Pile de livres dans une bibliothèque, illustrant les œuvres de français-philo au programme de la prépa scientifique.

Chaque année, quelques profils littéraires percent brillamment dans le monde très codé des écoles de commerce. C’est le cas d’Arthus, ancien élève de prépa A/L au lycée Molière (Paris 16e), qui a intégré HEC Paris après trois années de khâgne. Il revient avec nous sur son parcours atypique, ses méthodes de travail, et surtout cette belle progression entre les écrits (classé 677e) et les oraux (382e) !

Peux-tu te présenter brièvement et nous expliquer ton parcours jusqu’à aujourd’hui ?

Je viens d’un parcours 100% littéraire : j’ai fait un bac HLP et HGGSP, puis trois années de prépa AL ULM au lycée Molière à Paris. Une prépa à taille humaine, avec une ambiance très bienveillante, que j’ai adorée. J’ai toujours été plutôt orienté histoire, et j’ai présenté le concours de l’ENS en spécialité histoire. J’ai finalement raté deux fois l’ENS, mais à la fin de ma deuxième année, j’ai décidé de cuber puis de passer également les concours des écoles de commerce via la BEL/BCE. Une décision un peu tardive, mais que je ne regrette absolument pas : j’ai intégré HEC Paris, en étant le seul admis de ma prépa, une prépa qui envoie rarement des élèves vers ce type d’écoles.

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Avais-tu dès le début l’objectif d’intégrer une école de commerce ?

Pas du tout. Je ne savais même pas que c’était possible en entrant en prépa AL. J’étais très concentré sur l’ENS, sans réelle idée de ce que je voulais faire plus tard. Ce n’est qu’en troisième année que j’ai pris conscience que les écoles de commerce pouvaient être une vraie option, et j’ai décidé de m’y préparer sérieusement. Le travail supplémentaire n’est pas si énorme qu’on pourrait le croire : si on bosse bien les matières de la khâgne, on est déjà très armé pour les concours BCE. Il faut juste travailler la synthèse et l’anglais en plus.

Comment as-tu vécu tes années de prépa ? Qu’est-ce qui t’a particulièrement marqué ?

La première année a été très intense. Les six premiers mois, la moitié de la classe a abandonné. Il faut vraiment s’accrocher. Mais ensuite, j’ai trouvé mon rythme. En deuxième et troisième année, je travaillais un peu moins qu’en première année… mais beaucoup mieux. Ce qui m’a marqué, c’est la richesse des matières : Histoire, Philo, Lettres, Latin, Histoire antique et moderne. C’est très stimulant intellectuellement. Et j’ai eu la chance d’évoluer dans une prépa bienveillante, loin des clichés élitistes.

Comment as-tu organisé ta préparation aux concours BEL et BCE ?

Les écrits de la BCE arrivent environ une semaine après ceux de la BEL. L’avantage, c’est qu’il y a beaucoup d’épreuves communes ou proches. Du coup, j’ai surtout continué à bosser mes matières de khâgne, et j’ai simplement ajouté un peu de préparation à la synthèse. Pour l’anglais, je n’ai pas fait de préparation spécifique — j’ai misé sur ma culture littéraire, et ça a bien fonctionné (j’ai eu 15 à l’écrit).
Un conseil important : pour la LV2, j’ai choisi le latin, que j’avais déjà. Les jurys sont plus indulgents, et le niveau requis est raisonnable. Aux oraux, le prof de latin était en tongs, donc clairement détendu (rires).

Quelles étaient tes forces et faiblesses aux écrits ? Comment les as-tu travaillées ?

L’anglais me faisait un peu peur, mais finalement, ma formation littéraire m’a bien aidé. En fait, j’avais surtout peur des sujets, notamment en CG ou Lettres, car j’avais l’impression de ne pas avoir “assez à dire”. Mais en réalité, les sujets sont plus larges et ouverts qu’en ENS, donc très adaptés aux profils comme le mien.
Mon conseil : ne négligez pas l’Histoire et les Lettres, qui sont les matières à très gros coefficients dans les meilleures écoles. À HEC et l’ESSEC, elles comptent pour 10 sur 32 !

J’ai également eu la chance de passer en khûbe pour la première fois le concours BCE, donc j’ai eu le droit au point bonus. C’est sûr que ça aura été d’une grande aide !

Tu as connu une belle progression entre les écrits et les oraux. À quoi l’attribues-tu ?

Aux écrits HEC, j’étais classé 677e, et après les oraux, je suis remonté à 382e. C’était assez inattendu pour moi, mais en fait, en étant littéraire, il est vraiment possible de faire de gros sauts entre les écrits et les oraux, surtout avec une bonne préparation.

J’aime beaucoup l’oral, je me sens plus à l’aise à l’oral qu’à l’écrit. Quand mes profs ont vu mon classement aux écrits, ils m’ont dit que c’était encore très largement jouable. J’ai donc mis le paquet.
Les oraux de CG ou d’entretien sont souvent moins effrayants pour un littéraire, car on est déjà entraîné à argumenter. Les écoles savent aussi qu’on n’a pas eu d’économie ou de maths, donc elles sont plus tolérantes. J’ai eu 17 ou 18 aux entretiens de l’ESSEC et ESCP, qui adore les profils originaux.

Comment as-tu préparé les oraux de personnalité d’école de commerce ?

J’ai fait pas mal de simulations avec mes profs et avec des proches. Ça aide beaucoup à être à l’aise. J’ai parfois fait des bourdes, genre dire “ESSEC” pendant l’oral de l’ESCP… mais mon profil était tellement atypique qu’ils ont été très compréhensifs.
Le plus important selon moi, c’est l’attitude : être sincère, montrer de la curiosité et de l’ouverture, et éviter de rester trop abstrait comme peuvent parfois l’être les littéraires. Un discours trop théorique peut vraiment être rédhibitoire.

Si tu devais retenir un moment marquant de tes oraux, lequel serait-ce ?

Le tryptique d’HEC. J’étais désigné “observateur”, et je ne savais pas quoi faire concrètement. Alors je suis allé voir un des jurys et je lui ai demandé de m’expliquer en quoi cela consistait. Il m’a tout expliqué calmement. J’ai eu 19 à cette épreuve ! Comme quoi, oser poser des questions, même basiques, ça peut vraiment changer la donne.

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Aujourd’hui à HEC, comment appréhendes-tu le passage du monde littéraire à celui de l’école de commerce ?

Je pense que c’est très différent, forcément. Au début, je ne savais même pas combien de temps durait une scolarité en école de commerce ! (rires)
Mais j’ai hâte de découvrir ce nouveau monde, même si je ne sais pas encore ce que je veux faire plus tard. J’ai un peu “inventé” un métier pendant mes entretiens… mais ça a marché !
Je vois l’école comme un espace d’exploration. Après trois ans de latin, j’ai envie de changer un peu d’horizon.

En quoi un profil littéraire peut-il être un atout en école de commerce ?

Déjà pour intégrer une bonne école : en ayant un niveau “moyen” en prépa littéraire, on peut viser des écoles très solides, car peu de littéraires les présentent.
Et ensuite, je pense qu’on apporte un regard différent, plus créatif, plus sensible. Les écoles aiment ça : elles cherchent à diversifier leurs profils. On a souvent une vraie curiosité intellectuelle, et ça se sent.

Quels conseils donnerais-tu à un littéraire qui hésite à passer la BCE ?

Passe-la. Vraiment. Même si tu ne te sens pas légitime, ça vaut toujours le coup. C’est juste quelques jours de concours en plus. Et si tu rates, ce n’est pas corrélé à l’ENS, donc pas grave.
Moi, je ne l’ai pas fait en deuxième année, et je regrette. J’ai bien fait de cuber et de me lancer. En plus, en cube, tu as un bonus à HEC, donc tu pars avec un petit avantage.

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Une méthode atypique qui t’a beaucoup aidé ?

Rien de révolutionnaire, mais : aller parler aux gens qui savent. Des profs, des amis, des anciens, peu importe. Mais ne pas rester seul. Et faire quelques simulations sérieuses d’oraux, même deux ou trois, ça change tout.

Un cliché que tu veux démonter sur les littéraires ?

Qu’on est mous ! C’est ce que j’ai entendu pendant tous les oraux. Oui, on peut être dans la lune parfois… mais on bosse, on s’accroche, et on réussit parfois même à avoir HEC !

Bon courage pour la rentrée !

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