George Bush au téléphone, symbole du pouvoir américain face aux Rogue States

Cet article sur les Rogue States vise à expliquer la notion en profondateur, en l’assortissant d’exemples. La première puissance mondiale, les Etats-Unis, a trouvé un moyen de catégoriser et de définir ses ennemis sous un seul et même terme, à savoir « Rogue State ».

La définition des Rogue States selon les Etats-Unis 

C’est sous Ronald Reagan, en 1980, que l’expression de « Rogue State » ou « Etat voyou » a été utilisée pour la première fois dans l’optique de critiquer la Libye du général Kadhafi, soupçonnée de constituer une menace pour les intérêts américains et la sécurité collective. Cette expression, souvent utilisée par les dirigeants américains avant l’ère Obama, fait référence aux Etats qui, selon les Etats Unis, représentent un risque pour la paix. Ainsi, le conseiller à la sécurité nationale de Bill Clinton, Anthony Lake, a défini le Rogue State comme « ceux qui manifestent une incapacité chronique à traiter avec le monde extérieur ». Dans la Stratégie de sécurité nationale de 2002, les Etats-Unis donnent 5 critères caractérisant un Rogue State :

  • Mauvais traitement de la population ou corruption des dirigeants
  • Non-respect des traités et du droit international de manière générale
  • Volonté d’acquisition d’armes de destruction massive
  • Soutien au terrorisme
  • Rejet des droits de l’homme et haine des Etats-Unis et de ce qu’ils représentent.

Un concept en constante évolution

Depuis 2016, la liste des Rogue States a été réévaluée pour inclure de nouveaux acteurs considérés comme une menace, comme certaines factions au Yémen ou la Russie dans le contexte de l’Ukraine. Si les Etats-Unis n’ont jamais officiellement considéré la Russie comme un Etat Voyou, l’administration Biden la considérait quasiment comme telle. Joe Biden lui-même n’a pas hésité à qualifier son homologue russe de “dictateur”. Le rapprochement relatif entre la Russie et les Etats-Unis depuis le retour de D. Trump a cependant beaucoup changé la donne.

Par ailleurs, la notion de Rogue State est désormais aussi utilisée pour justifier des sanctions économiques ciblées, des cyber-interventions et le suivi des violations du droit international humanitaire. Les campagnes de désinformation peuvent également être inclues.

De plus, certains observateurs estiment que l’inclusion de pays comme la Russie ou la Chine dans certaines discussions récentes montre un élargissement du concept pour couvrir des rivalités géopolitiques contemporaines.

Sanctions contre les Rogue States

Des mesures ont été prises pour sanctionner nombre de Rogue State comme en atteste la promulgation de la loi d’Amato-Kennedy en 1996 qui donne le pouvoir au président américain de sanctionner tout investissement énergétique supérieur à 20 millions de dollars en Libye ou en Iran (néanmoins, les Etats Unis ont arrêtés d’appliquer cette sanction aux entreprises européennes après un accord avec l’UE en 1998 dans lequel l’UE s’engageait à décourager l’Iran d’investir dans des armes de destruction massive).

Plus encore, les Etats Unis ont également mis en place des embargos contre la Libye et l’Iran par exemple. Cuba, un Rogue State, n’a pas échappé à ces sanctions. En effet, en plus de l’embargo, la loi de Helms-Burton, mise en place en 1996, avait interdit à toute personne ou entreprise dans le monde d’utiliser, d’investir ou d’avoir un rapport quelconque avec les biens américains qui ont été nationalisés par Cuba au risque de se voir refuser l’accès aux Etats-Unis.


Once upon a time : Barack Obama

Malgré toutes ces mesures, ce n’est que le 16 décembre 2001 que voit le jour la première liste officielle d’un nombre conséquent Rogue State publiée par les Etats Unis, et regroupant alors 7 pays : la Corée du Nord, Cuba, le Pakistan, l’Afghanistan, l’Irak, l’Iran et la Libye. Cette liste a, depuis, beaucoup changé et cette notion de Rogue State a donc évoluée. D’ailleurs, dans son discours sur l’état de l’Union de 2002, le président Bush utilise une nouvelle expression, celle de « l’Axe du Mal » pour fonder l’intervention américaine en Afghanistan et en Irak.

Carte mondiale illustrant les États voyous et anciens États voyous selon leur classification géopolitique.
Un aperçu visuel des rogue states afin de mieux comprendre leur impact sur les dynamiques internationales.

Evolution des sanctions contre les Rogue States

Depuis 2016, les États-Unis ont notamment renforcé les sanctions contre l’Iran et la Corée du Nord, en incluant des restrictions sur les technologies de pointe et les exportations financières.

Les embargos traditionnels sont de plus en plus complétés par des sanctions sectorielles ciblant la défense, l’énergie et les institutions financières.

L’Union européenne et d’autres partenaires internationaux collaborent parfois avec les États-Unis pour appliquer ces mesures. Même si certains pays choisissent de maintenir des relations économiques indépendantes.

Rencontre entre un représentant syrien et le président américain, symbole du retour diplomatique d’un ancien rogue state sur la scène internationale.
Longtemps considéré comme un Rogue State, la Syrie retrouve peu à peu une forme de reconnaissance diplomatique, comme en témoigne cette rencontre inédite à la Maison-Blanche — signe du repositionnement des puissances face aux anciens parias.

Mieux comprendre les critères des Rogue States

Critères et exemples des Rogue States selon les États-Unis
Critère Description Exemple historique Exemple récent
Soutien au terrorisme Le pays finance ou abrite des organisations terroristes internationales. Syrie Iran
Prolifération d’armes Développement ou vente d’armes de destruction massive. Libye (avant 2003) Corée du Nord
Violation des droits humains Répression sévère de la population, crimes contre l’humanité. Soudan (Khartoum) Russie (guerre en Ukraine)
Non-respect du droit international Invasion ou occupation illégale d’un pays, non-respect des traités. Irak (2003) Russie (Crimée, 2014)
Menace pour la stabilité régionale Actions pouvant déstabiliser la région ou provoquer des conflits prolongés. Afghanistan (Talibans 1990s) Yémen (Houtistes)
Propagande anti-occidentale Campagnes médiatiques ou idéologiques contre les États-Unis et leurs alliés. Cuba Iran

Ce tableau résume les principaux critères définissant les Rogue States selon la doctrine américaine et fournit des exemples historiques et récents.

 

Principaux Etats ayant un jour été considérés comme Rogue States 

La Corée du Nord, un pays autarcique 

Les Etats-Unis ont placé la Corée du Nord dans la liste des Rogue States en raison de ses activités dans le domaine du nucléaire et en particulier en raison du retrait nord-coréen du traité de non-prolifération nucléaire en 2003 et des essais nucléaires qu’elle accomplit depuis (2006, 2009, 2013). Malgré le fait que les Etats-Unis aient provisoirement retiré la Corée du Nord des Rogue States en 2008 sous prétexte que Kim Jong faisait des efforts pour le désarmement nucléaire, les relations entre les deux Etats sont restées très tendues comme en atteste l’augmentation des navires américains dotés de technologies antimissiles autour de la Corée du Nord.

La Corée du Nord continue ses programmes nucléaires et balistiques malgré les sanctions internationales renforcées depuis 2016. Les rencontre qui ont eu lieu entre les dirgeants américain et coréen ont en réalité été excuse pour la Corée du Nord pour accélérer son programme en douce. Les nord-coréens ont effectué des essais de missiles hypersoniques et de drones en 2022–2025, accentuant la perception de menace. La régularité de ces essais de missiles est un sujet d’inquiétude majeur pour les Etats-Unis et ses alliés asiatiques (Japon, Corée du Sud…).

Le pays est également surveillé pour ses cyberattaques et vols numériques internationaux. Ces critères sont désormais inclus dans l’évaluation des Rogue States.


Les menaces du nucléaire

Le Pakistan, un Rogue State avec de l’ambition

Les Etats-Unis considèrent le Pakistan comme un Rogue State dans la mesure où il n’a pas respecté le traité de non-prolifération nucléaire en exportant des technologies d’armes nucléaires. Néanmoins, depuis la coopération du Pakistan avec les Etats-Unis après les attentats du 11 Septembre, ces derniers l’ont rayé de la liste des Rogue States. D’ailleurs, beaucoup critiquent ce geste des Etats-Unis dans la mesure où le Pakistan correspond toujours aux caractéristiques d’un Rogue State. Ils reprochent à cette expression de n’être qu’un titre que donneraient les Etats-Unis aux pays qu’ils n’apprécient pas.

L’Afghanistan et l’Irak, deux grandes menaces selon les États-Unis

Les Etats-Unis considèrent ces deux pays  comme des Rogue States appartenant à l’Axe du mal car ces derniers les soupçonnaient de soutenir le terrorisme. Néanmoins, après l’intervention américaine en Irak et en Afghanistan où les Etats-Unis n’ont trouvé aucune arme de destruction massive appuyant leurs soupçons, Washington a retiré l’Irak et l’Afghanistan de la liste des Rogue States ainsi que de l’Axe du Mal.
(retrouve une analyse de l’Afghanistan décryptée par un expert de l’IFRI)

Quant à la Syrie, elle reste surveillée de près par les Etats-Unis. Les évolutions récentes, avec la chute du régime Al Assad, montrent une reprise partielle des relations avec certains pays arabes et la Russie, tout en maintenant un certain isolement occidental.

On peut également citer le cas du Yemen. Les États-Unis ont récemment désigné certains groupes houthistes comme acteurs terroristes étrangers, en réponse aux attaques contre la navigation et aux conflits régionaux. Les sanctions ciblent désormais les dirigeants houthistes et certaines structures financières, sans toucher directement la population civile. Cette désignation reflète l’élargissement moderne du concept de Rogue State à des factions non-étatiques mais géopolitiquement influentes.

Cuba, une île coupée du monde

Cuba est indéniablement le pays qui a le plus souffert, avec l’Iran, des sanctions américaines et en particulier de la loi Helms-Burton. La loi Helms-Burton spécifiait que la seule manière pour que les sanctions américaines soient levées était la mise en place d’un régime démocratique à Cuba avec un dirigeant qui n’était ni Fidel Castro, ni son frère Raul (bien spécifié dans la section 205 de cette loi). Néanmoins, Obama crée un changement dans la politique américaine malgré le fait que Raul Castro soit toujours à la tête de Cuba. En effet, il assouplit l’embargo dès 2008 en autorisant les ressortissants américains à s’y rendre puis en libéralisant les virements bancaires vers l’île et en autorisant des transactions commerciales avant de finalement rétablir les relations diplomatiques en 2014 et de s’y rendre en 2016.

Donald Trump réduira cependant ces efforts à néant, lors de son premier puis second mandat. Entre les deux mandats, Joe Biden a un peu tenté d’apaiser la situation. Sous son administration, les États-Unis ont ajusté leur politique post-embargo. Ils ont aussi assoupli certaines restrictions sur les envois de fonds et voyages.

L’Iran, le Rogue State à contenir impérativement

Dans ce cas aussi, c’est le fait que les Etats Unis suspectaient l’Iran de développer un programme d’armes nucléaires en 2003 qui a conduit ces derniers à le considérer comme un Rogue State malgré son adhésion au traité de non-prolifération nucléaire. Bien que l’Iran ait toujours clamé ne développer que le nucléaire civil pour produire de l’électricité, le fait qu’il possède des quantités suffisantes de gaz hexafluorure d’uranium pour produire 10 bombes nucléaires s’il est enrichi en a fait une menace pour les Etats Unis.

Un réchauffement des relations ?

Les relations entre les deux Etats ont néanmoins fini par se réchauffer à partir de 2013. La mise en place de négociations aboutissent sur l’accord sur le nucléaire iranien de 2015. Celui-ci consiste à lever les sanctions économiques et l’embargo (sauf sur les armes) en échange de plus d’inspections et d’une plus faible production de matières nucléaires en Iran.

Depuis 2018, le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire (JCPOA) a intensifié les sanctions économiques, notamment sur le secteur bancaire et pétrolier. Les efforts de Joe Biden n’ont pas permis de remettre en place l’accord sur le nucléaire. Il a notamment dû faire face à la persistance de l’Iran qui ne faisait plus confiance aux Etats-Unis depuis que D. Trump a rompu l’accord de 2015.

Mais les récentes crises entre l’Iran et Israël, couplées aux bombardements américains ordonnées par D. Trump, rendent la situation plus compliquée et poussent l’Iran dans ses derneirs retranchements.


Géopolitique de l’Iran

La Libye, un pays très instable 

Dès l’ascension au pouvoir du général Kadhafi en 1969, les relations entre les Etats-Unis et la Libye ont commencé à se détériorer. En 1979, l’ambassade américaine à Tripoli est même incendiée. Cela conduit les Etats-Unis à la fermer et à déclarer que la Libye est un Etat soutenant le terrorisme et qui cherche à accumuler des armes de destruction massive. Les Etats-Unis mettent alors en place des sanctions, et notamment un embargo. Néanmoins, les relations commencent à s’améliorer en 2003. La Libye reconnaît sa responsabilité dans le crash d’un avion américain de la PanAm en 1988, indemnise les victimes puis elle renonce à son programme d’armes de destruction massive et remet aux Etats-Unis son arsenal nucléaire. Peu après, le gouvernement américain annonce le retrait de la Libye de la liste des Rogue States, justifiant cette décision par les efforts et les concessions du général Kadhafi pour la démocratisation.

Les Etats-Unis : Un Rogue State selon leurs propres critères 

L’écrivain Mark Curtis, dans son livre Web of deceit, défend l’idée qu’il serait possible d’appliquer ce terme de Rogue State aux Etats-Unis eux-mêmes. Selon lui, les critères caractérisant le Rogue State s’appliquent aux Etats-Unis. En effet, on peut aboutir à cette conclusion en considérant le fait que la pratique de la torture y est toujours d’actualité, notamment dans la prison américaine de Guantanamo, que les Etats Unis sont déjà intervenus militairement en Irak et en Afghanistan sans mandat de l’ONU tout en soutenant ailleurs des régimes dictatoriaux alliés (coup d’Etat de Pinochet soutenu par les Etats-Unis), et qu’ils ne respectent pas le protocole de Kyoto pour le respect de l’environnement malgré sa dimension internationale.

Par ailleurs, l’ONU et certaines ONG rappellent souvent que le label de Rogue State ne remplace pas les enquêtes internationales et peut parfois compliquer les négociations diplomatiques.

Evolution des statuts de Rogue States

Année Pays Statut Motif principal Source
2016 Iran Maintenu Prolifération nucléaire, soutien au terrorisme State Department
2016 Corée du Nord Maintenu Développement d’armements nucléaires, cyberattaques State Department
2016 Syrie Maintenu Soutien au terrorisme, violations des droits de l’homme State Department
2025 Yémen (Houtistes) Ajouté Attaques contre la navigation internationale Reuters
2025 Russie Proposé Enlèvement de 20 000 enfants ukrainiens, crimes contre l’humanité New York Post
2025 Cuba Retiré Assurances de non-soutien au terrorisme White House

 

J’espère que cet article t’aidera à mieux appréhender les Rogue States dans toutes leurs coutures, et pourquoi les États-Unis veulent les catégoriser sous ce nom. Je te propose de voir cette vidéo pour approfondir le sujet !

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