Il y a quelques semaines (le 17 juillet, à 14h00), les résultats d’affectation SIGEM sortaient. Les étudiants des classes préparatoires qui souhaitaient intégrer une Grande École de management en 2026 ont vu quel vœu leur a été attribué. Ce sont précisément ces vœux qui permettent de dresser le classement SIGEM. Pour beaucoup, les résultats SIGEM représentent l’aboutissement de deux ou trois années de travail acharné. Ils sont aussi la réponse définitive à une question obsédante : vais-je intégrer une école et, si oui, laquelle ?

Pour aller au bout de cette démarche d’orientation, les candidats de prépa inscrits aux concours BCE et ECRICOME ont dû réaliser la procédure SIGEM. Elle consiste à hiérarchiser les écoles  où les candidats ont été déclarés admis, soit dans la liste principale, ou bien en liste d’attente. L’algorithme mouline par la suite ces données, et affecte les admis selon leurs préférences… Dans la mesure du possible. Évidemment, sont prioritaires ceux qui ont obtenu les meilleurs rangs pour chaque école considérée.

De cette procédure découle un tableau, celui des “désistements croisés”, qui récapitule ainsi l’ensemble des préférences des étudiants.

Principe du classement SIGEM

Le classement SIGEM est une construction officieuse, qui émane de médias comme Major Prépa, et qui se fonde sur les données du SIGEM. En compilant les désistements croisés dont nous venons de faire mention, on parvient à établir une hiérarchie entre les écoles. Cette hiérarchie ne dit donc rien du niveau de chaque école. Pour autant, ce classement est sans conteste celui de référence pour les étudiants de prépa, celui auquel ils se réfèrent en priorité. On comprend dès lors sa dimension autoreproductrice par essence !

En 2026, le classement SIGEM, qui a été publié à la suite des résultats SIGEM, était le suivant :

Retrouve ici le classement SIGEM 2026 :


Classement SIGEM 2026

 

Les limites du classement SIGEM

Pour autant, ce classement SIGEM tel qu’établi aujourd’hui présente certaines limites. On ne parle pas ici de sa légitimité ou de son bien-fondé. On parle uniquement de l’écart entre ce qu’il présente et l’attractivité réelle des différentes écoles. Voici quelques exemples :

  • Le classement SIGEM invisibilise les écarts relatifs entre les écoles. HEC (1er) et l’ESSEC (2e) se suivent dans le classement, tout comme GEM (9e) et KEDGE (10e). Pourtant, le premier duel est sans appel (352 à 5 pour HEC), tandis que le second est nettement à l’avantage de GEM, mais tout de même plus disputé (258 à 166 pour GEM). Or, cette distinction n’est absolument pas lisible dans le classement traditionnel.
  • À partir de certaines écoles, les duels deux à deux sont trop peu significatifs (quelques étudiants à peine). Il devient donc difficile d’établir une hiérarchie. Par exemple, en 2024, IMT-BS gagne son duel face à MBS et contre Rennes SB. Mais a perdu contre ICN et BSB, chaque fois à quelques étudiants près. Dans ces conditions, chaque média a classé ces écoles selon sa sensibilité statistique, forcément subjective.
  • Les duels ne se jouent pas uniquement entre deux écoles adjacentes au classement, contrairement à ce que pourrait laisser penser le classement SIGEM. Par exemple, si emlyon parvenait à perdre son duel face à l’ESSEC non pas 271 à 0, mais “seulement” 100 à 171, ce serait une sacrée performance et une hausse incontestable de son attractivité ! Pour autant, cela ne changerait rien à son classement SIGEM, et elle resterait sagement derrière l’EDHEC. Cet exemple est saugrenu, certes. En revanche ces duels “éloignés” ont bel et bien de l’impact à partir du top 10, où certaines écoles prennent des candidats sur des duels a priori hors de portée pour elles.

Intérêts du score Elo pour expliciter le SIGEM

Qu’est-ce que le système Elo ?

Le système Elo est utilisé depuis les années 1960, et permet d’évaluer le niveau relatif de joueurs dans le cas d’un jeu à somme nulle. Lorsque A et B s’affrontent, si A gagne, B perd, et réciproquement (à la rigueur, selon le jeu considéré, ils peuvent faire match nul).

Si le classement Elo est surtout iconique aux échecs, le système Elo ou certaines de ses variantes sont désormais utilisés dans les jeux en ligne. On le retrouve notamment dans League of Legend, et même… sur les applications de rencontre (oui, cela fait un peu froid dans le dos). Pour en savoir plus sur le classement Elo, vous pouvez regarder l’excellente vidéo du youtubeur ScienceEtonnante.

Mais comment faire le lien avec le classement SIGEM ?

C’est très simple : chaque fois qu’un étudiant choisit une école A plutôt qu’une école B, on peut considérer que A gagne un match contre B. Ainsi cette année, HEC a joué 1 376 matchs contre divers adversaires : ESSEC, ESCP, EDHEC, etc. Elle a gagné 1 373 matchs et n’en a perdu que trois (un face à l’ESSEC, deux face à l’ENS Paris-Saclay).

En analysant le choix de tous les étudiants, on se retrouve dans le cas de figure d’un tournoi entre une vingtaine d’écoles qui ont joué plus de 7 000 matchs. Évidemment, le nombre de matchs entre deux écoles est inégal. En effet, certaines ont joué l’une contre l’autre des centaines de parties (HEC vs. ESSEC, Audencia vs. NEOMA, etc.). D’autres, moins d’une dizaine de matchs (HEC vs. NEOMA, Audencia vs. Excelia, etc.)

Ainsi, ce classement surpasse les limites précédemment évoquées et donne une vue plus précise de l’attractivité intrinsèque de chaque école.

NB : L’analyse présentée dans cet article est effectué par la rédaction de Major Prépa. Cependant, le classement ELO des écoles de commerce en tant que tel est réalisé par Lionel Magnis, professeur de mathématiques en ECG au lycée Gaston Berger. Pour les lecteurs curieux, la méthode mathématique pour établir ce classement est détaillée ici. Pour toute question/critique/commentaire, écrire à lionel.magnis[@]ac-lille.fr (retirer les crochets)

Le classement Elo du SIGEM 2026

ELO SIGEM 2026

 

 

Classement SIGEM-ELO 2017-2026

rang 2025 École 2026 2025 2024 2023 2022 2021 2019 2018 2017
1 HEC Paris 1502 1504 1502 1500 1496 1491 1485 1481 1480
2 ESSEC 1286 1281 1285 1292 1298 1309 1311 1315 1316
3 ESCP 1141 1143 1145 1139 1139 1138 1140 1144 1148
4 EDHEC 915 910 894 889 886 863 827 806 807
5 emlyon 829 822 813 807 803 825 873 899 897
6 SKEMA 709 698 677 659 657 621 544 506 475
8 NEOMA 597 591 580 580 563 540 527 508 489
7 Audencia 582 592 595 592 614 614 663 667 653
9 GEM 485 491 491 507 524 567 610 626 644
10 KEDGE 463 456 461 463 455 451 415 422 427
11 TBS Education 402 413 425 422 435 439 475 507 553
13 IMT Business School 353 326 317 316 302 311 330 339 347
12 Rennes SB 337 335 342 353 355 363 372 370 381
14 MBS 286 314 319 331 342 330 320 330 327
16 BSB 282 288 308 326 323 325 312 307 290
15 ICN 269 292 308 309 304 292 246 248 251
17 Excelia 260 263 277 265 253 254 256 246 232
18 EM Strasbourg 253 252 235 231 246 269 281 291 307
19 INSEEC 207 202 203 197 194 201 207 212 218
21 Clermont SB 200 186 187 182 174 166 162 148 133
20 ISC Paris 188 188 184 189 187 178 187 195 197
22 SCBS 130 130 131 129 129 128 133 130 141
23 Brest BS 102 103 104 103 105 109 116 117 119

Analyse du classement ELO SIGEM 2026

Sans surprise, ce classement est très proche dans sa hiérarchie du classement SIGEM traditionnel. Néanmoins, le ELO SIGEM 2026 met en évidence un phénomène. Les écoles forment, par grappe de une à trois, des « îlots » qui semblent de plus en plus éloignés les uns des autres. Cela se vérifie surtout sur le top 11, les autres duels étant par la suite plus ouverts.

En clair, cela veut dire que les évolutions sont très fréquentes, voire spectaculaires, au sein d’un îlot (cf. Audencia / NEOMA sur les deux dernières années). Pour autant, il semble de plus en plus impensable pour un(e) étudiant(e) de prépa de choisir une école située dans un îlot en dessous de celui auquel appartient au moins une école où il/elle est admis(e).

Détail des îlots

Ilot 1 : HEC, ESSEC, ESCP

L’ESSEC est la grande gagnante de ce duel à trois, qui reste évidemment très anecdotique. L’école de Cergy-Pontoise prend 5 étudiants à HEC (contre un seul l’an passé) et n’en laisse que 10 à ESCP (18 en 2025).

Ilot 2 : EDHEC, emlyon

Comme en 2025, cet îlot progresse légèrement. En effet un nombre plus faible d’étudiants qu’avant choisissent une école hors top 5 lorsqu’ils sont admis à EDHEC et/ou emlyon. Le rapport de force EDHEC versus emlyon est quant à lui stable. En revanche, l’EDHEC n’a pas réédité sa belle performance de 2025 où elle avait pris 5 étudiants à ESCP (aucun en 2026).

Ilot 3 : SKEMA

Plus que jamais, SKEMA domine l’îlot 4 : à peine 28 duels perdus contre Audencia et NEOMA, contre 47 en 2025. En revanche, elle se heurte toujours au plafond de verre du top 5, avec seulement 13 duels gagnés contre emlyon et EDHEC… tout comme en 2025.

Ilot 4 : Audencia, NEOMA

Un résultat ici contre-intuitif : NEOMA perd quelques points malgré sa place grapillée face à Audencia. En réalité, les duels supplémentaires gagnés face à cette dernière ne compensent pas l’augmentation des duels perdus face à SKEMA.

Ilot 5 : GEM, KEDGE, TBS

KEDGE est sans conteste la gagnante de cet îlot en 2026, et se rapproche clairement de GEM (41% de duels gagnés cette année vs 31% en 2025). TBS Education semble décrochée ; elle ne gagne que 79 duels contre ses deux concurrentes (125 en 2025).

Ilot 6 : Rennes School of Business, IMT-BS, MBS

Il s’est passé beaucoup de choses dans l’îlot n°6, à commencer par le gain de place d’IMT-BS qui prend 27 points cette année (record du classement 2026 !). IMT-BS, par son positionnement atypique et ses frais modérés, attire une part croissante d’élèves admis “en dessous”, mais aussi “au dessus” (36 duels gagnés contre les écoles classées entre SKEMA et TBS Education). Rennes se maintient très honorablement, tandis que MBS accuse le coup (-28 points).

Au-delà des îlots

Par la suite, la notion d’îlot n’est plus pertinente car les duels sont beaucoup plus resserrés. BSB et surtout ICN souffrent particulièrement du contexte global du “marché” post-prépa, alors que ces deux écoles avaient dépassé les 100 intégrés en 2025.

De la dérive des continents

L’histoire récente du SIGEM nous démontre que ces îlots, ces grappes d’écoles, sont de plus en plus imperméables. Les étudiants de prépa semblent vouloir faire le choix qui leur apparait le plus rationnel possible. Cela intervient dans un contexte où les frais de scolarité deviennent un sujet de crispation majeure. L’idée d’un retour sur investissement (ROI) corrélé au classement SIGEM reste ainsi ancrée dans l’esprit des préparationnaires.

Par ailleurs, la moindre sélectivité des écoles au-delà du top 8 vient amplifier ce phénomène. Cela se traduit notamment par des barres d’admissibilité en forte baisse depuis la fin des années 2010.

Le ELO SIGEM ne met d’ailleurs pas en exergue l’augmentation importante des démissionnaires du SIGEM. Ces derniers décident de cuber ou, de ne pas intégrer d’école de management. Il aurait pu être judicieux de placer le score ELO des affectés qui n’ont rejoint aucune école. Celui-ci progresse d’année en année, et se situe autour du top 10 actuellement.

Un manque à gagner de 28 millions d’euros au SIGEM 2026

Être du bon côté de l’histoire

Pour les écoles de management post-prépa, le recrutement des étudiants de classe prépa est une manne financière importante d’une part. C’est aussi un outil de rayonnement de la marque important d’autre part. Un prestige découle de la capacité d’une école à attirer ces étudiants, voire à se montrer sélective. Ce dernier facilite le remplissage de tous les autres programmes présents dans son portefeuille.

Se placer dans ce cercle fermé d’écoles est de plus en plus exigeant. En 2025, on peut établir la typologie suivante :

  • Ilots 1, 2 et 3. Aucun risque sur le recrutement post-prépa, capacité certaine à augmenter les tailles des promotions et les frais de scolarité.
  • Ilot 4. Risque modéré à moyen terme sur le recrutement post-prépa, limite à moyen terme sur l’augmentation de la taille des promotions et les frais de scolarité.
  • Ilot 5 et 6. Risque court terme sur le recrutement post-prépa, limite imminente sur l’augmentation de la taille des promotions et des frais de scolarité, notamment si l’État baisse drastiquement les subventions accordées à l’alternance.
  • Au-delà de l’ilot 6. Grande précarité du recrutement prépa, a fortiori si l’augmentation de la taille des promotions au sein du top 10 se poursuit.

Toute la question est maintenant de savoir si cette étanchéité manifeste entre les groupes d’écoles va se vérifier dans les années à venir, et si les écoles de l’îlot 5 et au-delà vont parvenir à maintenir leur attractivité dans l’absolu.

Les limites du classement SIGEM-Elo

Sans trop rentrer dans les détails techniques, le système Elo choisi pour bâtir ce modèle comporte des paramètres qui ont été fixés arbitrairement. Ces paramètres influent, entre autres, sur le nombre de points gagnés ou perdus par les deux écoles à l’issue de chaque “match” d’admis. On aurait donc pu avoir des scores finaux légèrement différents avec d’autres paramètres.

Par ailleurs, et cela est vrai pour le SIGEM “classique” comme pour le SIGEM-Elo, les désistements croisés sur lesquels nous nous basons ne sont que des données partielles. Un étudiant admis ou sur liste d’attente pour trois écoles (A, B,C) et choisissant d’abord A, puis B, puis C, les désistements croisés indiquent que A a gagné un duel contre B et un autre contre C. En revanche, il n’est pas indiqué que B a gagné contre C. De ce fait, un grand nombre de matchs ne sont pas pris en compte.

Lire aussi : Le Guide Major Prépa 2026 pour financer son école (bourses, exonérations et prêts détaillés école par école)