Claude Lévi-Strauss

La notion de culture au sens anthropologique est incluse dans le programme de SES en B/L. Cet article te propose un tour d’horizon des différentes écoles en anthropologie afin de mieux naviguer dans ce chapitre. Mais beaucoup de ces notions peuvent servir également en philosophie !

Introduction sur l’anthropologie

L’anthropologie culturelle consiste à étudier l’homme comme appartenant à une culture. Elle se démarque de l’anthropologie physique qui étudie la diversité humaine sous l’angle biologique, avec pour but de distinguer différentes races. L’émergence de la notion de culture a donc été cruciale pour permettre aux anthropologues d’affirmer la spécificité de leur objet et pour imposer leur discipline.

Le terme culture a ici une acception large et est synonyme de société. Il s’agit de ce qui distingue l’homme de la nature. La culture englobe les croyances, l’art, la morale, le droit, les coutumes, etc. Il existe une diversité de cultures qui diffèrent en forme et en contenu.

Deux traditions anthropologiques nées de deux acceptions de la culture

L’école universaliste

Cette tradition anthropologique est issue de la définition franco-britannique de la culture, où elle est synonyme de civilisation. La notion connote ici l’unité de l’espèce humaine par rapport à la nature. Cependant, l’idée de progrès est centrale : toutes les cultures n’en sont pas au même stade d’évolution. L’amélioration des institutions, des lois, etc., est un mouvement à entretenir et à diffuser parmi tous les peuples.

E. B. Tylor, dans Primitive Culture (1871), affirme que l’anthropologie doit déterminer les points communs entre cultures, au-delà de leur diversité. Les civilisations sont toutes engagées dans un processus évolutif, mais n’en sont pas au même niveau. Cette différence permet de reconstituer la culture originelle de l’humanité à partir de la culture des peuples primitifs contemporains.

Cette tradition est cependant empreinte d’ethnocentrisme, c’est la principale limite de cette approche. Il faut toutefois considérer à quel point elle représente un point de vue qui se distingue de la doxa de la fin du XIXe siècle. À cette époque, on considérait les peuples évolués et primitifs comme radicalement différents, voire comme des humanités distinctes.

L’école particulariste

En Allemagne, la classe bourgeoise s’empare du terme de culture (Kultur), afin de concurrencer la notion kantienne de civilisation, caractéristique de la noblesse. La culture est ici davantage synonyme d’authenticité, d’enrichissement intellectuel et de spiritualité, alors que la civilisation se rapproche de la légèreté, du raffinement, du superficiel. Avec le déclin de la noblesse en Europe suite à la Révolution française, la civilisation désigne davantage les nations étrangères, en opposition à la Kultur, la spécificité allemande.

Franz Boas, dans Race, Language and Culture (1940), critique la périodisation de l’école universaliste. Boas refuse la généralisation à partir d’un cadre empirique. Il est vain de vouloir dégager des lois universelles du fonctionnement des sociétés humaines, de l’évolution des cultures. Il faut plutôt se contenter d’étudier la spécificité de chaque culture et les comparer. La principale limite de cette tradition anthropologique est cependant son manque d’approfondissement théorique.

Les trois courants majeurs de l’anthropologie

Fonctionnalisme

Ce courant est né autour des travaux du Britannique Malinowski, en particulier de son ouvrage Une théorie scientifique de la culture (1944). Chaque culture doit être considérée comme un tout cohérent. Elle est composée d’éléments (coutumes, croyances, etc.), qui exercent chacun une fonction.

Ces éléments sont interdépendants et forment un système : les fonctions ne se comprennent que relativement les unes aux autres, relativement à la culture dans laquelle elles s’inscrivent. Il revient à l’anthropologue de les restituer par l’immersion sur le terrain. Il pourra ainsi déterminer leur raison d’être, c’est-à-dire le besoin des individus auquel elle répond.

Culturalisme

Le culturalisme est une école originaire des États-Unis qui insiste sur l’influence de la culture sur le comportement des individus. En effet, la nature humaine est malléable et une culture façonne la personnalité de ses membres. Margaret Mead illustre bien cette idée dans Mœurs et sexualité en Océanie (1935). Elle y compare l’assignation des rôles genrés entre hommes et femmes en Occident et dans diverses tribus amérindiennes. La répartition que nous connaissons dans notre société, et qui nous semble tout à fait naturelle, donc universelle, varie en réalité d’une société à une autre. Mead met ainsi en lumière la tendance que nous avons à naturaliser le social.

Linton et Kardiner prolongent la thèse principale du culturalisme. Une diversité de culture devrait se traduire par une diversité de personnalités caractéristiques. Du fait de l’influence de la culture sur les traits de caractère de ses membres, on pourrait imaginer que chaque culture peut se résumer à une personnalité de base, qui rassemble l’ensemble des traits culturels intériorisés. C’est sur cette personnalité de base que s’ajouteraient les traits de caractères individuels.

Structuralisme

Lévi-Strauss, en créant le mouvement structuraliste, reprend plusieurs principes issus des travaux de l’école culturaliste. Il en explique les principes dans Anthropologie structurale (1958). Comme les culturalistes, il affirme que chaque culture se caractérise par une combinaison de traits de caractère. Ils forment ensemble une personnalité de base, une construction qui s’impose inconsciemment aux individus.

Mais ces modèles ne sont pas en nombre infini, car il n’existe qu’un nombre fini de combinaisons possibles de traits de caractère. L’étude des sociétés dites primitives, là où la culture rompt à peine avec la nature, est la meilleure façon de recenser ces traits, ces « invariants structuraux », afin d’envisager leur combinaison.

À travers cette étude, Lévi-Strauss aspire à rendre compte d’une certaine invariabilité de la culture. Ce répertoire de traits de personnalités serait comme le « capital commun » de l’humanité, où chaque culture viendrait y sélectionner certains éléments. C’est leur combinaison qui, au final, fait la diversité des cultures. Le travail de l’anthropologue doit permettre de décrire la manière singulière dont ces invariants se concrétisent au sein des sociétés.