Tuvalu vu du ciel, territoire insulaire confronté au climat et misant sur une utopie numérique.

Tu trouveras ci-dessous un article sur Tuvalu, un petit archipel du Pacifique souvent méconnu, mais menacé par un effet dévastateur du changement climatique : la montée des eaux. Ainsi, il pourrait devenir le premier Etat sans territoire habitable, une situation aux conséquences sociale et juridique majeures.

Tuvalu

Tuvalu (ou État des Tuvalu) est un archipel polynésien de l’ouest du Pacifique Sud composé de neuf atolls habités par 11 000 Tuvaluans. Cet État est menacé très largement par la montée des eaux et est voué à disparaître d’ici 2100. Cette submersion entraîne de nombreuses problématiques identitaires, migratoires et écologiques. De plus, en 2022, le ministre des Affaires étrangères, Simon Kofe, a déclaré donner un nouveau territoire à Tuvalu… sur le métavers !

Est-ce une réponse innovante aux défis du changement climatique, ou une nouvelle forme d’illusion qui renforce les problématiques écologiques ?

Le pays virtuel face à la montée des eaux : une solution face à l’extinction géographique qui soulève de nombreuses problématiques.

Tuvalu, un pays menacé par la montée des eaux et les migrations

Le contexte de la montée des eaux

Une étude de la plateforme Océan et Climat nous montre que la majorité du territoire de Tuvalu se trouve aujourd’hui sous le niveau des eaux. Ce phénomène est observable depuis les années 1990. Durant cette période, elle était déjà en grande partie submergé lors des grandes marées du printemps. Certains scientifiques estiment que le pays deviendra inhabitable d’ici 2100, puis disparaîtra.

Le réchauffement, dû à nos activités humaines, entraine la fonte des glaciers et la dilatation des océans. Ces deux phénomènes se traduisent par une hausse du niveau des mers. Les îles du Pacifique, souvent très vulnérables face aux évènements climatiques, souffrent en premier de ce phénomène.

Les questions migratoires à Tuvalu

Face à cette montée des eaux, les habitants se retrouvent forcés à quitter le territoire. Le 10 novembre 2023, l’Australie accorde l’asile climatique aux 11 000 Tuvaluans et leur accorde le statut de « réfugié climatique ». En 2022, on dénombre plus de 32,6 millions de réfugiés climatiques. Selon la Banque mondiale, ce nombre pourrait atteindre 200 millions en 2050. Par cette action, Canberra autorise la migration de 280 Tuvaluans par an. L’Australie assure de continuer à reconnaître l’indépendance de Tuvalu, même si le territoire disparaît sous les eaux.

Cette décision prend tout son sens dans la bataille d’influence de l’Australie dans le Pacifique Sud face à la Chine. De plus, Tuvalu a préféré s’aligner avec l’Australie plutôt qu’avec la Chine (contrairement aux autres îles du Pacifique, comme Salomon et Kiribati), car les Tuvaluans reconnaissent l’existence diplomatique de Taïwan.

Un appel à l’aide à la communauté internationale

En décembre 2009, le Premier ministre des Tuvaluans a dit au monde que l’État de Tuvalu était menacé par la montée des eaux. Il a également montré du doigt les activités humaines des pays les plus pollueurs (notamment l’Australie et la Chine). Lors de la COP26 à Glasgow, en novembre 2021, Simon Kofe a une nouvelle fois donné l’alerte sur la conséquence de la montée des eaux pour son archipel.

Enfin, le 15 novembre 2022, à l’occasion de la COP27 en Égypte, Kofe s’est filmé les pieds dans l’eau pour un discours historique pour cette petite île du Pacifique. Dans cette vidéo publiée sur YouTube, il appelle l’ensemble des dirigeants à agir rapidement pour réduire les effets du réchauffement climatique dont son État souffre. Il y fait également une annonce surprenante : « Tuvalu deviendra la première nation numérique », n’existant plus que sur le métavers.

Tuvalu, allocution symbolique dans l’océan face à la montée des eaux et au projet numérique
Tuvalu illustre par ce discours dans l’eau son combat entre survie écologique et utopie numérique

Tuvalu, « La première nation numérique »

Sauvegarder le territoire tuvaluan sur un autre espace

Avec cette mesure, la volonté de Simon Kofe est de sauvegarder symboliquement et culturellement son territoire, malgré la disparition physique, à travers une communauté virtuelle. Il déclare dans sa vidéo : « Notre terre, notre océan, notre culture sont les atouts les plus précieux de notre peuple et, pour le protéger du danger, quoi qu’il arrive dans le monde physique, nous les déplacerons vers le cloud. »

Son projet est donc de créer des archives, de numériser et de répertorier des souvenirs (danses traditionnelles, histoires, contes…) pour conserver le patrimoine culturel de Tuvalu. Ainsi, elles permettront, selon lui, de « transporter l’âme même de Tuvalu ».

Une question de souveraineté

Puis, cette décision permet à l’État de garantir sa souveraineté. En effet, un État-nation souverain doit avoir une population et un territoire permanents selon les normes internationales. Le territoire sur le métavers permet donc de sécuriser les frontières nationales et de mettre en place un passeport numérique stocké sur la blockchain pour que l’État continue d’enregistrer les naissances, les décès, les mariages et de faire des élections et des référendums.

Cet exemple nous montre que le métavers peut être une alternative pour conserver un territoire, bien que numérique et immatériel.

Cependant, le numérique est également une source de pollution

Quelques données chiffrées

Le numérique pollue aujourd’hui plus que l’aviation civile en étant responsable de 4 à 5 % des émissions de gaz à effet de serre. On retrouve deux sources de production différentes : la production des appareils numériques et le stockage des données (15 %, pollution des data centers). La fabrication de ces appareils consomme énormément d’énergie, notamment lors de l’extraction des minerais. Par exemple, on utilise 32 kg de ressources naturelles pour fabriquer une puce électronique de 2 g. Puis, leur utilisation est également une source majeure de pollution : le visionnage de vidéos en ligne représente 1 % de l’ensemble des émissions de GES mondiales.

Le stockage des données informatiques ou la consultation d’un site internet (comme celui du territoire de Tuvalu) utilisent des data centers et des serveurs qui fonctionnent 24 h/24, 7 j/7. Ces derniers émettent beaucoup de chaleur (et doivent donc être refroidis) et consomment énormément d’énergie. Ils constituent donc un enjeu pour les problématiques de réchauffement climatique actuelles.

De plus, ce phénomène est voué à croître étant donné que le nombre d’objets connectés en circulation dans le monde. En effet, ils sont passés de 7 à 20 milliards en deux ans (entre 2018 et 2020). L’effet rebond est également un problème dans le numérique. Les efforts pour réduire l’empreinte écologique du numérique, comme l’augmentation de l’efficacité énergétique des appareils, peuvent paradoxalement conduire à une consommation accrue de ces technologies, amplifiant ainsi la pollution globale.

Le pouvoir législatif

La directive DEE (Directive sur l’efficacité énergétique) : UE

Adoptée en juillet 2023 par l’Union européenne, cette directive vise à réutiliser les externalités négatives de l’utilisation des data centers. Autrement dit, chaque data center développant une puissance supérieure à 1 MW devra réutiliser la chaleur qu’il émet.

Loi AGEC : France (2022)

Cette loi oblige les fournisseurs d’accès internet et les opérateurs télécoms à « l’affichage environnemental ». En résumé, l’objectif est d’informer le consommateur de l’équivalent en émissions de GES de sa consommation de données. Ainsi, l’État entend créer une prise de conscience pour le plus grand nombre.

Loi REEN (réduction de l’empreinte environnementale du numérique) : France (2021)

Cette loi, ayant pour objectif de réduire la pollution du numérique, souhaite éveiller les consciences sur ce sujet, réduire le renouvellement des appareils numériques (88 % des Français changent de téléphone, même si l’ancien fonctionne toujours) et favoriser les usages numériques dits « plus verts ».

Elle vise notamment à renforcer les conditions d’accès et la réduction du tarif de la TICFE. In fine, le but est d’encourager des infrastructures de data centers plus sobres énergétiquement.

Pour en savoir plus sur la loi REEN, n’hésite pas à consulter le site du gouvernement ici.

Des solutions

Certains moteurs de recherche se disant plus « verts » disent compenser leur pollution par la plantation d’arbres (Ecosia). D’autres entreprises se concentrent sur la production d’appareils numériques et cherchent à limiter les catastrophes sociales et écologiques de cette production. C’est le cas de Fairphone notamment, qui promeut une réparabilité de ses appareils soi-même, permettant ainsi de favoriser un recyclage des pièces et de limiter le remplacement trop rapide des appareils.

Conclusion

Le métavers semble se présenter aujourd’hui comme un nouveau territoire à part entière. Il permettrait à des États voués à disparaître de conserver une identité et leur souveraineté dans cette « tragédie des communs » (T. Hardin). Cependant, le numérique n’est pas une solution verte pour autant. Si nous dématérialisons, nous stockons sur des serveurs ces informations. Le numérique est aujourd’hui une source de pollution majeure et croissante qui soulève de nombreux enjeux.

L’étude de cas de Tuvalu est donc intéressante, car elle soulève plusieurs questions et ambivalences. Le passage de Tuvalu sur le métavers ne constitue pas une catastrophe écologique en soi. Cependant, cela pourrait le devenir si tous les États décident de contracter ce type d’initiatives.

La technologie constitue donc à la fois une force de solutions aux crises climatiques tout en étant responsable de nombreuses émissions de gaz à effet de serre. Il est donc nécessaire de réfléchir à un équilibre entre les avancées technologiques et la préservation de la planète.

 

Cet article a été écrit par Chloé Bessot, membre de Call’ONU ESCP


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