Manuscrit royal ancien en français illustrant la méthode commentaire document historique en prépa

Cet article s’adresse aux optionnaires d’histoire, en particulier en khâgne A/L, qui souhaitent comprendre comment obtenir plus de 15 à l’épreuve de commentaire de document historique à l’ENS. Tu trouveras ici une méthode qui a fait ses preuves, même si ce n’est évidemment pas la seule.


L’introduction de dissertation d’histoire en 5 étapes

 

Qu’est-ce que le commentaire de document historique ?

Le commentaire de document historique est une épreuve écrite de trois heures proposée aux optionnaires d’histoire en khâgne A/L. Elle consiste à analyser et expliquer un document source (texte, extrait d’ouvrage, discours, traité, édit…) en le replaçant dans son contexte historique, en mobilisant des connaissances précises sur la période et en convoquant des thèses historiographiques pertinentes. Ce n’est ni un commentaire littéraire, ni une dissertation déguisée : c’est un exercice qui exige à la fois la maîtrise du document et la maîtrise de l’histoire.

Tableau récapitulatif : la structure du commentaire de document historique

Partie Contenu Longueur approximative
Introduction (bloc 1) Contexte de rédaction du document ~150 mots
Introduction (bloc 2) Présentation de l’auteur et de son œuvre ~100 mots
Introduction (bloc 3) Présentation du texte et problématique ~100 mots
Transition Annonce claire du plan 2-3 phrases
Développement (I, II, III) 2 ou 3 parties, 3 sous-parties chacune ~750 mots
Conclusion (bloc 1) Rappel des axes du développement ~80 mots
Conclusion (bloc 2) Réponse à la problématique ~80 mots
Conclusion (bloc 3) Pertinence historiographique du document ~50 mots
Production graphique Optionnel, si le sujet s’y prête 1 page

Faire le commentaire de document historique

La préparation avant de rédiger le commentaire de document historique

Premièrement, il est important de lire le texte au moins deux fois, sans crayon, sans prise de notes, pour se l’approprier pleinement. Dans un second temps, on va chercher dans le texte tous les éléments qui peuvent être rassemblés en deux ou trois groupes, avec des surligneurs par exemple. On obtient ainsi deux ou trois blocs distincts, qui constitueront les axes du commentaire de document historique.

Il est conseillé d’aller du général vers le particulier. En effet, le commentaire de document historique se base sur une maîtrise des connaissances historiques. Tu devras obligatoirement employer celles-ci pour expliquer pourquoi ce document traite de ces sujets : on essaie de comprendre les raisons de sa rédaction et sa pertinence en termes historiques.

L’historiographie : une nécessité

L’historiographie est essentielle dans un commentaire de document historique. Il faut quasi impérativement inclure des thèses d’historiens. Elles apportent un poids à ce que tu avances et te donnent une idée de ce que tu peux dire à propos du document.

Tu peux mentionner une thèse dans ta problématique, dans le titre d’une de tes parties ou dans un paragraphe. En revanche, il ne faut pas mentionner en conclusion une théorie que tu n’as pas abordée dans ton développement : cela tend à décrédibiliser ton propos.

Les connaissances historiques

C’est évident, mais il faut maîtriser à fond la période historique abordée par le document ! La connaissance de la chronologie, que tu incluras dans ton développement, est essentielle. Elle te permet de situer le document dans une économie d’ensemble et de dépasser le stade du simple commentaire de faits.

Pour une révision efficace tout au long de l’année, il est conseillé de faire une grande frise chronologique et de la compléter par des fiches personnages, événements et situations.

La forme du commentaire de document historique

L’introduction en trois blocs

L’introduction du commentaire de document historique se découpe en trois sous-parties distinctes.

La première sous-partie expose le contexte de rédaction du document. Par exemple, si l’on commente l’Édit de Nantes du 30 avril 1598, on explique que huit guerres de religion ont fait rage en France entre 1562 et 1598, entre protestants et catholiques, et que diverses tentatives de paix ont été formulées sans succès. On précise aussi que l’Édit de Nantes fut signé par Henri IV, qui autorisa la pratique de la religion protestante au sein d’une France catholique.

La deuxième sous-partie présente l’auteur et son œuvre, pour comprendre dans quel cadre il est venu à écrire ce texte.

La troisième sous-partie présente l’œuvre ou le texte lui-même, ce qui permettra de définir le sujet du commentaire de document historique et d’en dégager la problématique. Conseil : si tu mets le plan avant la problématique, elle en découlera naturellement.

Les transitions

Les transitions doivent être présentes entre chaque partie du sujet, de l’introduction à la conclusion. Elles doivent être très claires car le temps est limité. Une formule efficace est la suivante : “Titre de la partie : première sous-partie, puis deuxième sous-partie, après quoi, troisième sous-partie.” Il est important d’éviter le langage oral et l’utilisation du “nous” (“nous verrons”, “nous aborderons”) et de privilégier l’exposition directe des faits.

Le développement

Le développement du commentaire de document historique, de deux ou trois parties, se constitue de deux ou trois blocs écrits. Chacun de ces blocs se divise en sous-parties, au nombre de trois (deux si l’on n’a vraiment pas d’idée, mais trois est préférable). On recommande des paragraphes d’environ 250 mots. Le temps est précieux, il faut éviter le verbiage.

Afin d’adopter cette rapidité dans l’expression et la rédaction, il est conseillé de constituer ses paragraphes comme suit : citation du document historique (en précisant la ligne), énonciation des faits, explication des faits et critique de ce qui est formulé. C’est la règle d’or du commentaire de document historique : citation, faits, explication, critique.

Voici un exemple extrait d’une copie de concours blanc sur le concile du Latran IV : “Le décret de l’institution des prédicateurs explique que les évêques subissent des ‘attaques ennemies’ (l.19). Ces attaques les empêcheraient de mener à bien leur mission. Ces attaques ennemies peuvent être comprises comme la montée des hérésies, très sensible au XIIIe siècle, qui s’attaquent au modèle catholique. En effet, le souvenir de la croisade contre les Albigeois en 1208 est encore tangible. D’autre part, ces attaques ennemies font référence à l’œuvre du diable, qui détournerait le clergé de ses prérogatives.”

La règle d’or appliquée : un deuxième exemple

Pour bien comprendre la règle citation, faits, explication, critique, voici un second exemple appliqué à un document sur la question coloniale. La citation du document pourrait être tirée du discours de Jules Ferry à la Chambre des députés du 28 juillet 1885 : “Les races supérieures ont le droit vis-à-vis des races inférieures… elles ont le droit de les civiliser” (l. 12-14). On énonce ensuite les faits : Ferry s’exprime au moment où la France consolide son empire colonial en Asie du Sud-Est et en Afrique, dans un contexte de compétition impérialiste avec la Grande-Bretagne et l’Allemagne. L’explication consiste à relier cette formule à la doctrine coloniale dominante, fondée sur la théorie des races et le prétendu “devoir civilisateur”. La critique s’appuie sur l’historiographie : Aimé Césaire, dans Discours sur le colonialisme (1950), dénoncera précisément cette rhétorique comme une idéologie de domination masquée derrière un humanisme de façade.

Cet exemple illustre comment les quatre étapes s’enchaînent naturellement dans un commentaire de document historique : la citation ancre le propos dans le texte, les faits le contextualisent, l’explication l’éclaire par les connaissances et la critique l’élève vers l’historiographie.

Comment trouver et formuler une bonne problématique

La problématique est le pivot du commentaire de document historique. Elle ne doit pas être une question trop vaste du type “Quelle est l’importance de ce document ?” mais une question précise qui cible l’enjeu central du texte dans son contexte historique.

Pour la formuler, pars de ce que le document révèle ou dissimule. Un édit royal révèle-t-il une tension sous-jacente dans la société ? Un discours politique dissimule-t-il des enjeux de pouvoir derrière une rhétorique de façade ? Une bonne problématique pour un commentaire de document historique se formule souvent à l’aide de structures du type “Dans quelle mesure ce document reflète-t-il…” ou “Comment ce texte illustre-t-il les tensions de…”. Elle doit tenir en une ou deux phrases au maximum et être suffisamment précise pour guider l’ensemble du développement.

La conclusion en trois blocs

La conclusion du commentaire de document historique se présente, comme l’introduction, en un bloc comportant trois sous-parties.

La première sous-partie constitue un rappel de ce qui a été abordé dans la copie. Il suffit de reprendre le titre de tes sous-parties et de les exposer en deux ou trois phrases.

La deuxième sous-partie répond à la problématique et énonce une solution claire. On peut éventuellement se servir de la thèse d’un auteur pour répondre à la question, mais il faut l’avoir abordée précédemment dans son développement.

La troisième sous-partie évoque la pertinence historiographique du document que tu viens de commenter : pourquoi ce document a-t-il été choisi ? Qu’apporte-t-il à la compréhension de la période ? Attention, il ne s’agit pas de remettre en question le choix du jury.

Peut-on ajouter un schéma ?

Si le sujet s’y prête, tu peux réaliser une production graphique sur une nouvelle page. N’oublie pas la légende, l’orientation et si possible l’échelle s’il s’agit d’une carte. Il convient de lui donner un nom (Carte, Croquis ou Annexe 1) afin de pouvoir y faire référence dans ton devoir.

Les erreurs à éviter dans le commentaire de document historique

Faire un commentaire littéraire

C’est tentant, mais le commentaire de document historique n’évalue pas le ton du texte, la présence de figures de style ou la qualité littéraire du document, sauf si cela est directement lié à un fait historique. On n’évalue pas le style, on évalue la capacité à contextualiser et à expliquer.

Faire une dissertation déguisée

Il faut éviter la récitation de cours. Pour éviter ce travers, le retour régulier au texte est obligatoire. Citer beaucoup, préciser les lignes, et s’en tenir à la règle citation, faits, explication, critique.

Formuler une critique sans appui

La critique doit être appuyée par une thèse, une théorie historiographique ou une contradiction évidente dans le texte. Il vaut mieux éviter de formuler une critique basée sur son propre ressenti du document.

Mauvaise gestion du temps

Tu n’as que trois heures pour réaliser ton commentaire de document historique. Pour éviter toute mauvaise surprise, voici une répartition indicative : 20 minutes au brouillon, 15 minutes sur l’introduction, 15 minutes sur la conclusion, 2 heures de rédaction et 10 minutes de relecture.

La relecture est indispensable. Il faut traquer les fautes d’orthographe, surveiller la syntaxe, vérifier la concordance des temps (passé simple ou présent, selon ton choix, mais sans alterner) et contrôler les dates, faits historiques et noms des auteurs cités. Certains auteurs que tu cites sont peut-être jurés à l’ENS et peuvent lire ta copie : vérifier leur nom est une précaution élémentaire.

Accéder à toutes nos ressources en histoire