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Comprendre les notions fondamentales de la poésie est un enjeu majeur pour les concours. Parmi ces notions, le lyrisme occupe une place centrale. En effet, il traverse les siècles et redéfinit constamment le geste poétique. Pourtant, son sens a profondément évolué depuis l’Antiquité.

Aux origines de la poésie : les voix d’Orphée et le mythe fondateur

Le mot lyrique n’est employé de façon moderne qu’à partir du XIXe siècle. Pourtant, son origine remonte directement à l’Antiquité grecque. Le terme renvoie en effet à la lyre, l’attribut d’Orphée.

Selon la mythologie, le dieu Hermès fabrique ce premier instrument. La lyre représente alors le tout harmonieux chez les Grecs. Autrement dit, elle symbolise le cosmos. La tension de ses cordes montre la fusion harmonieuse des contraintes. Ces contraintes s’accordent parfaitement dans le chant.

Le personnage d’Orphée devient ainsi la figure centrale de cette esthétique. Il symbolise la capacité de la poésie à communier avec la nature. Grâce à son chant, Orphée charme les animaux et émeut les pierres. Le lyrisme originel est donc indissociable de la musique et du sacré.

La théorie des trois âges de Victor Hugo : le lyrisme primitif

Dans sa célèbre Préface de Cromwell (1827), Victor Hugo théorise l’histoire de l’humanité. Il distingue notamment trois âges de la civilisation humaine. À chacune de ces époques, il associe une forme poétique dominante.

D’abord, l’âge primitif correspond à la poésie lyrique. Ensuite, l’Antiquité gréco-latine voit le triomphe de l’épopée. Enfin, l’era du christianisme fait naître la forme dramatique. Ce drame moderne associe alors le sublime et le grotesque.

Pour Hugo, la poésie lyrique de l’âge primitif possède des caractéristiques uniques :

  1. Elle chante les merveilles du monde avec émerveillement.
  2. Elle tisse le lien direct des hommes entre eux.
  3. Elle exprime la relation humaine avec le créateur.

Ce lyrisme initial est lié à une forme de ferveur religieuse. Il s’agit de l’élan spontané de l’homme vers Dieu. Ce chant pur existe donc avant l’apparition des codes administratifs ou des dogmes. Pour Victor Hugo, la poésie authentique reste ainsi fondamentalement associée au lyrisme.

La Renaissance et la Pléiade : l’imitation des Anciens

Au XVIe siècle, les poètes de la Pléiade opèrent un retour aux sources. Pierre de Ronsard publie notamment Les Quatre premiers livres des odes en 1550. Son objectif principal est de restaurer la grandeur de la poésie française. Pour y parvenir, Ronsard choisit de suivre deux modèles antiques majeurs. Il s’inspire d’abord du poète grec Pindare pour la célébration héroïque. Il imite ensuite le poète latin Horace pour une poésie plus intimiste.

Toutefois, Ronsard affirme sa propre singularité face à ses prédécesseurs français. Il rejette en effet les formes poétiques médiévales, comme le rondeau ou la ballade. Selon lui, ces formes manquent de noblesse. Il préfère célébrer le retour de la lyre antique en France. Le poète devient alors un guide inspiré par les Muses. Il chante l’amour, la nature et la fuite du temps.

Le romantisme : l’affirmation du moi et l’effusion sentimentale

Le XIXe siècle marque l’âge d’or du lyrisme moderne. Le romantisme place en effet l’expression de la subjectivité au cœur de la création. Le poète n’est plus seulement un musicien du cosmos, il devient désormais une âme qui explore ses propres sentiments.

Cette poésie se caractérise par une immense effusion sentimentale. Les auteurs expriment notamment la mélancolie, le deuil, l’amour passionné ou le sentiment de la nature. Le paysage extérieur devient le reflet direct de l’état d’âme intérieur.

Par conséquent, le mot je sature le texte poétique. Le lyrisme romantique cherche à toucher le lecteur par la sincérité de l’émotion. Alphonse de Lamartine ou Alfred de Musset incarnent parfaitement cette tendance. Ils transforment leurs souffrances personnelles en une œuvre universelle.

Le point de rupture de la modernité : le cas Stéphane Mallarmé

Pourtant, la fin du XIXe siècle va contester radicalement cette esthétique romantique. Plusieurs poètes refusent l’épanchement sentimental jugé impudique. Le poème Renouveau de Stéphane Mallarmé illustre parfaitement cette rupture historique.

Le rejet du débordement romantique

Mallarmé écrit un poème du rejet absolu. Il refuse en effet l’expression lyrique traditionnelle des sentiments. Pour lui, le printemps romantique est associé à un bouillonnement écœurant. Il rejette cette effusion qu’il perçoit comme une profusion stérile. Le poète se sent malade face à ce renouveau biologique et sentimental.

L’esthétique de la froideur hivernale

Par contraste, Mallarmé valorise la saison de l’hiver. L’hiver symbolise ainsi une esthétique de la froideur et de l’insensibilité. Cette froideur tient à distance le moi et le je lyrique.

L’auteur refuse l’expression impudique des émotions personnelles. Il préfère alors un travail de haute rigueur et d’exigence technique. Cette démarche exigeante fait tendre la poésie vers deux extrêmes :

  • la blancheur évidente de la page vierge ;
  • le silence absolu de l’ineffable.

La crise d’inspiration et l’héritage du Spleen

De plus, ce poème exploite une forte intertextualité avec Les Fleurs du mal de Baudelaire. Cet état de crise est en effet une déclinaison directe du Spleen baudelairien. On retrouve notamment de nets échos de Spleen IV dans le texte de Mallarmé. Le poète évoque le « sang morne » et « le long bâillement ». Il décrit la compression du « crâne » enfermé comme dans un « vieux tombeau ».

Enfin, la poursuite vaine de l’idéal est exprimée par la répétition du mot rêve. Mallarmé met ainsi en scène sa propre crise d’inspiration. L’angoisse de la page blanche le poursuivra toute sa vie. Les « crépuscules blancs » du vers 5 en sont l’image parfaite. Ainsi, le lyrisme se retourne contre lui-même. Il ne chante plus le monde, il chante l’impossibilité d’écrire.

Conclusion

En somme, le lyrisme est né sous le signe de l’harmonie universelle d’Orphée. Pourtant, après avoir triomphé avec le romantisme, il s’est brisé face à la modernité de Mallarmé.