L’OTAN, l‘Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, est une alliance politique et militaire réunissant des pays d’Europe et d’Amérique du Nord. Son but premier est de garantir la liberté et la sécurité à chacun des membres des Etats la composant. Elle a également pour objectif de promouvoir la démocratie et de participer à la résolution pacifique des conflits dans le monde. Plongez à travers cet article au sein de l’organisation qui a fêté en 2024 ses 75 ans. “75 ans d’OTAN, ce sont 75 ans de sécurité, de stabilité et de paix “, avait alors affirmé le chancelier allemand, Olaf Scholz au siège de l’Alliance à Bruxelles.
Point historique : l’évolution de l’Alliance
Les origines de l’OTAN
Fondée le 4 avril 1949, avec la signature du Traité de l’Atlantique Nord (ou Traité de Washington) par dix pays européens (Belgique, Danemark, France, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni) et deux pays d’Amérique du Nord (États-Unis et Canada), l’OTAN a pour première mission de contrer l’URSS pour faire barrage à l’expansion du communisme.
Il faut rappeler que nous sommes dans une période d’après-guerre et dans le contexte général des débuts de guerre froide. Le contexte international est donc tendu entre les puissances occidentales et l’Union soviétique. L’objectif de l’Alliance est donc double. À la fois politique (promotion des valeurs démocratiques et dissuasion de l’expansion soviétique vers l’Europe de l’Ouest, coopération entre les États membres sur les questions de défense et de sécurité) et militaire (conduite d’opérations de défense en l’absence d’une solution diplomatique : par exemple, engagement depuis 1999 sous mandat de l’ONU, au Kosovo [KFOR]).
En 1955, l’URSS réplique à la création de l’OTAN par la signature du Pacte de Varsovie, avec sept pays communistes d’Europe centrale (Albanie, Bulgarie, Hongrie, Pologne, République démocratique allemande [RDA], Roumanie et Tchécoslovaquie).
La « clause des Mousquetaires »
Les États membres se fixent l’objectif d’assurer leur défense collective, notamment face à l’Union soviétique.
Par l’article 5 du traité, dit la « clause des Mousquetaires », « les parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties ». Cet article a été invoqué une seule fois depuis la signature de l’Alliance atlantique, à la suite des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis.
Ce principe de « défense collective » garantit la sécurité des États membres, si bien qu’en 2023, la Première ministre d’Estonie, Kaja Kallas, a souligné à quel point l’OTAN protégeait son pays d’une éventuelle attaque russe : « Si la Russie ne nous a pas attaqués, c’est parce que nous sommes dans cette alliance. » À l’image de la dissuasion nucléaire, cette clause Mousquetaires est avant tout une arme dissuasive.
L’OTAN au sortir de la guerre froide
Pendant la guerre froide, le rôle et la finalité de l’OTAN étaient définis par l’existence de la menace que faisait peser l’Union soviétique sur les démocraties.
Mais, au début des années 1990, sous la pression des pays d’Europe de l’Est nouvellement libérés, le Pacte de Varsovie a été dissous et l’Union soviétique s’est effondrée. Cette dissolution pose alors la question de l’avenir de l’OTAN. Les présidents George H. W. Bush et François Mitterrand se sont rencontrés par deux fois pour tenter d’en définir un nouveau modèle de fonctionnement. Ils se sont finalement accordés sur la nécessité de pérenniser l’Alliance et donc de la transformer en profondeur.
Après la guerre froide, l’OTAN a ainsi été repensée comme une organisation de « sécurité coopérative » devant répondre à deux objectifs principaux : favoriser le dialogue et la coopération avec les anciens adversaires du Pacte de Varsovie et « gérer » les conflits dans les zones de la périphérie européenne.
En effet, même si la perspective d’une invasion militaire était amoindrie, de nouvelles formes de coopérations politiques et militaires étaient requises pour pouvoir faire face aux nouvelles difficultés, provenant par exemple des conflits ethniques et religieux (celui en ex-Yougoslavie), et pour promouvoir la stabilité et la paix sur l’ensemble du continent européen (face au terrorisme par exemple).
La période post-guerre froide est donc marquée par des interventions extérieures de l’OTAN, qui a étendu son action au-delà de la défense du continent européen. L’Alliance s’est ainsi engagée dans des missions de « gestion de crise » en dehors de sa zone traditionnelle, comme dans les Balkans, puis en Afghanistan et en Libye, entre autres. Mais cet interventionnisme a également alimenté les critiques face au bien-fondé de l’OTAN, notamment de la part de la Russie.
Quelle est la nouvelle mission de l’OTAN ?
La chute du mur de Berlin amorce un changement majeur de stratégie au sein de l’organisation. Désormais, l’alliance atlantique a pour but de maintenir la paix à travers une « approche globale », de la gestion de crise à la lutte contre le terrorisme. Les théâtres d’opérations sont multiples. Après être intervenu en Afghanistan avec la FIAS, et en Bosnie au nom du droit d’ingérence, elle assure désormais des missions au Moyen-Orient, en Afrique mais aussi en Méditerranée. Parallèlement, l’Alliance met en place diverses coopérations avec d’autres Etats à travers le dialogue méditerranéen par exemple.
Quid des relations OTAN-Russie ?
À la chute de l’URSS, les relations entre l’OTAN et la Russie se sont reconfigurées :
- 1991 : la Russie a adhéré au Conseil de coopération nord-atlantique, devenu depuis Conseil de partenariat euro-atlantique.
- 27 mai 1997 : l’Acte fondateur sur les relations, la coopération et la sécurité mutuelles entre la Fédération de Russie et l’OTAN est signé. Il a clairement affirmé que les deux parties ne se considèrent pas comme des adversaires et a établi des mécanismes de consultation et de coopération.
Elles se sont néanmoins tendues de nouveau en 1999 avec l’intervention de l’OTAN au Kosovo. Mais un nouveau rapprochement s’est conclu par la création en 2002 du Conseil OTAN-Russie, où Moscou siège sur un pied d’égalité avec chacun des 26 pays de l’Alliance et qui vise à l’associer plus étroitement aux activités de l’OTAN.
L’OTAN aujourd’hui
Son fonctionnement
- 32 pays membres en 2024 (la Suède ayant officiellement rejoint l’organisation le 7 mars 2024).
- Chacun des membres est représenté par une délégation permanente au siège de l’organisation (Bruxelles).
- L’OTAN est constituée d’organismes civils (délégations nationales, secrétaire général, secrétariat international) et de commandements militaires (Comité militaire, les deux Commandements stratégiques et la structure de commandement militaire).
- L’OTAN ne possède pas de forces armées en propre (indépendantes) : lorsqu’une opération est approuvée par le Conseil de l’Atlantique Nord, ses moyens militaires lui sont fournis par les États membres sur la base du volontariat.
- Il existe deux commandements stratégiques du plus haut niveau : le Commandement allié Opérations, basé à Mons en Belgique, et le Commandement allié Transformation, basé à Norfolk (VA, États-Unis).
Comment fonctionne l’OTAN, comment se finance-t-elle ?
La question du budget est souvent l’objet de discordes entre les membres de l’Alliance. Lors de son premier mandat, Donald Trump avait menacé à plusieurs reprises de quitter l’OTAN, reprochant aux Européens de ne pas assez contribuer à l’organisation. En effet, en 2006, les pays membre se sont engagés à consacrer 2 % de leur PIB aux dépenses militaires. Toutefois, ces dépenses ont été contraintes par un objectif de réduction de la dette dans un contexte de crise financière post 2008.
La « règle des 2 % » souligne des déséquilibres à la fois en termes de volonté politique et de capacités militaires. À savoir, en 2019, neuf « alliés » consacraient moins de 2% à leur défense. Il faut souligner que le principal contributeur à sa défense reste indéniablement les États-Unis (leur budget représente deux tiers du budget total de tous les États membres), un moyen de pression souvent utilisé dans la rhétorique de Trump. L’Allemagne est ainsi souvent pointée du doigt par le Président Américain, étant en dessous des 2%.
Pour ce qui est de l’organisation purement fonctionnel, chaque membre possède une délégation permanente au siège de l’OTAN à Bruxelles. De façon hebdomadaire, le Conseil de l’Atlantique présidé par le secrétaire général (chef officiel, actuellement le néérlandais Mark Rutte) se réunit pour évoquer les questions stratégiques.
Ses opérations militaires
Les forces armées des pays membres de l’OTAN organisent régulièrement des exercices d’entraînement en commun pour renforcer leur interopérabilité, c’est-à-dire l’aptitude des forces armées des pays membres à agir ensemble en utilisant des normes, des doctrines, des procédures et des équipements harmonisés. Mais, au cours des plus de 75 ans d’existence de l’Alliance, les opérations militaires ont été relativement peu nombreuses.
Durant la guerre froide, presque aucune intervention militaire n’a eu lieu, et c’est en 1995 qu’elle s’engage dans sa première grande opération de gestion de crise en Bosnie-Herzégovine. La majorité des opérations de l’OTAN sont survenues après la guerre froide, notamment en réponse à l’instabilité en Europe de l’Est ou dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme » lancée par l’administration Bush après les attentats du 11 septembre 2001, où l’Alliance a invoqué pour la première fois de son histoire l’article 5.
Voici les principales opérations militaires de l’OTAN :
- 1992-1995 : guerre de Bosnie-Herzégovine, objectif : faire appliquer les sanctions de l’ONU.
- 1998-1999 : guerre du Kosovo, objectif : mettre fin au génocide albanais en Yougoslavie.
- 2001-2021 : guerre en Afghanistan, défense des États-Unis après les attentats du 11 septembre.
- 2009-2016 : piraterie en Somalie, envoi des navires de guerre dans le golfe d’Aden, l’océan Indien et la mer Rouge.
- 2011 : première guerre civile libyenne.
- 2011-présent : guerre civile syrienne.
Retrouve ici des reportages d’Arte (Le dessous des cartes) sur l’OTAN.
On assiste aujourd’hui à une diversification des opérations de l’OTAN
Dans le domaine militaire, l’OTAN a activé une force navale dès octobre 2001 en Méditerranée orientale (dite opération Active Endeavour) pour des missions de surveillance dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, sur le fondement de l’article 5 du traité que les Américains venaient d’invoquer après le 11 septembre.
L’OTAN s’est impliquée dans le domaine strictement civil avec deux opérations. La première consistait à utiliser la force de réaction rapide (Nato Response Force ou NRF) en septembre 2005 pour le convoyage aérien d’une assistance aux États-Unis après l’ouragan Katrina en Louisiane. La seconde, dans le domaine humanitaire, fut l’assistance au Pakistan un mois plus tard, lors du tremblement de terre au Cachemire.
Ses partenariats
L’OTAN entretient également des relations avec des pays non membres ainsi qu’avec des organisations internationales. Comme nous l’avons vu, après la guerre froide, l’Alliance atlantique a commencé à nouer ses premiers contacts avec des pays d’Europe centrale et orientale. Ces partenariats ont évolué au fil du temps, de façon à intégrer davantage de régions.
Voici les principaux partenariats de l’OTAN :
- Partenariat pour la paix (PPP), avec 19 pays de la région euro-atlantique (Arménie, Autriche, Serbie, Ukraine, Géorgie).
- Dialogue méditerranéen, avec sept pays non membres (Algérie, Égypte, Israël, Jordanie, Mauritanie, Maroc, Tunisie) pour assurer la sécurité et la stabilité de l’ensemble du bassin méditerranéen.
- Initiative de coopération d’Istanbul, avec quatre pays non membres de la région du Moyen-Orient (Koweït, Qatar, Bahreïn, Émirats arabes unis).
- Partenaires dans le monde, avec le Japon, la Corée du Sud ou l’Australie notamment.
- Organisations internationales : ONU, Union européenne, Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).
Zoom : Les relations OTAN-Turquie

Depuis l’arrivée au pouvoir d’Erdogan, Ankara a changé son positionnement diplomatique. D’une politique otanienne alignée sur les États-Unis, elle s’est progressivement tournée vers le monde arabo-musulman tout en se rapprochant de la Russie. Son statut de « membre » a fait l’objet de plusieurs remises en cause. Après l’achat controversé de S400 russe en 2019, l’attaque turque contre les kurdes syriens avait provoqué un vent de colère au sein de l’OTAN. Cela a même conduit le président Macron à déclarer que l’Alliance était en état de «mort cérébrale». En 2021, elle visait une frégate de la marine nationale Le Courbet en Méditerranée orientale. En conséquence, la France a refusé de participer à une opération de l’OTAN.
Ainsi, cette politique de plus en plus agressive peut questionner. Pourquoi ne pas simplement rayer la Turquie de l’organisation ? La question, en réalité, ne se pose pas aujourd’hui. Il ne faut pas négliger l’importance stratégique d’Ankara dans le dispositif de sécurité de l’OTAN. La Turquie est en effet une puissance démographique et militaire. Elle exerce aussi une influence en Asie de l’Ouest et en Méditerranée orientale. Par ailleurs, la Turquie n’aurait aucun intérêt à quitter l’organisation qui lui permet de placer des hommes dans les instances stratégiques et de jouer sur plusieurs terrains de jeu diplomatiques.
Alors qu’elle a une relation particulière avec la Russie, à qui elle avait même acheté un système anti-aérien en 2019, provoquant l’ire des Etats-Unis. Depuis 2022, elle a toutefois vendu des drones à l’Ukraine, drones qui se sont révélés très efficaces pour la défense ukrainienne. De même, la Turquie a longtemps bloqué l’adhésion de la Suède à l’OTAN, avant que celle-ci ne soit enfin entérinée.
Le sommet des 9, 10 et 11 juillet 2024 : les 75 ans de l’Alliance
La guerre en Ukraine au cœur du Sommet
Une des grandes priorités du Sommet de Washington était le renforcement du soutien apporté par l’OTAN à l’Ukraine.
Il faut rappeler ici que, depuis 2016 et au travers de l’Ensemble complet de mesures d’assistance (CAP), l’OTAN fournit à l’Ukraine une aide importante sur le court, le moyen et le long terme. Cette mesure vise à aider le pays à renforcer sa propre sécurité et à mettre en œuvre des réformes de grande ampleur, afin de lui fournir les moyens dont il a besoin d’urgence pour se défendre contre la guerre d’agression menée par la Russie (carburant, matériel médical, systèmes de communications…).
Lors des discussions, les Alliés ont approuvé plusieurs projets sur le long terme :
- Ouverture du Centre OTAN-Ukraine d’analyse, d’entraînement et de formation (JATEC) à Bydgoszcz, en Pologne.
- Acquisitions de défense : l’OTAN et l’Ukraine ont réalisé un examen stratégique du système d’achats de défense ukrainien pour que Kyiv adopte les bonnes pratiques européennes et atlantiques, et faciliter ainsi son intégration à l’OTAN.
Ainsi, à l’aune de la guerre en Ukraine, l’OTAN s’est recentrée sur sa mission première : la défense collective du continent européen.

Les principales conclusions du Sommet
« Au sommet de Washington, nous démontrerons une fois encore que l’OTAN est unie et forte, qu’il s’agisse de soutenir l’Ukraine ou de préserver nos valeurs et la sécurité de tous nos citoyens », a affirmé Jens Stoltenberg, alors secrétaire général de l’OTAN.
Outre la célébration de l’adhésion historique de la Finlande et de la Suède à l’OTAN (qui a rendu ces pays plus sûrs et l’Alliance plus forte), les États membres de l’OTAN ont pris des décisions importantes pour définir l’orientation stratégique de l’Alliance pour l’avenir.
Défense
Réaffirmation de leur engagement à consacrer 2 % de leur PIB à la défense (atteint par 23 Alliés, un record).
Soutien à l’Ukraine
Affirmation par les Alliés du caractère irréversible de l’intégration euro-atlantique pleine et entière de l’Ukraine.
Sommet OTAN-Ukraine : lancement du programme OTAN de formation et d’assistance à la sécurité en faveur de l’Ukraine (NSATU), qui servira entre autres à coordonner les livraisons d’équipements militaires, et soutien d’au moins 40 milliards d’euros pour l’année à venir.
Partenariats
Intensification de la coopération avec son réseau de partenaires, notamment en Europe et dans la région Indopacifique, et renforcement du dialogue politique et de la coopération pratique avec les Balkans occidentaux.
Les origines de la guerre en Ukraine
Les élargissements de l’OTAN
La « politique de la porte ouverte » de l’OTAN s’appuie sur l’article 10 du Traité de l’Atlantique Nord, qui stipule que l’adhésion à l’Alliance est ouverte à « tout autre État européen susceptible de favoriser le développement des principes du présent Traité et de contribuer à la sécurité de la région de l’Atlantique Nord ».
- Les trois premières vagues d’élargissement sont intervenues pendant la guerre froide, avec l’entrée de la Grèce et de la Turquie en 1952, de l’Allemagne de l’Ouest en 1955 (ex-Allemagne de l’Est en 1990 après la réunification de l’Allemagne) et de l’Espagne en 1982.
- 1999 : République tchèque, Hongrie et Pologne.
- Mars 2004 : Bulgarie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Roumanie, Slovaquie et Slovénie.
- Avril 2009 : Albanie et Croatie.
- Juin 2017 : Monténégro.
- Mars 2020 : République de Macédoine du Nord.
- Avril 2023 : Finlande.
- Mars 2024 : la Suède est devenue le 32e pays allié.
Actuellement, trois pays partenaires souhaitent adhérer à l’OTAN : la Bosnie-Herzégovine, la Géorgie et l’Ukraine.
Tableau récapitulatif
Contexte : Le tableau ci-dessous synthétise les élargissements de l’OTAN depuis 1952, en indiquant les pays entrants, le contexte géopolitique et le nombre total de membres après chaque adhésion.
| Année (OTAN) | Pays entrants | Nb de pays | Contexte géopolitique | Membres après entrée |
|---|---|---|---|---|
| 1952 | Grèce, Turquie | 2 | Consolidation du flanc sud pendant la guerre froide | 14 |
| 1955 | RFA (Allemagne de l’Ouest) | 1 | Intégration de la RFA, réponse au Pacte de Varsovie | 15 |
| 1982 | Espagne | 1 | Transition démocratique et ancrage euro-atlantique | 16 |
| 1999 | Pologne, Hongrie, Tchéquie | 3 | Première vague post-guerre froide, élargissement à l’Est | 19 |
| 2004 | Bulgarie, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Estonie, Lettonie, Lituanie | 7 | Grande vague d’adhésions d’Europe centrale et baltique | 26 |
| 2009 | Albanie, Croatie | 2 | Stabilisation des Balkans occidentaux | 28 |
| 2017 | Monténégro | 1 | Prolongement de l’intégration euro-atlantique dans les Balkans | 29 |
| 2020 | Macédoine du Nord | 1 | Accord de Prespa et normalisation du différend avec la Grèce | 30 |
| 2023 | Finlande | 1 | Réponse à la détérioration de la sécurité européenne | 31 |
| 2024 | Suède | 1 | Renforcement du Nord de l’Europe et de la Baltique | 32 |
Ce tableau des élargissements de l’OTAN met en évidence les principales vagues d’adhésion et leur contexte, pour visualiser rapidement l’évolution de l’Alliance jusqu’à ses 32 membres.
En savoir plus sur l’adhésion de la Finlande à l’OTAN
Les réactions de la Russie
Les relations entre les deux ex-superpuissances se sont détériorées dans le contexte de l’élargissement de l’OTAN. Ce fut notamment le cas après celui de 2004. En effet, de nombreux pays de l’ancien bloc de l’Est et certains frontaliers avec la Russie ont alors rejoint l’Alliance.
La Russie dénonce ainsi le renforcement de moyens militaires dans les pays de l’OTAN sur ses frontières en l’accusant de menacer son territoire.
Les conditions d’adhésion de l’OTAN
Pour pouvoir adhérer à l’Alliance, les pays doivent respecter les valeurs énoncées dans le Traité de l’Atlantique Nord et satisfaire à un certain nombre de critères :
- avoir un système politique démocratique et reposant sur une économie de marché ;
- traiter les populations minoritaires de manière équitable ;
- s’engager à régler les confits de manière pacifique ;
- être désireux d’apporter une contribution militaire aux opérations de l’OTAN ;
- être attaché au caractère démocratique des relations entre les civils, les militaires et les institutions.
Un frein à la souveraineté européenne ?
Le débat n’est pas nouveau. Dès 1966, la France se retirait du commandement intégré. Pour cause, une volonté politique d’autonomie stratégique face à l’américanisation de l’organisation. À l’échelle européenne, l’OTAN empêcherait le Vieux continent de développer sa propre architecture de défense. En 1999, la signature des accords de Berlin plus ne vient que renforcer ce constat. Permettre à l’UE d’utiliser les capacités de l’Alliance a pour conséquence de limiter l’instauration d’une culture de défense européenne. D’autant plus que la présence américaine est bien réelle sur le continent.
Une pognée de pays, dont la France, défent cette idée selon laquelle l’OTAN serait pour les États-Unis un moyen de régulation de l’Union européenne. Pascal Boniface dénonce à ce propos une « instrumentalisation des États-Unis ». Il s’agirait pour les américains d’emporter avec eux les pays européens dans leur lutte contre la Chine. La règle des 2 % ne serait selon lui qu’un prétexte pour acheter du matériel américain.
Vers l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN ?
Pour revenir aux débuts de la relation Ukraine-OTAN, c’est dès les années 1990 que l’Ukraine entame le développement de sa relation avec l’Alliance, une coopération qui constitue « un élément clé de la stabilité et de la sécurité en Europe centrale et orientale ».
Mais la question de l’adhésion remonte à avril 2008, lors du Sommet de Bucarest, et divisait déjà les Alliés. Le président américain y était favorable. Mais son homologue français (Nicolas Sarkozy) et la chancelière allemande (Angela Merkel) s’y opposaient. Les deux dirigeants préféraient plutôt entretenir de bonnes relations avec Vladimir Poutine. La question a donc simplement été remise à plus tard.
La guerre déclenchée en février 2022 par la Russie a rapidement relancé la question de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. Celle-ci était sur la table lors du Sommet de Vilnius, en juillet 2023. Ainsi, lors du Sommet de Washington de juillet 2024, les membres de l’OTAN ont promis leur soutien à une « voie irréversible » vers une future adhésion de l’Ukraine.
Aujourd’hui, si la Pologne et les États baltes sont favorables à l’adhésion, l’Allemagne et les États-Unis se montrent réticents. En effet, le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, avait alors estimé qu’il fallait d’abord « amener l’Ukraine au niveau des normes et de l’interopérabilité de l’OTAN ». Quant à la position de la France, le président Emmanuel Macron s’est finalement rangé à la perspective d’une adhésion dans le but d’obliger la Russie à négocier.
Et en ce qui concerne le peuple ukrainien, 73 % souhaitaient l’adhésion de leur pays à l’OTAN en 2022. Ce chiffre s’élève désormais à 84%.
Quelles seraient les conséquences de l’adhésion de l’Ukraine ?
Un certain nombre de pays se sont opposés à l’adhésion de l’Ukraine. Ils estiment qu’elle ouvrirait aux alliés le risque d’être entraînés dans une guerre plus vaste. Comme l’a affirmé le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, « il est clair pour tout le monde que l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN n’est toujours pas une option réaliste, car elle entraînerait le risque d’une confrontation directe avec la Russie ».
En effet, avec l’adhésion d’un pays en guerre à l’OTAN, les États membres entreraient directement en guerre, en vertu du principe de défense collective (article 5 du Traité de l’Atlantique).
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