La crise de mai 1968 est un événement majeur qu’il convient de maîtriser en prépa littéraire, même si celui-ci n’est pas directement lié au programme mis au concours par les ENS. Cet article te présente donc les éléments incontournables pour te permettre d’y voir plus clair !
Introduction
La crise de mai 1968 (que l’on peut également nommer dans une copie par « Mai 68 ») est une crise de grande ampleur ; le point saillant du « Moment 68 », qui n’a pas uniquement concerné la France. Celle-ci compte dix millions de grévistes et concerne tous les secteurs sur le territoire national.
Le 10 mai 1968, une « nuit des barricades » oppose violemment étudiants et CRS au Quartier latin. Cette image symbolise un bouleversement qui, au-delà de la France, touche une génération entière.
Le découpage traditionnel de cette crise s’effectue selon trois temps. Tout d’abord, une crise étudiante du 3 au 13 mai (manifestations). Puis une crise sociale du 13 au 27 mai. Enfin, une crise politique du 27 mai au 30 juin, qui s’achève avec le discours du général de Gaulle annonçant la dissolution de l’Assemblée nationale et de nouvelles élections.
Mise en contexte : une France en difficulté avant les événements de mai
Le climat économique et social qui se dégrade
La croissance durant les années qui précèdent la crise est fortement ralentie. Ainsi, en mai 68, il y a une conjonction des grèves offensives, passant notamment par la conquête de droits nouveaux et la revendication de hausses salariales, et des grèves défensives.
De ce fait, en janvier 1968, se tient une grève totale dans plusieurs usines à Caen pour dénoncer des ordonnances sur la Sécurité sociale.
Par ailleurs, les salaires ont augmenté, mais nettement moins que l’inflation. Ainsi, une frustration grandissante chez les populations défavorisées et les conditions de travail difficiles participent concrètement à l’ampleur des grèves durant le début de cette année 1968.
Les accords de Grenelle montreront d’ailleurs cette tension entre un pouvoir d’achat jugé insuffisant et une volonté ouvrière d’obtenir davantage : + 35 % du SMIG, + 10 % en moyenne des salaires, mais pas d’avancée sur les conditions de travail.
Le malaise de la jeunesse
Les étudiants : à la suite du baby-boom, la France observe une explosion des étudiants, comme en témoigne l’évolution du pourcentage de bacheliers : 2,5 % de bacheliers en 1950, contre 15 % en 1968. Les bacheliers restent minoritaires, mais la société ne les recrute plus uniquement dans les couches favorisées. Ainsi, les classes moyennes sont inquiètes, car elles craignent l’investissement futur dans les études.
Les étudiants affluent donc vers les universités. Les structures inadaptées génèrent de nouveaux foyers de contestation et attirent désormais l’implication des syndicats.
La réforme de l’Université
La réforme de l’Université de 1967 achève d’installer un malaise de la jeunesse, qui juge cette réforme comme étant trop sélective. Effectivement, cette dernière vise à distinguer un premier cycle de deux ans (DEUG), une année de licence, puis une quatrième année en enseignement secondaire, conduisant ensuite vers l’agrégation ou un doctorat.
La jeunesse ouvrière occupe surtout des emplois peu qualifiés. De ce fait, certains patrons embauchent des ouvriers qualifiés à des postes inférieurs sans grand espoir de promotion.
Plus généralement, le monde fait face à un malaise d’une classe d’âge, qui se traduit notamment par des chansons (il peut être intéressant de retenir un exemple comme My generation, The Who).
Cette jeunesse veut vivre différemment de ses aînés (Les Choses de Perec, publié en 1965). En témoigne aussi la fête des copains, en juin 1963, à Paris, où l’on a vu naître une culture jeune. Partout, un sentiment de rupture générationnel est ressenti.
Cette jeunesse invente de nouveaux slogans : « Il est interdit d’interdire », « Sous les pavés, la plage ». Ces formules marquent sa volonté d’émancipation face aux contraintes sociales et politiques.
Le malaise politique
Le général de Gaulle garde une forte cote de popularité (60 % d’avis favorable au début de 1968). Néanmoins, ce dernier est de plus en plus perçu comme un homme autoritaire et ancré dans un certain décalage par rapport aux revendications actuelles. La forte présidentialisation du régime (qui a semblé nécessaire à un moment de la guerre d’Algérie) est désormais vue comme pesante et De Gaulle et Pompidou apparaissent alors comme les détenteurs d’un pouvoir exécutif.
Le régime de droite semble alors terne (président âgé et ayant fait son temps), le pays ne rêve plus, mais consomme, et la guerre d’Algérie a participé à la dégradation de l’image du pouvoir.
La Ve République donne aux Français le sentiment d’une société où le débat est interdit.
Critique des formations politiques
Parallèlement à cela, les grandes formations politiques sont critiquées, notamment la SFIO et le PCF, qui représentent alors des partis vieillissants, en marge des problématiques sociétales actuelles.
Plus généralement, les jeunes veulent être de gauche, mais ils veulent des gauches alternatives. Ils se passionnent, entre autres, pour le trotskisme (celui qui a perdu contre Staline), qui apparaît révolutionnaire. Les partis communistes classiques, comme le PCF, ont pour seul credo le prolétariat et la lutte des classes. Or, le PCF ne se rend pas immédiatement compte que le monde ouvrier est en train de disparaître : son niveau de vie a augmenté, il n’a pas envie de faire la révolution.
Les jeunes sont attirés par des gens qui « font rêver », comme Mao, qui lance une Révolution culturelle. Le contraste est donc fort : un pouvoir vieillissant face à une jeunesse avide de changement.
Le vacillement du pouvoir gaullien
La contestation étudiante
Au début du mois de mai, le doyen de la faculté de Nanterre décide de fermer la faculté, essentiellement fréquentée par des étudiants de gauche en sociologie. C’est donc un milieu qui flotte entre l’anarchisme et le situationnisme. Ainsi, les étudiants se retrouvent hors de la faculté et prêts à soulever la Sorbonne, en plein cœur de Paris. Le mouvement se déplace peu à peu. Il se traduit notamment par des batailles de rue avec les CRS, des nuits de barricades (10 et 11 mai, 24 et 25 mai).
Le Quartier latin devient alors le théâtre de slogans et d’affiches célèbres : « Soyez réalistes, demandez l’impossible », ou encore « Nous sommes le pouvoir ».
L’extension au sein du milieu ouvrier
Au fur et à mesure, le mouvement s’étend au mouvement ouvrier, car il reste, dans Paris, des usines automobiles Citroën. Puisque la CGT refuse de suivre le mouvement, cette crise prend peu à peu l’apparence d’une révolution. Néanmoins, formellement, elle n’en est pas une, car le pouvoir ne s’est pas effondré. Il y a eu peu de morts et, surtout, il n’y a pas de parti politique construit.
Le mouvement déstabilise totalement le pouvoir en France. Le 22 mai, 10 millions de grévistes se rassemblent et jettent le pays dans la panique.
La gauche (Mitterrand, Pierre Mendès France) réalise un rassemblement au stade Charléty. Elle appelle à un gouvernement populaire, perçu comme une tentative de coup d’État. Au même moment, le 27 mai, la conclusion des fameux accords de Grenelle, destinés à répondre aux revendications ouvrières, est effective. Mais la grève continue, car les accords ne disent rien sur les conditions de vie des ouvriers.
En bref, Mai 68 marque une cassure de la société, bien que le mouvement s’éteigne brutalement à la fin du mois de mai.
Un arc de contestations qui traverse le monde
Des manifestations éclatent dès 1964, à Berkeley, dans l’ouest des États-Unis. Ainsi commencent les dénonciations de la guerre du Vietnam.
Au printemps 68, il y a des barricades à Madrid, de même qu’à Londres et à Tokyo.
Nous pouvons nous pencher davantage sur l’exemple de Mexico. En effet, à l’automne devaient se tenir les Jeux olympiques. La construction des bâtiments et des infrastructures se déroule dans un climat d’abus de main-d’œuvre terrible. En septembre, les étudiants critiquent cette situation où la volonté de faire de l’argent ne fait que grandir. Ils se réunissent dans un endroit emblématique de la ville : la place des Trois cultures. Étant extrêmement nombreux, l’armée intervient et tire dans le tas (officiellement 35 morts, contre 2 000 dans des estimations plus tardives).
Ainsi, l’année 1968 apparaît comme une année-monde de la contestation : Paris, Prague (Printemps de Prague réprimé en août par les chars soviétiques), Mexico, Tokyo. Ce n’est pas un simple événement français, mais un moment global de remise en cause des structures d’autorité.
Conclusion
Mai 68 fut à la fois une révolte étudiante, une crise sociale et un tremblement politique. Il a marqué durablement la société française : libéralisation des mœurs, montée de l’individualisme, affaiblissement des partis communistes traditionnels.



