Suite à la tentative de coup d’État au Bénin le 7 décembre 2025, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est intervenue, faisant d’elle une instance régulatrice de la région africaine. Ainsi, dès le 12 décembre, la CEDEAO a entamé un déploiement militaire historique pour empêcher un effet domino de putschs qui pourrait déstabiliser la région. Cette organisation semble donc devenir une puissance régionale incontournable, même si elle reste marquée par des faiblesses majeures. Décryptage de ses forces et faiblesses.
Les forces de la CEDEAO
Qu’est-ce que la CEDEAO ?
La CEDEAO est constituée de quinze pays d’Afrique de l’Ouest. Initialement, cette organisation sous-régionale a un mandat économique. Créée en 1975, par la signature du Traité de Lagos, elle prévoit la création d’une zone de libre-échange avec la levée des droits de douane et des barrières tarifaires. Avec la mise en place d’un tarif extérieur commun en 2015 et d’une libre circulation des personnes et des travailleurs, son objectif premier était bien de « créer un grand bloc commercial unique par le biais de la coopération économique ».
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Dans ce domaine, l’un de ses principaux objectifs était d’aller vers une monnaie unique, appelée l’eco. D’abord prévue pour 2020, cette nouvelle monnaie est toujours en cours de projet, mais avec la sortie du Niger, du Mali et du Burkina Faso, il devient de plus en plus obsolète.
À partir des années 1990, la CEDEAO s’est axée sur une intervention plus politique, voire sécuritaire. En 1990, la CEDEAO a créé l’Economic Community of West African States Cease-fire Monitoring Group (Ecomog), aussi appelé « les Casques Blancs ». C’est un groupe militaire d’intervention qui a pour mission de faire respecter la paix entre les pays membres. L’Ecomog est ainsi intervenu lors de plusieurs conflits, comme la guerre civile au Libéria ou en Sierra Leone.
Une force militaire : la FAC
L’année 2025 a marqué la renaissance opérationnelle de la Force en Attente de la CEDEAO (FAC). Longtemps critiquée pour sa lenteur, elle a bénéficié d’un tournant budgétaire sans précédent acté lors du sommet d’Abuja. En juin 2024, un budget massif de 2,67 milliards de dollars a été proposé pour structurer une force antiterroriste. Cela permet une intervention rapide dans la région.
Tu dois retenir que ce financement, soutenu par les contributions des États membres, a permis de maintenir un contingent mobilisable de près de 25 000 hommes issus des différentes armées nationales. L’exemple le plus frappant de cette efficacité retrouvée est l’intervention éclair du 7 décembre 2025 au Bénin. Dès l’annonce de la mutinerie, la CEDEAO a ordonné le déploiement d’unités de la FAC en soutien aux forces loyalistes, décourageant les putschistes en moins de 12 heures. Cette réactivité démontre que l’organisation dispose d’une capacité de projection incontournable pour sa puissance.
Un leadership diplomatique important
La force de la CEDEAO réside également dans sa capacité à isoler diplomatiquement les régimes illégitimes. Malgré le départ de certains pays du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) regroupés au sein de l’AES, la CEDEAO a maintenu une ligne de fermeté absolue en 2025.
Cette tolérance zéro s’est manifestée de manière spectaculaire lors du coup d’État en Guinée-Bissau le 26 novembre 2025. En l’espace de 48 heures, l‘organisation a activé un protocole de sanctions automatiques. Par exemple, il y a eu une suspension des instances de décision, une fermeture des frontières aériennes et un gel des avoirs des putschistes auprès de la BCEAO. Cela montre la puissance de l’organisation, capable d’affaiblir des régimes ennemis. En outre, la réintégration conditionnelle de la Guinée en janvier 2026 prouve que l’intégration à la CEDEAO reste un passage obligé pour obtenir une reconnaissance internationale. L’organisation agit ainsi comme un garant de la stabilité en empêchant l’effondrement total de la démocratie parlementaire dans la sous-région.
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Une puissance économique importante
Enfin, la force de la CEDEAO est intrinsèquement liée à son poids économique. Avec un PIB combiné dépassant les 700 milliards de dollars en 2025, elle représente le bloc le plus dynamique d’Afrique subsaharienne.
Par exemple, le Nigeria, à lui seul, pèse pour plus de 60 % de cette richesse, offrant à l’organisation une assise financière robuste. En 2025, la CEDEAO a accéléré le projet de monnaie unique, l’Eco, tout en investissant dans des infrastructures de connectivité régionale.
Cette puissance économique est une arme. Par exemple, les échanges intra-communautaires représentent environ 15 % du commerce total de la zone. Ils créent une interdépendance qui empêche les pays membres de s’infliger des sanctions, comme des embargos.
Finalement, en 2024, les dépenses militaires cumulées des pays membres ont augmenté de 3 %. Cela permet une modernisation des équipements. Cette solidité financière permet à la CEDEAO de financer ses propres missions de paix (comme celle d’ECOMOG) sans dépendre exclusivement des donateurs internationaux. Cela renforce ainsi sa souveraineté décisionnelle face aux crises futures.
Les faiblesses de la CEDEAO
La fracture de l’Alliance des États du Sahel
Le 28 janvier 2025, le Mali, le Burkina Faso et le Niger, trois pays d’Afrique de l’Ouest dirigés par des militaires arrivés au pouvoir après des coups d’État, ont amorcé leur retrait juridique de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cette décision fait suite à des conflits d’intérêts entre les trois pays et l’organisation régionale, survenus surtout après les sanctions prises par la CEDEAO à la suite des coups d’État militaires dans ces trois pays. Cette décision constitue une crise économique et politique sans précédent en Afrique de l’Ouest.
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Les relations tendues entre la CEDEAO et les trois pays ont conduit ces derniers à créer l’Alliance des États du Sahel (AES), en septembre dernier. En effet, ces trois pays ont de nombreux points communs. Ils appartiennent à la même zone géographique du Sahel. Ils sont non seulement dirigés par des militaires, mais font face à la même menace des groupes djihadistes.
Les raisons de ce divorce avec la CEDEAO
Le communiqué du 28 janvier a listé quatre principales raisons à cette décision :
- L’éloignement des idéaux de ses pères fondateurs et du panafricanisme ;
- L’influence des puissances étrangères, notamment la France
- La non-assistance aux États de l’AES dans la lutte contre le terrorisme et l’insécurité ;
- L’adoption de « sanctions illégales, illégitimes, et irresponsables » de la CEDEAO
Ce sont les sanctions de la CEDEAO à l’encontre des trois pays après leurs coups d’État respectifs qui ont creusé le fossé déjà existant entre l’organisation sous-régionale et les opinions publiques. Cela entraîne une perte de puissance de la CEDEAO, qui perd d’abord trois pays influents, et qui voit son territoire amputé de 2,8 millions de km², soit environ 55 % de sa superficie totale.
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger désormais dirigés par des militaires n’ont simplement plus les mêmes aspirations et souhaitent faire “cavalier seul”, dans l’espoir de sortir du “joug colonial français”.
Pour en savoir plus sur le retrait des trois États de la CEDEAO : le lien ici !
Le recul dans la lutte contre le terrorisme
Le Burkina Faso, le Mali et le Niger sont effectivement des États indispensables dans le processus d’intégration ouest-africaine et surtout dans la recherche de stabilité au sein de la sous-région, durement touchée par le terrorisme. Cette sortie hâtive menacerait les efforts déployés pour rétablir la démocratie et contribuer à stabiliser une région de plus en plus fragile.
Le cas du Niger est emblématique. En sortant de la CEDEAO, il rompt la continuité géographique et isole ses partenaires de l’Afrique du Nord, Cela signifie aussi que la CEDEAO perd l’accès à des zones de renseignement vitales dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. Ainsi, en 2025, le nombre d’attaques djihadistes aux frontières du Bénin et du Togo a augmenté de 18 %, car la coordination transfrontalière avec les forces nigériennes et burkinabè est désormais quasi inexistante.
Finalement, les dirigeants ouest-africains ont ainsi mis en garde contre les défis supplémentaires auxquels seraient confrontés les efforts de lutte contre la criminalité transnationale, la migration irrégulière et le terrorisme dans la région du Sahel si ces pays décidaient de quitter le bloc régional.
Une crise économique sans précédent
D’abord, la sortie des trois pays a pour principale conséquence l’entrave à la liberté de circulation des biens, des personnes et des capitaux. La CEDEAO garantit en effet aux citoyens des quinze pays membres de pouvoir se déplacer sans visa et de rester dans les pays membres pour y travailler ou y résider. Mais en quittant l’organisation, ce sont tous les secteurs comme celui des transports qui sont menacés, d’autant que le Mali, le Burkina Faso et le Niger sont des carrefours pour le transport routier ouest-africain.
En outre, malgré un budget de défense ambitieux, la CEDEAO souffre d’une fragilité financière. En 2025, le taux de recouvrement des prélèvements communautaires (la taxe de 0,5 % sur les importations) a chuté de 12 %. Cela s’explique par la création de nouveaux circuits commerciaux par les pays de l’AES.
Cette fragilité financière est renforcée par la dépendance de l’organisation à certains États membres. Tu peux ainsi prendre l’exemple du Nigéria. Entre 2024 et 2025, Abuja a financé près de 65 % du budget opérationnel de l’organisation. Cette situation transforme la CEDEAO en un instrument perçu comme étant au service des intérêts nigérians. Lorsque le président Bola Tinubu a menacé d’intervenir militairement au Niger, cela a provoqué une levée de boucliers. Et ce au sein même du Parlement nigérian pour des raisons de coûts et de fraternité ethnique. En outre, le Nigeria vacille économiquement, ce qui pourrait menacer la CEDEAO. Par exemple, on a enregistré une inflation de l’ordre de 25% fin 2024. Si l’économie nigérianne s’effondre, c’est toute l’architecture de la CEDEAO qui s’effondre, à cause de son manque d’autonomie économique.
Une organisation souffrant d’une mauvaise image
La CEDEAO est perçue par une large partie des populations ouest-africaines comme un syndicat de chefs d’État protégeant leurs positions de pouvoir plutôt que les principes démocratiques. Ce déficit d’image est sa plus grande faiblesse face à la montée du populisme militaire.
Par exemple, entre 2024 et 2025, la CEDEAO condamne fermement les putschs militaires. Pourtant, elle est restée silencieuse face à certaines manipulations constitutionnelles. Celles-ci ont ainsi permis à certains dirigeants de renouveler leur mandat, et ce au détriment des valeurs démocratiques. Un sondage d’Afrobarometer publié mi-2025 indique que la confiance des jeunes de 18 à 35 ans envers la CEDEAO était tombée en dessous de 35 %. Cela rend ses interventions futures difficiles puisque c’est une organisation qui manque de légitimité.
Conclusion
Quelles perspectives pour le futur ?
Les régimes militaires de l’AES ne cessent de dénoncer l’instrumentalisation faite selon eux de la CEDEAO par l’ancienne puissance coloniale française. Ils veulent s’émanciper de la tutelle française et ont pour projet de mettre en place une monnaie commune, alternative au franc CFA, le « Sahel ».
Affirmant leur volonté de couper tout lien avec la France, la sortie du franc CFA apparaît donc comme une prochaine étape vraisemblable. Cependant, elle serait aussi beaucoup plus risquée. Car pour cela, il leur faudrait quitter l’UEMOA (Union économique et monétaire Ouest Africaine). Donc abandonner les garanties commerciales et humaines que leur apporte aujourd’hui cet espace. L’UEMOA est l’organisation monétaire responsable de ce franc CFA. Elle est décrite comme étant une monnaie de servitude, néocoloniale et empêchant le développement économique de leur pays.
Mais au-delà de la question monétaire, la coalition envisage également la création d’une Confédération, voire d’une Fédération à trois. Cela exprime ainsi la volonté de ces pays de renforcer leur souveraineté économique. En outre, ils se libèrent des liens économiques coloniaux.
Comment utiliser la CEDEAO dans ta copie de concours ?
Cet exemple est intéressant car il est incontournable dans une dissertation sur l’Afrique. En outre, il est aussi susceptible de tomber à l’oral. Dans un sujet sur l’Afrique, cela permet de mobiliser les concepts de fragilité de la démocratie. Tu peux aussi parler des jeux de blocs économiques qui se forment sur le continent. Tu peux aussi mobiliser la CEDEAO dans une dissertation sur la gouvernance mondiale ou les puissances régionales. Cela permet d’illustrer la transition d’une organisation économique vers une architecture de sécurité. N’oublie pas d’utiliser le poids du Nigeria pour illustrer le concept d’État pivot (Hegemon régional) !
Pour t’entraîner sur un sujet de dissertation
Pour t’aider dans les révisions, voici les arguments clés à retenir absolument :
| Pilier | Chiffres & Faits Clés | Enjeu Concours |
| Militaire | Bénin (07/12/25) : Putsch stoppé en 12h. Budget FAC : 2,67 Mds $. | Puissance de projection : Transition vers une instance sécuritaire active. |
| Économie | PIB > 700 Mds $. Le Nigeria finance 65 % du budget. | Hégémonie fragile : Si le Nigeria vacille (inflation 25 %), le bloc chute. |
| Diplomatie | Guinée-Bissau (26/11/25) : Sanctions en 48h. | Tolérance zéro : Garant de l’ordre constitutionnel. |
| Fracture | AES (Mali, Niger, Burkina) : Perte de 55 % du territoire. | Désintégration : Fin de l’unité géographique et sécuritaire. |
| Opinion | Confiance < 35 % (jeunes 18-35 ans). | Crise de légitimité : Perçue comme un “syndicat de chefs d’État”. |
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