Proust

Les sujets de dissertation littéraire en B/L aux ENS consistent bien souvent en une citation dense, articulée autour d’une ou plusieurs métaphores. Ces images ne sont pas de simples illustrations, elles sont le cœur et l’enjeu de l’épreuve. Réussir cette épreuve, c’est savoir analyser et exploiter la métaphore et en extraire la matière à penser. On te donne nos meilleurs conseils pour transformer cet obstacle en force !

L’analyse de la métaphore

Accepter la difficulté

Les sujets métaphoriques sont légion. L’écriture comme vitrail, la lecture comme rapt mental, l’art et la folie, et même, cette année, une réflexion sur la littérature comme instrument d’optique.

Le premier écueil, face à un tel sujet, est la simplification. Ce n’est pas une figure de style à contourner, mais la porte d’entrée conceptuelle de ta dissertation. Il est normal, dans un premier temps, d’être déstabilisé par l’énoncé. C’est évidemment l’effet recherché par le jury. La première approche est donc cruciale. On attend de toi que, remué(e) par un sujet « difficile » du fait de ses métaphores, tu fournisses un véritable combat en retour.

Bien cerner tous les termes

Pour cela, pas de remède miracle : accepte la direction dans laquelle l’auteur veut t’emmener. Le gros risque est de plaquer sur un sujet original des réflexions toutes faites. Pour cela, tu auras besoin d’une phase de définition rigoureuse.

Pour en savoir plus sur l’analyse générale d’un sujet de français, je te conseille cet article.

Ici, il t’incombe d’entrer pleinement dans la métaphore et de mettre en lumière son sens littéral, ce qui pose parfois problème, et figuré. Plus encore, une grosse partie de l’analyse du sujet doit être centrée sur la résonance des termes entre eux. Si le jury a choisi ces quelques lignes pour proposer une longue réflexion à tant de candidats, c’est bien parce que c’est original ! Dès ton analyse dans l’introduction, tu devras donc montrer que tu as saisi cette originalité.

Tu ne devras donc omettre aucun terme. Il est tentant d’évacuer certains aspects du sujet, comme des adjectifs, qui donnent son sel au sujet. Tu ne dissertes pas sur un mot ou une notion, mais bien sur une conception complexe de la littérature tout entière ! Si la lecture est un « rapt mental, imaginaire, intellectuel et affectif » (ENS 2018), l’analyse de chacun des adjectifs de cette liste doit enrichir ta réflexion.

Comment problématiser une métaphore ?

Trouver les tensions au cœur du sujet

La métaphore n’est jamais uniforme. Elle cristallise souvent une tension ou un paradoxe qui doit devenir le moteur de ta problématique. Le réflexe à adopter : rechercher l’opposition structurante. Le but n’est pas de « dépasser » le sujet dès la deuxième partie. Au contraire, tout le questionnement doit dialoguer avec lui.

C’est pourquoi une bonne problématisation est un véritable exercice d’humilité : elle accepte qu’en six heures, une copie ne surpassera pas la réflexion livrée par un écrivain au terme de toute sa carrière.

La construction d’un plan cohérent

Le plus souvent, le plan dialectique est donc un peu maladroit. Il amène souvent à perdre de vue le sujet et à lui appliquer des considérations plus générales. On lui préférera donc un plan progressif. C’est évidemment plus difficile, mais aussi beaucoup plus satisfaisant pour toi et ton correcteur.

Alors, un bon plan progressif, dans le cadre d’un sujet métaphorique, qu’est-ce que c’est ? Dans l’idéal, il faut accepter la thèse principale de l’auteur dans la première partie. Dans la deuxième, l’approfondir en exploitant notamment ses contradictions internes. Et dans la dernière, approfondir encore pour déceler ce que la citation dit vraiment, en tout cas ce que tu y vois de plus éclairant.

Prenons par exemple le sujet ENS 2024 « La littérature joue d’étranges tours : plus le sujet est pauvre, plus l’écrivain est roi ». On pouvait d’abord envisager que l’écrivain gagne ses lettres de noblesse en élevant des sujets bas (notion à discuter). Ensuite, que son véritable « tour » est de parvenir à élever encore, et c’est le propre de la littérature, des sujets déjà « riches ». Enfin, que le plus « étrange tour » de la littérature est de cacher, jusque dans les sujets apparemment les plus pauvres, une richesse que l’écrivain n’épuise jamais.

Là, on reste rigoureusement dans une analyse bien resserrée du sujet en exploitant à fond les contradictions qui émergent de la citation et qui doivent irriguer tes transitions !

Un développement fidèle au sujet

Comment choisir ses références ?

L’avantage d’un tel sujet est qu’il est très incarné. Exploiter la métaphore tout au long du développement t’empêchera donc d’être trop abstrait(e). Pense donc, pour tes exemples, à des auteurs qui ont formulé des visions voisines ou antagonistes. Pour cela, travailler l’histoire littéraire est nécessaire, mais extrêmement rentable. Connaître par exemple les nuances entre les différentes conceptions d’une littérature miroir, des moralistes à Stendhal, ou d’un chant poétique, d’Orphée à Apollinaire, peut te permettre de faire la différence.

Les pièges évitables

Deux écueils majeurs sont toutefois à éviter.

Le plus dangereux est celui de l’extrapolation. Il est tentant de faire dire beaucoup de choses à une métaphore pour la décliner artificiellement. Dans le cadre du sujet ENS 2021 autour de « l’art comme médecine », construire une réflexion autour des médecines curative, palliative et préventive n’était pas d’une grande pertinence, puisque cela n’était pas du tout envisagé par l’auteur.

Le second est celui du cliché. En choisissant tes exemples, il te faut être judicieux(se). Stendhal, par exemple, a formulé l’image d’un miroir, et cette dernière est mal aimée des correcteurs parce qu’elle est surexploitée (et assez mal) par les candidats. Il faut donc être très à l’aise avec la référence pour se permettre de l’utiliser.

C’est pourquoi une culture large est attendue pour répondre à ce genre de sujet. Mais pas de panique, tu as deux ans pour l’acquérir !

 

On espère que ces quelques conseils pourront t’aider à aborder plus sereinement cette épreuve complexe. Et n’oublie pas : traiter un sujet à métaphores, c’est l’occasion de briller en montrant ta sensibilité et ton engagement dans une citation !