Paris

La Belle Époque désigne la période qui s’étend de la fin des années 1870 jusqu’au déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914. Pour Paris, c’est une époque de profondes transformations, marquée par le progrès industriel, l’essor urbain et le rayonnement international de la capitale. Paris s’impose alors comme une vitrine mondiale de l’innovation, de la culture et des arts, tout en dissimulant de fortes inégalités sociales. Il convient alors de se demander : comment la Belle Époque a-t-elle transformé Paris en vitrine du progrès industriel, culturel et scientifique, au prix de nouveaux déséquilibres sociaux ?

Paris : une capitale mondiale du progrès et du rayonnement

Paris, la Ville Lumière

Durant la Belle Époque, Paris brille de mille feux. C’est la Ville Lumière. Elle abrite environ trois millions d’habitants à ce moment. C’est une capitale mondiale.

Paris à la Belle Époque est une capitale administrative, culturelle, financière (deuxième place financière du monde) et coloniale (deuxième empire colonial après l’Empire britannique).

Par ailleurs, en plus des impressionnistes, des cabarets et de l’architecture haussmannienne, Paris est aussi une ville industrielle. En effet, elle joue un rôle clé lors de la seconde Révolution industrielle (celle du pétrole et de l’électricité, succédant à celle du charbon et de la vapeur).

FOCUS : Renault, symbole de l’industrie française à la Belle Époque

L’exemple de Renault le montre bien. La croissance fulgurante de Renault (une voiture en 1898 à des milliers en 1914) montre que Paris disposait de l’écosystème pour cela : des ingénieurs formés (Centrale, Polytechnique), des capitaux bancaires et un marché de luxe prêt à acheter ces nouvelles machines.

L’histoire de Renault illustre le phénomène de « desserrement industriel ». Paris intra-muros étouffe, l’industrie doit franchir les fortifications (le périphérique actuel). C’est ainsi que Renault s’installe à Boulogne. Celui lui permet aussi de s’approcher de la Seine, autoroute des matières premières et du charbon.

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La ville des grandes réalisations

Paris à la Belle Époque, c’est aussi de grandes réalisations. Les différentes expositions universelles font de Paris un véritable poumon du Progrès. Entre 1878 et 1900, Paris accueille trois expositions universelles. Celle de 1878 permet à la capitale française de montrer au monde qu’elle s’est relevée de la défaite à Sedan de la Commune.

Mais ce sont surtout les expositions universelles de 1889 et de 1900 qui mettent en avant le génie parisien. Celle de 1889 a lieu à l’apogée de la révolution industrielle. Elle est symbolisée par la tour Eiffel, construite rien que pour l’événement. La structure fait sensation et démontre la supériorité des ingénieurs français.

En 1900, Paris frappe encore plus fort, avec des monuments qui vont perdurer dans le temps : le Grand Palais et le Petit Palais, le pont Alexandre III et, surtout, la première ligne de métro.

Paris à la Belle Époque avec les étapes de construction de la tour Eiffel entre 1887 et 1889.

Paris : foyer culturel, artistique et intellectuel sans équivalent

La capitale de tous les arts

Là où Paris l’emporte vraiment sur sa concurrence britannique, c’est sur le plan culturel. Paris est alors à son apogée. Elle connaît un véritable bouillonnement artistique (peinture, sculpture, architecture, musique).

À partir des années 1870, le mouvement impressionniste se développe. Si, avant la Belle Époque, les peintres préféraient plutôt peindre l’histoire et la mythologie, les impressionnistes décident de peindre le Paris de leur époque. Ils peignent ses symboles et son insouciance : les grands boulevards d’Haussmann, la fumée de la Gare Saint-Lazare, etc. Parmi les plus célèbres, on retrouve notamment Claude Monet, Auguste Renoir ou encore Camille Pissarro.

D’autres mouvements artistiques apparaissent ensuite au sein des cercles parisiens, avec des artistes venus des quatre coins du globe : le pointillisme (Georges Seurat), le fauvisme (Henri Matisse), le cubisme (Pablo Picasso)…

Symbole du progrès

En plus des artistes, Paris réunit également les intellectuels du monde entier. La physique moderne est ainsi née à Paris. Le prix Nobel de physique de 1903 l’atteste bien. Henri Becquerel, Pierre Curie et Marie Curie sont récompensés pour la découverte de la radioactivité. En 1888, l’Institut Pasteur est né.

En mathématiques, Henri Poincaré s’impose comme l’une des plus grandes références mondiales. Il en est de même pour les lettres. Sully Prudhomme reçoit le tout premier Nobel de l’histoire, celui de la littérature en 1901. D’autres suivront : Frédéric Mistral (1904) et Romain Rolland (1915), sans oublier Henri Bergson (qui remporte le Nobel un peu plus tard, en 1927).

D’ailleurs, le mot intellectuel lui-même est un terme parisien. Il n’est inventé par nul autre que Georges Clemenceau, pour désigner ces écrivains, savants et professeurs parisiens qui font bouillonner le ciel des idées parisien.

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Une ville de plaisirs, mais traversée par de profondes tensions sociales

La Babylone du XIXe siècle

Volontairement ou pas, Paris est rapidement devenue la Babylone moderne. À la Belle Époque, elle était en effet la capitale des loisirs et des plaisirs. L’industrie produit la richesse, et cette richesse est dépensée dans une fête perpétuelle. Cette dernière tend d’ailleurs à souvent mélanger diverses classes sociales.

C’est la grande époque pour les cabarets et les cafés-concerts. C’est bien en 1889 que le Moulin Rouge ouvre ses portes (pour l’exposition universelle d’ailleurs…). Les mœurs parisiennes se relâchent plus que jamais. On raffole du « French cancan » et des autres innovations parisiennes. La vie nocturne est donc très animée. Le cinéma y contribue également. Bien que les frères Lumières soient lyonnais, c’est bien à Paris qu’a lieu leur première diffusion, en 1895. Des dizaines de cinémas ouvriront à Paris dans les années qui suivent.

En plus du cinéma, il ne faut pas oublier que Paris est également la capitale du sport. C’est le grand moment de la bicyclette. Le premier Tour de France a lieu en 1903. Surtout, Paris accueille pour la première fois les Jeux olympiques, projet de Pierre de Coubertin, en 1900, en même temps que l’Exposition universelle. Cela joue un rôle déterminant pour populariser le sport comme un loisir/divertissement et pas seulement comme un exercice militaire.

Ville Lumière, mais ville misérable

Paris est la ville des plaisirs. C’est aussi la ville des plaisirs charnels, puisque la capitale française devient le « Bordel de l’Europe ». Les clients proviennent aussi bien des classes sociales aisées que des classes indigentes. D’ailleurs, tout comme les prostituées, surnommées « cocottes », les clients viennent des quatre coins d’Europe et d’Amérique pour se divertir.

Cependant, nul ne peut nier que le Paris de la Belle Époque est aussi le Paris de la misère. Là réside le revers de la médaille. Les classes ouvrières font face à des inégalités de taille. Pour que la « Belle Époque » soit aussi brillante pour la bourgeoisie, elle a dû s’appuyer sur une misère noire. Dans les quartiers populaires (Ménilmontant, Belleville, La Goutte d’Or), des familles entières (six à huit personnes) s’entassent dans une seule pièce sans lumière. Les classes moyennes demeurent quant à elles embryonnaires.

À cela s’ajoute la pollution de la ville. Celle-ci est causée par le charbon (utilisé notamment pour le chauffage). Mais Paris est aussi une ville sale. Les déchets s’amoncellent à divers endroits. De plus, il y a environ 80 000 à 100 000 chevaux. Cela signifie des centaines de tonnes de crottin par jour. Avec la pluie, elles forment une boue liquide. Sans la pluie, c’est une poussière irritante…

Puis il y a l’eau et les égouts qui compliquent encore plus les choses. L’eau courante dans les appartements demeure encore un luxe. Cette insalubrité provoque des maladies mortelles chez les plus démunis. C’est notamment le cas de la « peste blanche », la tuberculose. Elle ravage les quartiers populaires et contribue au gap d’espérance de vie entre bourgeois et ouvriers (aux côtés de la mortalité infantile)…

 

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