Pendant les années d’Occupation, la vie culturelle en France se trouve prise entre contraintes, censures et élans de résistance. Malgré la surveillance allemande et la propagande imposée, artistes, écrivains et intellectuels cherchent à préserver un espace d’expression, parfois en se pliant aux règles du régime, souvent en contournant l’interdit. Théâtres, cinémas, maisons d’édition et réseaux clandestins deviennent ainsi des lieux où se joue une bataille discrète, mais essentielle : celle de la liberté de créer et de penser.

Culture et contraintes sous l’Occupation

Pénurie et pauvreté

Les artistes sont soumis à des conditions matérielles très difficiles. Pour illustrer cette idée et enrichir tes copies, tu peux t’appuyer sur l’exemple de la pièce Antigone, écrite par Anouilh. En effet, ce dernier raconte que des jeux de scènes pour Antigone lui sont venus du fait que les acteurs devaient répéter en manteaux à cause du froid.

La censure

De plus, la censure de Vichy et des Allemands interdit les auteurs anglo-saxons, communistes, opposants politiques ou juifs. Par ailleurs, la censure se veut aussi et surtout morale. De la même façon, la radio est très fortement contrôlée, comme en témoigne Radio Paris, radio de propagande française au service de l’Allemagne.

De plus, de nombreux journaux se sabordent pour ne pas avoir à paraître sous l’Occupation, en novembre 1942, après avoir survécu en zone sud.

Une culture orientée par la propagande

La propagande vichyste se traduit essentiellement par une volonté de retour à la terre et aux valeurs traditionnelles. Mais il convient de préciser que cette propagande n’est pas spécifique à Vichy. Elle s’inspire de thèmes antérieurs, notamment La Fille du puisatier de Marcel Pagnol (1940).

En effet, on y célèbre la dignité des travailleurs modestes de la terre face à l’égoïsme des commerçants. Mais, pour autant, le film n’exalte en rien le régime de Vichy et la collaboration qui en découle. Il ne s’agit donc pas là d’une culture de propagande.

Néanmoins, la réussite du régime réside essentiellement dans le culte de la personnalité du maréchal Pétain (dont il convient de citer en exemple la chanson Maréchal, nous voilà). Mais cette culture reste stéréotypée et relativement pauvre.

Une minorité d’intellectuels choisit l’engagement

Le milieu intellectuel collaborationniste est un milieu restreint

On retrouve des auteurs d’extrême droite d’avant la guerre, comme Robert Brasillach qui écrit dans Je suis partout, un journal collaborationniste et antisémite, fondé en 1930, et qui devient peu à peu un organe phare de la propagande collaborationniste sous l’Occupation.

Il y a l’idée d’une continuité idéologique qui se met en place, puisque certains auteurs d’extrême droite avant la guerre ont trouvé en Vichy un espace favorable pour publier. La littérature y est donc instrumentalisée et la culture devient un moyen de diffuser des idées politiques. À la suite de son engagement avec le journal Je suis partout, Brasillach est arrêté après la Libération, puis exécuté en 1945. Il devient alors un exemple de l’auteur littéraire qui bascule de la littérature à la propagande politique.

En effet, lors de l’épuration, des sanctions sont prises pour ces figures de l’antisémitisme et de la collaboration. En effet, la collaboration par la littérature est considérée comme une forme de collaboration particulièrement criminelle parce que dangereuse.

Une minorité choisit la Résistance

Les écrivains comme Louis Aragon ou Paul Éluard choisissent d’écrire sur l’exil. La poésie joue d’ailleurs un rôle spécifique dans la vie intellectuelle de ces années de guerre.

Il est impératif de connaître les Éditions de minuit, fondées pendant la Résistance, en 1941, par Jean Bruller et Pierre de Lescure. Durant cette époque, les éditions clandestines naissent pour contourner la censure et publier des textes résistants. Les textes sont imprimés en petites quantités et distribués de façon clandestine par des auteurs qui utilisaient souvent des pseudonymes afin de protéger leur identité.

Paradoxalement, la vie culturelle est particulièrement intense

Paris reste le centre culturel incontesté

Les lieux de spectacles ouvrent pour les Allemands et les artistes d’avant-guerre : Arletty ou encore Édith Piaf jouent pour les milieux collaborationnistes.

C’est là que se créent des pièces comme Antigone d’Anouilh au théâtre de l’Atelier, que l’on peut lire comme une défense du pragmatisme (Créon peut paraître ressembler à Pétain) ou comme le triomphe de l’idéalisme (Antigone est elle-même l’incarnation du refus de l’oppression).

Un public avide de divertissement culturel

Pour échapper à un quotidien dramatique, les Français essaient de se divertir, notamment en allant au cinéma (divertissement très bon marché). La production cinématographique de la guerre est très abondante. Elle fonctionne avant tout comme une échappatoire pour les Français. Ceci permet de combiner culture et contraintes sous l’Occupation.

De grands réalisateurs, comme Renoir, ou des acteurs, comme Jean Gabin (qui a rejoint les Forces françaises libres), ont quitté la France, et la censure empêche la diffusion de nombreux films. Ainsi, pour éviter la censure, les réalisateurs privilégient des scénarios évitant toute allusion politique.

La vie intellectuelle est une forme « d’accommodation »

Le terme accommodation est emprunté à l’historien suisse Philippe Burrin dans La France à l’heure allemande. En effet, il identifie deux types d’accommodation, dans le cadre de la culture et des contraintes sous l’Occupation. Tout d’abord, l’accommodation obligatoire, qui correspond à une contrainte, et donc à la nécessité de faire fonctionner un pays ou une entreprise. Ensuite, l’accommodation choisie, qui peut être par opportunité (manœuvre volontaire où l’on cherche à s’accommoder non pas à l’Occupation, mais à l’occupant pour en obtenir quelque chose) ou politique (par sympathie idéologique, etc.).

La plupart des écrivains ou des artistes qui ont continué à travailler et à créer en France se sont, de fait, accommodés de l’occupant. À la Libération, le Comité national des écrivains procède à une violente épuration du milieu littéraire et artistique, visant à sanctionner ceux qui ont collaboré avec le régime de Vichy ou les occupants allemands. Mais cette épuration prend tout de même en compte des situations individuelles.

Par exemple, Sacha Guitry, brièvement arrêté à la Libération, est finalement relâché. Ses pièces continuent à être jouées et appréciées, et il est finalement relâché, ce qui illustre que la justice de l’après-guerre distinguait souvent collaboration politique et simple activité culturelle ou sociale.

De même, la comédienne Arletty est arrêtée. On lui reproche une liaison avec un officier allemand. Elle fait valoir qu’elle a refusé de tourner dans des films de propagande, des films allemands et des émissions de radio. Les seuls films auxquels elle a participé ne sont pas politiques. Sa célèbre réplique, « Si mon cœur est français, mon c… est international », synthétise son indépendance morale et son refus de se plier à l’idéologie de l’occupant. Arletty est donc, elle aussi, relâchée.

Conclusion

En somme, la Libération marque une période d’exaltation patriotique et de renouveau de l’optimisme, malgré les difficultés économiques et les pénuries persistantes. Ces dernières traduisent pleinement la culture et les contraintes sous l’Occupation. Le courage et la responsabilité sont érigés en valeurs centrales. Cela masque les épisodes de défaite, de collaboration et même l’ampleur des déportations. La France est souvent vue comme un pays vainqueur et unanimement résistant.

Cette époque témoigne également d’une vision très élevée du rôle de l’intellectuel et de la culture dans la vie politique. Ceci est aussi révélé par les procès de la Libération, où la collaboration intellectuelle pouvait entraîner les peines les plus sévères. La mémoire collective de la guerre se construit donc autour d’un récit de victoire et de résistance. Cela place les valeurs morales et civiques au cœur de l’identité nationale renaissante.