cela entraîne une absence d’infrastructures opérationnelles.
Par exemple, la conservation des vaccins nécessite une chaîne du froid ininterrompue. Cela constitue donc un défi logistique presque insurmontable dans certaines zones rurales d’Afrique subsaharienne à cause d’un manque d’électricité stable. Ainsi, en avril 2021, le gouvernement du Sud-Soudan a dû annoncer qu’il ne pourrait pas utiliser 60 000 doses du vaccin AstraZeneca reçues via l’Union africaine. Ces doses ont expiré avant d’avoir pu être injectées.
Pour illustrer ce déséquilibre, tu peux retenir ce chiffre frappant : on compte environ 300 médecins pour 100 000 habitants en France, contre seulement 20 pour 100 000 en Afrique du Sud. Ce déficit humain est aggravé par le phénomène de la fuite des cerveaux. En effet, de nombreux praticiens formés au Sud partent exercer au Nord pour de meilleurs salaires.
Par conséquent, les dépenses de santé par habitant révèlent une asymétrie totale. Selon l’OMS, les pays à haut revenu dépensent en moyenne 5 000 dollars par personne et par an, tandis que les pays à faible revenu plafonnent à moins de 100 dollars. Cela condamne donc les populations du Sud à une précarité médicale permanente.
Une transition épidémiologique inégale
Tu dois ensuite savoir que la nature même des maladies diffère selon le pays et son niveau de développement. Ce phénomène s’explique par la théorie de la transition épidémiologique formulée par Abdel Omran en 1971. Selon ce modèle, le développement permet de passer d’un stade dominé par les maladies infectieuses à un stade où dominent les maladies dégénératives (cancers, maladies cardiovasculaires) liées au vieillissement.
Or, tu dois remarquer que la majorité des pays du Sud n’ont pas achevé cette transition. Ils font face à ce qu’on appelle le double fardeau. D’abord, ils doivent lutter contre les pandémies infectieuses (par exemple, le SIDA). Ensuite, ils voient aussi progresser les maladies dégénératives, comme le diabète.
Les statistiques de l’espérance de vie sont très représentatives de ce concept. Par exemple, au Japon, pays qui a parfaitement terminé sa transition, l’espérance de vie atteint 84 ans. À l’inverse, elle stagne à 51 ans en Afrique du Sud. C’est là où les maladies infectieuses sont encore responsables de six décès sur dix.
Il faut que tu comprennes que ces chiffres sont le résultat d’un retard de développement. En outre, le changement climatique aggrave cette situation en favorisant la progression de maladies vectorielles vers le Sud, alors que le Nord dispose des technologies pour s’en protéger. La santé est donc le marqueur le plus cruel de l’inégalité face à la mort.
L’industrie pharmaceutique défavorable aux pays du Sud
Enfin, tu peux analyser le rôle des acteurs dans l’industrie pharmaceutique pour montrer les disparités Nord/Sud en matière de santé. Les Big Pharma privilégient une logique de profit qui se traduit par un système de brevets extrêmement rigide. Par conséquent, la propriété intellectuelle devient une barrière d’accès aux soins pour le Sud. C’est ce qu’on appelle le fossé technologique. Les médicaments sont conçus au Nord pour les pathologies du Nord. Ainsi, les maladies du Sud sont négligées. Elles ne reçoivent que peu d’investissements de recherche.
Pour l’illustrer, tu peux utiliser l’exemple historique du procès de Pretoria. En 1998, alors que l’Afrique du Sud subit l’épidémie de VIH, le gouvernement de Nelson Mandela promulgue une loi autorisant l’importation et la production de médicaments génériques. Le coût était jusqu’à 80 % inférieur aux trithérapies brevetées par les firmes occidentales. En réaction, 39 multinationales pharmaceutiques attaquent l’État sud-africain en justice. Elles l’accusent de violer les accords ADPIC de l’OMC. Ceux-ci concernent les droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce.
Sous la pression d’une mobilisation citoyenne internationale sans précédent (menée par l’ONG Treatment Action Campaign et Médecins sans Frontières) et face à un désastre d’image, les laboratoires retirent leur plainte en avril 2001. Ce retrait de Pretoria a forcé la communauté internationale à reconnaître que la propriété intellectuelle ne peut primer sur la survie des populations, menant à la Déclaration de Doha (2001) qui autorise les pays en difficulté sanitaire à lever les brevets en cas d’urgence nationale.
Voici une rédaction structurée de ta partie, en respectant les codes de l’argumentation (affirmation, explication, illustration) et en intégrant tes données pour démontrer le basculement des rapports de force.
Des avancées au Sud : vers un basculement des rapports de force mondiaux ?
La généralisation des progrès sanitaires
Cependant, si on fait un état des lieux de la santé mondiale, celui-ci révèle une réduction spectaculaire des écarts historiques entre les deux hémisphères. Par conséquent, la santé ne semble plus être le marqueur premier des disparités de développement. On assiste en effet à une évolution favorable des indicateurs de base, tels que la chute de la mortalité infantile et l’augmentation généralisée de l’espérance de vie. Cette dynamique est portée par une meilleure accessibilité aux soins et une hausse globale du niveau d’éducation.
L’Afrique subsaharienne illustre parfaitement cette transition avec un gain d’espérance de vie de 11 ans depuis l’an 2000, soutenu par une offre en médicaments multipliée par dix depuis 1990. L’alphabétisation croissante joue ici un rôle crucial : elle permet l’appropriation des règles d’hygiène de base et une meilleure efficacité des politiques de prévention. L’éradication de fléaux anciens symbolise cette victoire : le dernier cas de variole au monde a ainsi été diagnostiqué en Somalie dès 1977, prouvant que les Suds peuvent être le théâtre de réussites sanitaires majeures.
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Un Sud qui rattrape un Nord fragilisé par ses propres paradoxes
Ainsi, si le Sud progresse, le Nord voit sa supériorité sanitaire s’affaiblir. En effet, il est confronté à de nouvelles vulnérabilités liées à son mode de vie hypermondialisé. Par exemple, les pays développés doivent désormais faire face au vieillissement, à la malnutrition de leur population et à l’explosion des maladies dégénératives. Paradoxalement, leur intégration aux flux mondiaux les rend plus vulnérables aux crises infectieuses.
Ainsi, en Europe, les chiffres sont alarmants : 60 % de la population est aujourd’hui en surpoids (dont 25 % d’obèses). En 2022, l’OMS a lancé une alerte épidémique pour le continent, estimant que le surpoids cause 1,2 million de morts par an. Cette crise est accentuée par des choix politiques et productivistes, comme la réautorisation des néonicotinoïdes en France (2022), dont les effets de perturbateurs hormonaux peuvent conduire à l’obésité.
Par ailleurs, la rapidité des flux infectieux a transformé des foyers locaux en pandémies mondiales : le VIH, initialement localisé au Cameroun et au Congo belge, s’est diffusé massivement au Nord, causant 40 millions de morts au total et touchant encore 37 millions de personnes aujourd’hui.
La santé comme levier de puissance pour les pays du Sud
Enfin, tu dois retenir qu’on assiste à un basculement des rapports de force Nord/Sud qui s’incarne dans la nouvelle dépendance du Nord vis-à-vis des capacités de production et d’innovation du Sud. La crise de la Covid-19 a agi comme un révélateur de cette dépendance.
Par exemple, en 2019, sur 254 médicaments essentiels en France, seuls 20 étaient encore produits sur le territoire national. Aujourd’hui, 60 % à 80 % des principes actifs mondiaux proviennent d’Inde et de Chine, faisant de l’Inde la véritable « pharmacie du monde ». Parallèlement, le Sud développe des stratégies de spécialisation très rentables via le tourisme médical. Des pays comme la Turquie (leader des implants capillaires) ou l’Afrique du Sud (avec le concept du « Safari Scalpel » mêlant chirurgie esthétique et tourisme) captent une clientèle internationale.
Comme le souligne Dominique Kerouedan dans Santé mondiale : enjeu stratégique, jeux diplomatiques, cette « diplomatie sanitaire » peut toutefois être à double tranchant. En privilégiant le profit et le rayonnement politique, elle risque parfois de passer au second plan l’impératif de protection réelle de la santé mondiale.
L’émergence d’une gouvernance mondiale face à l’interdépendance des risques de santé
L’aide internationale : un outil de dépendance pour le Sud ?
Tu dois noter que la gouvernance mondiale de la santé, pilotée par l’OMS, reste largement financée par les pays du Nord. Cette situation crée une forme de dépendance pour les pays du Sud. En effet, l’aide au développement sanitaire est souvent dirigée vers des maladies spécifiques (SIDA, tuberculose) au détriment de la construction de systèmes de santé robustes et autonomes.
Par conséquent, les pays du Sud se retrouvent fragiles lorsque surgit une crise imprévue. Par exemple, lors de la crise Ebola en 2014 en Afrique de l’Ouest, l’OMS a été critiquée pour sa lenteur de réaction. Il faut que tu retiennes que 80 % du budget de l’OMS provient de contributions volontaires, souvent dictées par les intérêts stratégiques des donateurs du Nord.
De plus, l’initiative COVAX, lancée durant la pandémie de Covid-19, illustre parfaitement ce déséquilibre. Bien que son but ait permis d’assurer un accès équitable aux vaccins, le mécanisme a échoué face au nationalisme en matière de vaccin du Nord. Ainsi, alors que les pays riches vaccinaient leurs populations jeunes, de nombreux pays africains n’avaient même pas accès aux doses pour leurs soignants. Ainsi, fin 2021, moins de 10 % de la population africaine était vaccinée, contre plus de 70 % en Europe.
Par conséquent, l’aide internationale est elle aussi un reflet de la persistance d’une hiérarchie mondiale où le Sud reste au second plan.
Une gouvernance mondiale en matière de santé en faveur du Sud
Cependant, on assiste tout de même à l’émergence d’une gouvernance mondiale en faveur des pays du Sud. Ainsi, pour contester le monopole pharmaceutique du Nord, certains États du Sud utilisent le régime des licences obligatoires. Ce mécanisme juridique permet à un gouvernement de s’affranchir temporairement d’un brevet en cas de crise sanitaire majeure, après une demande auprès de l’OMC.
Par exemple, le Rwanda l’a utilisé en 2007. Pour endiguer l’épidémie de Sida, le pays a sollicité une licence obligatoire auprès du Canada. Cela lui a permis d’importer des antirétroviraux génériques produits par le laboratoire Apotex. En contournant ainsi le détenteur initial du brevet, le Rwanda a pu accéder à des traitements à un coût nettement plus abordable.
Vers une mondialisation de la santé ?
Cependant, on assiste aujourd’hui à l’arrivée de nouveaux acteurs qui bousculent le monopole du Nord. C’est ce qu’on appelle la diplomatie de la santé. Par exemple, la Chine utilise ses capacités de production pour accroître son influence dans les pays du Sud. Elle multiplie ainsi les dons de masques et de vaccins (Sinovac) en Afrique et en Asie du Sud-Est. Par exemple, elle a fourni plus de deux milliards de doses de vaccins au reste du monde en deux ans. Par conséquent, Pékin se positionne comme une alternative crédible au modèle occidental. Il renforce ses liens géopolitiques avec les pays du Sud Global.
En outre, d’autres pays émergents, comme l’Inde, surnommée la « pharmacie du monde », jouent un rôle crucial. L’Inde produit environ 20 % des médicaments génériques mondiaux en volume. Cette capacité permet aux pays du Sud de contourner les prix prohibitifs des laboratoires du Nord. Cependant, cette puissance reste fragile. Lors de la vague Delta en 2021, l’Inde a dû suspendre ses exportations de vaccins pour soigner sa propre population.
Quel avenir pour la santé ?
Avec les mutations de la société, on assiste aujourd’hui à deux changements majeurs dans le secteur de la santé. D’abord, l’arrivée de nouveaux acteurs qui bousculent le monopole du Nord. Ensuite, l’émergence de nouvelles menaces pour les sociétés.
Ainsi, tu dois retenir qu’on assiste à une influence croissante des acteurs privés. Par exemple, un très connu est la Fondation Bill & Melinda Gates. Ce « philanthro-capitalisme » modifie profondément la donne. Avec un budget annuel dépassant souvent celui de l’OMS, la fondation Gates est devenue le deuxième contributeur financier de l’organisation mondiale. Note bien que cette fondation a investi plus de 15 milliards de dollars dans la lutte contre le paludisme et la poliomyélite depuis sa création. Ainsi, des acteurs privés ont aujourd’hui un pouvoir de décision supérieur à celui de certains États souverains du Sud.
En outre, de nouvelles menaces émergent. Pour l’économiste Jim O’Neill, l’antibiorésistance est la « plus grande menace sanitaire mondiale » du XXIe siècle. Selon ses prévisions, ce phénomène pourrait causer dix millions de décès par an d’ici 2030. Cette menace illustre la mondialisation des risques sanitaires. Au Nord, elle est alimentée par une surconsommation d’antibiotiques. Au Sud, elle progresse en raison de la prolifération de médicaments de contrefaçon sous-dosés. Cela s’explique par une faute de moyens de contrôle. L’antibiorésistance démontre que, malgré les disparités, la santé est un défi global. Elle nécessite une réponse globale grâce à une gouvernance mondiale efficace.
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Conclusion
Tu as pu voir que la santé mondiale n’est pas un domaine neutre. C’est bien le miroir des rapports de force géopolitiques. D’un côté, le Nord conserve une avance technologique et financière écrasante. Pourtant, le Sud ne reste plus passif. Il cherche à construire sa propre souveraineté.
Il faut que tu notes que la persistance des disparités sanitaires n’est pas seulement un problème moral. C’est un risque systémique pour l’ensemble de la planète. L’avenir de la santé mondiale dépendra donc de notre capacité à passer d’une logique de charité du Nord vers le Sud à une véritable solidarité structurelle et scientifique.
En ouverture, tu peux indiquer que les disparités de santé ne s’arrêtent pas aux pays. En Australie, l’espérance de vie des hommes autochtones est inférieure de 17 ans à celle du reste de la population. Cet écart abyssal témoigne de la présence de disparités socio-économiques. De même, aux États-Unis, les populations noires ont une espérance de vie inférieure de 5 ans à celle des Blancs.
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