Sociologie #2 – Les méthodes en sciences sociales Sociologie #2 – Les méthodes en sciences sociales
Introduction   Quelle démarche scientifique adopte les sociologues ou les économistes ? Cette question, quasi philosophique, a été à l’origine de nombreuses controverses, dont... Sociologie #2 – Les méthodes en sciences sociales

Introduction

 

Quelle démarche scientifique adopte les sociologues ou les économistes ? Cette question, quasi philosophique, a été à l’origine de nombreuses controverses, dont la très fameuse querelle des méthodes en économie.

Si dans l’article précédent, nous avions vu que la notion de paradigme distingue les sciences humaines et sociales des autres sciences, il reste que celle-ci possède une démarche scientifique qui lui est propre. En effet, malgré les oppositions très vives en Durkheim et Weber, Jean Michel Berthelot affirme qu’il y a un espace épistémique commun chez les deux sociologues  : ils tentent d’établir des relations de causalité dans les phénomènes qu’ils étudient.

S’il y a une démarche scientifique qui est commune aux sociologues, économistes, etc., en quoi s’opposent-ils dans les méthodes qu’ils proposent pour étudier le “social” ?

 

1) Une opposition ancienne : la querelle des méthodes

 

  • En 1883, Menger publie ses Recherches sur les méthodes des sciences sociales, ce qui donne lieu à une controverse épistémologique en économie appelée la querelle des méthodes. Elle oppose le marginaliste Menger à l’historiciste Schmoller.
  • Pour ce dernier, il n’y a pas de lois en économie et il faut se borner à une étude historique et statistique. Menger pense au contraire que l’économie peut être une science au même titre que les sciences dures : pour cela, il faut partir de la connaissance élémentaire de l’individu et en déduire les lois économiques (méthode hypothético-déductive et a priori des mathématiques).

 

REF : Menger, Recherches sur les méthodes des sciences sociales

 

2) Faut-il importer la méthode expérimentale dans les sciences humaines et sociales ?

 

 

  • Les sciences sociales sont des sciences expérimentales

 

 

Une démarche expérimentale : Observer des lois, quantifier des faits sociaux

 

  • Pour Comte et le positivisme (sociologie française), les phénomènes s’observent et se mesurent (savoir positif) pour être réduits à des lois. Sur ce modèle, Comte veut fonder une physique sociale. Autrement dit, il faut importer en sociologie la méthode de la physique.
  • Durkheim, pour sa part, emploie la méthode statistique des variations concomitantes (corrélations) théorisée par Mill. Il s’agit de comparer deux variables entre elles pour savoir si elles varient de la même manière ou non, pour établir entre elles un lien de causalité (ou non) et décider laquelle est la cause et laquelle l’effet.
  • Chez Durkheim, les statistiques vont de pair avec l’idée d’étudier les faits sociaux comme des choses, car elles permettent d’étudier leur objet de façon extérieure, de l’objectiver pleinement, et non simplement de l’étudier au travers des représentations (prénotions) qu’on s’en fait (ce qui n’empêche pas par ailleurs d’étudier les représentations sociales en tant qu’objet d’étude). Elles permettent aussi de substituer le raisonnement expérimental (« si telle variable se modifie, alors… ») à la méthode expérimentale (impossible en SHS).
  • Ainsi, chez Durkheim, l’administration de la preuve ne relève pas de la spéculation, mais des statistiques.

 

Surpasser les obstacles à l’objectivation scientifique

 

  • Pour étudier scientifiquement le fait social, Bourdieu propose comme Durkheim, de l’objectiver. L’étude sociologique, pour Bourdieu, suppose un certain décentrement, c’est-à-dire le fait de regarder l’objet d’étude autrement, avec distance.
  • Bourdieu, Chamboredon et Passeron, dans Le Métier de sociologue, affirment que la sociologie est une science comme les autres (suivant Durkheim), mais plus difficile en ce qu’en elle il y a des obstacles sociaux à l’objectivation : tout le monde a un avis sur les problèmes sociaux, ce qui constitue une sorte de pollution dans ses recherches. Il faut donc qu’elle devienne ésotérique afin de gagner en autorité ce qu’elle perdra en popularité. Mais l’un des obstacles à la sociologie est que le savant est lui-même un être social, donc socialement influencé. Il peut d’une part souscrire au sens commun savant (idées à la mode dans le milieu savant) et d’autre part avoir un rapport brouillé à l’objet en raison de son être social (par exemple, je suis immigré et j’étudie l’immigration). Pour désamorcer ces perturbations antiscientifiques, le savant doit procéder à une socioanalyse, c’est-à-dire s’étudier lui-même en tant qu’être social.

 

REF : Comte, Cours de philosophie positive

Mill, Système de logique

Durkheim, Règles de la méthode sociologique

Bourdieu, Chamboredon, Passeron, Le Métier de sociologue

 

Comprendre les faits sociaux

 

  • Pour Dilthey (sociologie allemande) dans son Introduction aux sciences de l’esprit, les SHS doivent au contraire être étudiées selon une méthode spécifique. Dilthey distingue l’explication, qui est extérieure et vaut pour les sciences de la nature, et la compréhension, qui est intérieure, se fait par introspection et vaut pour les sciences de l’esprit.
  • Une voie médiane est empruntée par Windelband et Rickert (maîtres de Weber) : il faut distinguer les sciences nomothétiques (dégageant des lois universelles) et les sciences idiographiques (décrivant des phénomènes singuliers). Sur cette base, Weber dépassera l’opposition expliquer/comprendre : chez lui, il faut comprendre (moyen) l’activité sociale pour ensuite l’expliquer (fin) .

 

« La sociologie est la science qui se propose de comprendre par interprétation l’activité sociale et par là d’expliquer causalement son déroulement et ses effets »

 

  • Weber se sert de l’idéal-type comme d’un outil servant à simplifier le réel pour faire des comparaisons dans le temps et l’espace entre phénomènes semblables. Par exemple, dans L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Weber forme l’idéal-type du calvinisme.

REF :

Dilthey, Introduction aux sciences de l’esprit

Weber, L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme

La sociologie est essentiellement historique

 

  • Pour Elias dans Qu’est-ce que la sociologie ?, la sociologie ne peut imiter les sciences de la nature, car son objet, l’homme, est essentiellement historique. Les concepts sociologiques sont donc par nature provisoires.

REF : Elias, Qu’est-ce que la sociologie ?

 

Quels sujets de colle cette fiche permet-elle de traiter ? (ESCP 2016)

  • Sens commun et prénotions en sociologie
  • L’approche sociologique permet-elle d’établir des lois ?
  • Quels sont les outils des sociologues ?

 

Assia Hadj-Ahmed

Etudiante à l'ENS Ulm en Sciences sociales et à l'ESSEC en M2, je suis rédactrice en chef en CG/Philo et je gère l'équipe de rédaction A/L et B/L du site.