“Le Moyen-Orient a le pétrole ; la Chine a les terres rares” affirmait Deng Xiaoping en 1992, à une époque où Pékin ne dominait pas encore ce marché. Trente ans et quelques innovations plus tard, cette formule résonne comme une prophétie géopolitique. Ces 17 métaux aux propriétés chimiques voisines, regroupés sous le terme de terres rares, sont devenus des leviers majeurs de puissance. Indispensables à une multitude de technologies de pointe : des énergies renouvelables aux systèmes d’armements sophistiqués, ils cristallisent aujourd’hui les rivalités économiques et géopolitiques à toutes les échelles. Découvre des exemples concrets pour enrichir efficacement tes dissertations dans cet article !
La Chine, un acteur majeur autour des terres rares
Une domination industrielle mais une dépendance à nuancer
D’ici à 2030, la demande mondiale en terres rares serait multipliée par 25. Chaque année, les réserves connues augmentent. Cela semble donc conforter la position dominante de la Chine, premier producteur mondial (70%, soit environ 270 000 tonnes sur un total estimé à 390 000), devant l’Australie, les États-Unis et l’Inde. À cela s’ajoute un quasi-monopole sur le raffinage : plus de 90% de la capacité mondiale. De plus, pour préserver son avantage stratégique et limiter la production illégale, la Chine a imposé des quotas d’exportation. Contraint par une décision de l’OMC en 2014, Pékin y a mis fin mais a instauré un système de licences obligatoires, obligeant Suzuki ou Ford à interrompre temporairement certaines chaînes d’assemblage. Une mesure protectionniste déguisée, révélatrice des logiques actuelles de guerre économique.
Cet état de quasi-monopole est cependant à nuancer. En 2024, la Chine reste le premier importateur mondial de minerais de terres rares, avec près de 130 000 tonnes. Cette dépendance s’explique par des limites géologiques : Pékin ne possède pas tous les éléments parmi les 17 terres rares. Comme le souligne Guillaume Pitron dans La guerre des métaux rares, sa véritable puissance réside dans le raffinage. Autrement dit, la Chine ne possède pas tout, mais rien ne lui échappe.
Un coût environnemental colossal
Les terres rares, paradoxalement, abondent sur Terre. Cependant le processus d’extraction est non seulement coûteux sur le plan économique, mais aussi lourd de conséquences pour l’environnement. L’usine de Baotou en Chine reste emblématique : elle consomme plus de 12 millions de tonnes d’eau par an, et génère des déchets toxiques menaçant la biodiversité locale. Face à ce désastre environnemental, Pékin a choisi de déplacer une partie de sa production en Birmanie. Tout cela pose la question de la soutenabilité des énergies renouvelables, lesquelles reposent sur des technologies gourmandes de métaux. Par exemple, une éolienne off-shore nécessite une tonne de terres rares pour être produite !
Le continent africain à l’ombre des puissances étrangères
L’Afrique, coeur de la nouvelle géoéconomie des métaux critiques
Du cobalt congolais au lithium zimbabwéen, l’Afrique est devenue indispensable à la transition énergétique mondiale. Contrairement à la Chine, les pays africains sont dotés de richesses innombrables. Le cobalt est un exemple emblématique : près de 60% de la production mondiale provient de la RDC (3.5 millions de tonnes de réserves). Le Zimbabwe, quant à lui, figure parmi les principaux détenteurs de lithium, un élément clé des batteries électriques.
Pour autant, ce rôle géologique ne garantit ni richesse ni développement local. Les pays africains restent, pour la plupart, cantonnés à l’amont de la chaîne de valeur, se limitant à l’extraction brute. Plus de 85% du cobalt extrait en RDC est raffiné à l’étranger, dont près de 70% en Chine (IEA,2024). Cette dépendance structurelle entretient le syndrome de la malédiction des ressources et creuse les inégalités des termes de l’échange.
L’Afrique : terrain de jeu des puissances anciennes et émergentes
Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a donné un coup d’accélérateur à la guerre des ressources. L’or blanc (le lithium) est désormais au coeur de la stratégie internationale américaine. Après avoir lorgné sur les sous-sols groenlandais et ukrainiens, Washington exporte sa “diplomatie des deals” en Afrique. Dernier coup en date: le 27 juin 2025, un accord de paix entre la RDC et le Rwanda ouvre aux États-Unis l’accès à plusieurs sites de lithium.
Mais Pékin n’en est pas à ses débuts. Depuis plus de deux décennies, la Chine tisse sa toile sur le continent, sécurisant des gisements stratégiques dans le cadre des Nouvelles routes de la soie. Ses champions industriels, à l’image de Zijin Mining, exploitent déjà des sites clés, dont la plus grande réserve mondiale de lithium à Manono, dans le sud-est de la RDC.
Toutefois, les Etats-Unis et la Chine ne sont pas les deux seuls acteurs qui cherchent à courtiser l’Afrique. De nouvelles puissances s’imposent. La Russie, via sa milice Africa Korps (ex-Wagner), renforce ses positions au Mali, en Centrafrique et au Soudan. La Turquie, quant à elle, multiplie les partenariats. Le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, surnommé “l’Africain”, a effectué d’ores et déjà 60 visites officielles sur le continent entre 2002 et 2024.
Les nouvelles routes des métaux : la bataille des corridors africains
En Afrique, contrôler les gisements ne suffit plus : ce sont désormais les routes qui mènent aux métaux critiques qui déclenchent les convoitises. Le couloir de Lobito, (exemple essentiel à connaître) reliant l’Angola à la ceinture cuivre-cobalt de la RDC et de Zambie, incarne ce nouvel enjeu. En 2024, les Etats-Unis et l’Union Européenne ont investi 630 millions d’euros pour rénover le tronçon congolais (n’hésites pas à souligner l’importance des infrastructures dans tes dissertations !). Ces investissements occidentaux peuvent être qualifiés de réponse fragile face aux 120 milliards de dollars investis par la Chine dans les infrastructures africaines depuis 2003. Mais le carrefour des appétits mondiaux se laisse dévorer aussi de l’intérieur, la bataille des corridors alimente les tensions intra-africaines.
Les tensions entre la RDC et le Rwanda constituent, une fois encore, un exemple emblématique. Kinshasa accuse Kigali de soutenir militairement le mouvement rebelle M23 pour piller ses minerais stratégiques (ce qu’on appelle des minerais de conflits ou des minerais de sang). Cette rivalité a provoqué depuis 2022 plusieurs ruptures diplomatiques et des centaines de milliers de déplacés. Un conflit silencieux qui s’étend dans l’ombre des guerres plus médiatisées, de l’Ukraine à Gaza.
Un exemple plus original : les abysses du Pacifique, nouvel enjeu des terres rares
Sous les vagues du Pacifique, à des profondeurs abyssales, se cache un trésor convoité : les nodules polymétalliques, riches en cobalt, nickel… Ces ressources sont désormais au cœur des ambitions géopolitiques mondiales. La zone Clarion-Clipperton, s’étendant sur 4.5 millions de km2 entre Hawaï et le Mexique, est particulièrement prisée. Les réserves en nickel et cobalt y surpasseraient celles présentes à terre, ouvrant la perspective d’une véritable “ruée vers les abysses” . En 2025, la Chine a obtenu l’autorisation de l’Autorité internationale des fonds marins pour débuter des essais d’extraction. Parallèlement, le Japon prévoit de lancer en 2026 la mission d’extraction en eaux profondes la plus ambitieuse à ce jour, visant des gisements à 5500 mètres de profondeur près de l’île Minami-Torishima.
Ainsi ce n’est plus seulement la possession de ressource qui fait la puissance, mais la capacité à en maîtriser l’extraction et les technologies associées.
La France et l’Union européenne : quel rôle à jouer pour les terres rares ?
«La souveraineté en matières premières critiques est une priorité pour garantir notre autonomie stratégique.», souligne Thierry Breton. Pourtant, malgré le Critical Raw Materials Act, qui vise 10% d’extraction locale et 40% de raffinage d’ici 2030, L’Union européenne reste très dépendante de ses partenaires : près de 90% de ses terres rares importées proviennent de Chine, confirmant sa position d’herbivore dans un monde de carnivores.
La France, elle, tente de renforcer sa filière nationale via des initiatives comme les sommets Choose France (exemple crucial !), destinés à attirer les investissements étrangers. Par exemple, l’Hexagone concrétise ses efforts en accueillant à Dunkerque l’entreprise taïwanaise ProLogium, spécialisée dans les batteries lithium-céramique, mais reste limité face à la puissance et aux volumes investis par les géants chinois, américains ou japonais.
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