pétrole

Le pétrole américain structure la puissance économique et géopolitique des États-Unis depuis le premier puits foré en Pennsylvanie, en 1859, jusqu’au boom du pétrole de schiste dans le Bassin permien. Plonge-toi dans son évolution, des empires comme la Standard Oil aux chocs pétroliers de 1973, pour comprendre les enjeux énergétiques mondiaux actuels.

L’histoire du pétrole américain

Les premières ruées vers le pétrole…

Le pétrole lampant

Les premières utilisations du pétrole étaient relatives à l’éclairage. Le « pétrole lampant » était en effet utilisé par les Indiens et les premiers colons à cet effet.

Il est donc déjà clair, dans les années 1850, que le pétrole se trouve très facilement dans le Nord-Est des États-Unis. Plusieurs industriels d’huile d’éclairage décident d’ailleurs de se détourner de l’huile de baleine au profit du pétrole.

Le développement d’une industrie pétrolière

George Bissell et Jonathan Eveleth, ayant connaissance de l’abondance du pétrole en Pennsylvanie, créent la société Pennsylvania Rock Oil Company. Elle devient la Seneca Oil en 1858 et engage Edwin Drake comme prospecteur. En 1859, ce dernier fore le premier puits de pétrole américain à Titusville, en Pennsylvanie.

Cette date marque le début d’une ruée vers le pétrole de Pennsylvanie. De nombreux audacieux font fortune grâce à l’or noir, notamment grâce au manque de sens des affaires de Drake, qui ne fait pas breveter son système de forage. Ainsi, alors qu’en 1858, seule la Roumanie produisait du pétrole, les États-Unis produisaient trois millions de barils dès 1862 ; devenant dès lors de loin les leaders du marché.

… portées par des acteurs symboliques

L’essor du pétrole américain n’est pas à dissocier du rôle crucial des majors. Ce terme désigne de grandes compagnies pétrolières privées mondiales. Ces dernières sont réputées pour dominer l’exploration, le raffinage et la distribution, et sont traditionnellement occidentales.

En 1870, John Rockefeller crée la mythique Standard Oil. Grand homme d’affaires, Rockefeller connaît l’industrie et met en place des stratégies contournant les lois de l’État de l’Ohio voulant limiter la taille des sociétés. En moins de deux mois, le bijou de Rockefeller s’impose comme le seul opérateur pétrolier dans le Nord-Est des États-Unis. Économie d’échelle et ententes secrètes permettent à la compagnie de remporter la guerre des prix et de devancer les concurrents.

Cependant, le début du XXe siècle sonne le démantèlement de la compagnie. Dans un contexte de lois antitrust imposé par le gouvernement, la Standard Oil est scindée en 34 sociétés. Parmi elles, on retrouve par exemple Vacuum Oil Company, qui deviendra ExxonMobil, ou encore l’ancêtre de Chevron, la Standard Oil of California.

Le temps des chocs pétroliers des années 1970

Le contexte des chocs pétroliers

En 1971, les États-Unis atteignent leur pic de production de pétrole. Cependant, face à une demande croissante, les réserves nationales s’épuisent petit à petit. Selon l’ambassadeur américain James Akins, les États-Unis n’ont, en 1972, plus la capacité d’augmenter encore leur production.

Par ailleurs, 1971 est aussi l’année où Nixon met fin au système de Bretton Woods. La dévalorisation du dollar induite entraîne une hausse des cours du pétrole. La pression s’accentue en 1973. Dans le contexte de la guerre du Kippour, les cours du pétrole quadruplent en à peine six mois.

Quelques années plus tard, la révolution iranienne, le contexte de la guerre Iran-Irak et les conséquences du premier choc pétrolier donnent lieu à un nouveau choc. Entre 1978 et 1981, les prix du pétrole sont en effet multipliés par 2,7.

Ces événements rendent évidente la dépendance des États-Unis au pétrole importé. La réduction de cette dépendance devient alors un sujet urgent pour le pays.

Une remobilisation des ressources nationales de pétrole

Dans leur volonté d’être plus indépendants, les États-Unis exploitent de nouvelles zones. Prenons le cas de l’Alaska. En 1968, les États-Unis découvrent le champ pétrolifère de Prudhoe Bay. Ce dernier est le plus grand gisement du pays et son exploitation commence en 1977.

L’isolement caractéristique de la zone nécessite à l’époque des investissements colossaux. Dès 1980, Prudhoe Bay représente 3 % de la production mondiale de pétrole et près de 18 % de celle des États-Unis.

Cependant, Prudhoe Bay est aussi au cœur de grandes controverses. Tandis que Nixon et Ford font de la sécurité énergétique la priorité absolue, au détriment de l’environnement, Carter portera plus d’attention aux régulations écologiques du gisement.

Une volonté de diversifier les approvisionnements en pétrole

Les États-Unis comprennent qu’il est crucial pour eux de réduire leur dépendance au Moyen-Orient, en particulier à l’OPEP. Ils se tournent donc vers des fournisseurs plus proches, permettant un transport plus sûr et plus facilement contrôlable. Le Canada devient ainsi un fournisseur clé, suivi du Mexique. Dans les années 1970-1990, le Venezuela s’inscrit également comme partenaire central.

La création d’institutions pour le pétrole

La réponse américaine aux chocs pétroliers se traduit aussi par une institutionnalisation du tournant énergétique. En 1973, le gouvernement américain crée l’Energy Policy Office (EPO). Cet organe de coordination fédérale est chargé de penser une politique énergétique nationale.

Il s’agit notamment de coordonner les politiques énergétiques du pétrole, du gaz et du charbon à l’échelle nationale. L’EPO prône aussi la sobriété énergétique au travers, par exemple, de la limitation de vitesse sur les routes ou de campagnes de réduction de consommation.

Une ingérence au Moyen-Orient

Outre ces mesures officielles, les mesures prises par les États-Unis s’étendent au-delà des frontières nationales. En effet, l’ingérence américaine au Moyen-Orient a pu être, entre autres, guidée par une volonté d’avoir une mainmise sur l’or noir.

Lors de la guerre d’Irak de 2003, les États-Unis mènent une guerre préventive contre les armes de destruction massive. Alors que cette intervention apparaît comme un mensonge politique majeur, des questionnements émergent aussi quant à l’intérêt américain pour le pétrole irakien.

En effet, ce n’est pas par hasard que la compagnie pétrolière Halliburton obtient des contrats dans le pays suite à la guerre. L’ex-CEO de la compagnie n’est autre que Dick Cheney, vice-président des États-Unis à l’époque.

Malgré tous ces efforts, le taux de dépendance énergétique des États-Unis passe de 5 % en 1960 à 30 % en 2006.

La révolution énergétique des années 2000

La révolution du pétrole non conventionnel

Une vraie révolution énergétique commence pour les États-Unis en 2009. C’est à cette époque que le pétrole et le gaz de schiste connaissent un boom. Ce « tight oil » est un pétrole léger, piégé dans des roches peu perméables. Son extraction nécessite des technologies complexes, telles que le forage horizontal ou la fracturation hydraulique.

Aux États-Unis, il se trouve principalement dans le Bassin permien (Texas, Nouveau-Mexique) et le Dakota du Nord. Les États-Unis parviennent à multiplier à l’époque leur production de pétrole par 2,2. Ils s’imposent alors comme premiers producteurs du monde.

De la dépendance à l’indépendance pétrolière

La révolution du pétrole de schiste a permis aux États-Unis de considérablement réduire leur dépendance pétrolière. Cet atout est crucial pour un État dont le pétrole représente près de 36 % de la consommation en énergie primaire. Depuis 2019, les États-Unis sont passés du statut d’importateur à celui d’exportateur.

En 2024, le pays est devenu le premier producteur mondial, devançant largement l’Arabie saoudite. Cependant, les États-Unis continuent d’importer du pétrole brut, notamment pour des raisons de raffinage spécifique. Il est malgré tout clair que la dépendance structurelle au pétrole étranger qui a marqué la fin du XXe siècle est remplacée par une situation de forte autonomie.

Le futur du pétrole américain

Si le pétrole est un marché florissant aux États-Unis, il n’est pas sans créer de nombreuses controverses, notamment au regard de son impact environnemental. Les méthodes de fracturation hydraulique sont très dévastatrices pour la planète et les populations.

Pourtant, les investisseurs se retournent en masse vers l’industrie pétrolière, alors même qu’il y a quelques années, ils s’intéressaient aux technologies vertes. Les États-Unis font creuser des milliers de puits à travers le pays, tandis que les foreurs américains améliorent sans cesse leurs techniques.

Par exemple, les travailleurs des sites de forage ont accès à des logiciels ultra-performants. Ces derniers sont capables de corriger les trajectoires des forêts en une minute sur les sites d’extraction. Ainsi, l’ère du pétrole américain a encore de très belles années devant elle, qui plus est sous le mandat de Trump.

Conclusion

En somme, le pétrole américain a profondément façonné la puissance économique, industrielle et géopolitique des États-Unis. Des premières ruées en Pennsylvanie à la révolution du pétrole de schiste, il a permis au pays de passer de la dépendance énergétique à une quasi-autonomie.

Mais entre impératifs climatiques, tensions internationales et volatilité des prix, l’avenir de cette ressource stratégique reste plus que jamais au cœur des débats mondiaux.